‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 13 sur 100 · À MM. LES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

À MM. LES GÉNÉRAUX

Du QuesDoy, 1 9 août 1 655.

Le Roy a esté ravy de joye d'apprendre la reddition de Condé* par

* Du sié^deCondë. date du 18 août i655, annonçait à Ma-

* Réussira. zarin la capitulation de Gondë : «rV. £m. ' La copie porte abandùimé, qui ferait un sçaura par M. de S'-Martin que je lui en-

véritable contre-sens avec la pensée de Ma- voie la reddition de Gondé, n'ayant tenu

zarin. Le mot abondamment était probable- que trois jours. On n'a pas jugé k propos

ment écrit en abr^ et aura été mal lu. de les prendre prisonniers de guerre. S'ils

* Une lettre autographe de Turenne, en eussent attendu plus d'extrémité, on l'eust

les sieurs de Saint-Martin et des Fourneaux, que vous luy avez de- Aoèt 16&5. peschez, et il vous tesmoignera luy-mesme le gré qu'il vous en sçait. Ce pendant il a résolu d aller demain à l'armée et de prendre pour cet effect la route du Pont-à-Haisne , pour ensuite aller loger ou du costé de Gondé, ou du costé de Saint-Guillain , ou entre les deux, selon ce que vous adviserez pour le mieux.

Je vous en donne advis, aGn que vous puissiez envoyer au-devant de Sa M**^ l'escorte que vous estimerez nécessaire. Elle (Sa M^^) ne partira pourtant pas d'icy sans sçavoir si vous approuvez qu'ElIe prenne le chemin cy-dessus ou quel autre chemin Elle devra prendre , et si Elle devra différer son départ jusqu'à ce que l'escorte soit arrivée icy, ou si Elle pourra toasjours s'advancer jusqu'à quelque lieu où vous jugerez qu'EUe doive attendre l'escorte, croyant ne pouvoir prendre en cela meilleure resolution que celle que vous luy conseillerez.

Le convoy ira tousjours devant, escorté par les mesmes troupes qui l'ont amené de l'armée et tiendra aussy le chemin du Pont-à* Haisne, et si vous jugez à propos que toutes lesdictes troupes ou une partie seulement doivent s'arrester en quelque lieu pour estre de la suite du Roy, vous le pourrez ordonner ainsy à M. le comte de Grandpré.

Le second envoy de Guyse et de Landrecy vient d'arriver, conduit encore par le s' de Seyron, et il y a de quoy mettre l'abondance dans l'armée.

biet bien certainement On envoie dès de- ëtr., Pays-Bas, t. 36, pièce â85 de Tanmain à S'-Giiain (ne)', et je me remets de cienne nomendatm*e. Les volumes de la toutes choses k ce que V. Em. apprendra section des Pays-Bas n'avaient encore ëtë par iedict de S-Martin. J'estime que Ton ni paginés ni foliotés à Tëpoque où les aura llionneur de la voir bientost» (Aff. lettres de Mazarin ont été transcrites.)

* Saint-GuUlain ou Guilhain.

MAUniR. TII. 8

Août i655

Aff. ëtr., Suède, 1. 19, f* 36o. — Original signé, avec quelques lignes autographes.

À M. D'AVAUGOUR

Du Quesnoy, 19 août i655.

Je n ay pas esté paresseux de vous faire response ; c'est la seule agitation en laquelle nous avons esté continuellement depuis nostre départ de la Fere qui m'en a empesché. Mais j'y satisferay aussytost que nous serons de retour en France* Je 'me remets cependant à M. de Brienne qui n'aura pas manqué de vous donner de nos nouvelles, et j'adjousteray seulement qu'aprez la prise de Landrecy, le Roy s'estant advancé icy en personne et ayant faict attaquer Gondé, nous venons d'avoir advis que les assiégez ont capitulé cette nuict aprez quatre jours de siège \ quoyque la place fust bien fortifiée et qu'il y eust dedans deux mille hommes de pied et trois cens officiers. L'on y a trouvé quantité de munitions de guerre et des vivres pour prez de trois mois pour un corps d'armée , et bien que l'importance de ce poste soit assez aysée à juger de ce que les ennemis n'ont point cessé de le fortifier depuis la prise du Quesnoy, et de ce que, pour le conserver, ils s'estoient tousjours tenus derrière durant toute la campagne, j'espère que le temps la fera cognoistre encore davantage, d'au-^ tant plus que je ne doute pas que, dans peu de jours, le Roy ne soit maistre aussy de Saint-Guillain , que l'on va attaquer. Vous ne serez pas fasché d'apprendre cette nouvelle, et qu'encore que la saison soit desja si advancée^ Sa Majesté a encore plus de trente mille combattans dans les deux armées que commandent MM. de Turenne et de La Ferté. Je suis, etc.

^ M. de Brienne vous dira quelque chose, de ma part, touchant les

^ Cette lettre présente quelques diffërences peu importantes avec cdie où Turenne annonçait la prise de Condé. — ' P.-S. de la main de Mazarin.

vaisseaux et quelque levée [de troupes], et à mon retour, qui sera Août i655. dans peu de jours, je feray en sorte que vous soyez assisté, et sans delay.

Aff. ë(r., Rome, t. iâ8, f"*' 157-1 58; minute de la main de Roze. — LVigioal de cette dépêche appartient à M. Le Filleul des Guerrots et est conserve au chAteau des Gaerrots, près d'Auffray (Seine-Iufërieure). Copie en avait été envoyée par M. Tabbë Cochet.

À M. DE LIONNE

DaQuesDoy, 19 août i055.

(bxtbait.)

Vous pristes vostre temps fort à propos pour monstrer au Pape la copie de la lettre.de ce gentilhomme de M. le Prince, et, si vous pouvez venir à bout de les faire surprendre, le cardinal de Retz et luy, ce sera un merveUleux coup. J'attends avec impatience des nouvelles du succez des diligences que vous aurez faictes pour cet effect.

Ce sera bien faict d'advertir le due de Mataloni ^ par la voye que vous vous estes proposée, de ce que le vice-roy de Napies machine contre luy.

Je vous prie de continuer à donner advis à M. le duc de Modene et à M. Brachet de toutes les choses que vous apprendrez qiii regarderont les interests de ce prince-là et l'armée qu'il commande.

Il n'y a point de mal de relever, en quelques discours que vous aurez occasion de tenir au Pape , le procédé des Espagnols envers le cardinal Aquaviva^, cela faisant voir assez clairement qu'ils se veulent venger des cardinaux italiens, leurs sujets, pour n^avoir pas exécuté ce qu'ils vouloient dans le conclave. 11 sera fort à propos de luy insinuer ce que vous vous estes souvenu que je vous manday une fois,

* Martio Caraffa, duc de Mataloni, ëtait un des principaux seigneurs du royaume de

Napies. — ' Octave Aquaviva, Napolitain, promu cardinal en i653 , mort en 167&.

Àoûi i655. durant le conclave, que puisque le roy d'Espagne veut user de cet empire sur les cardinaux milanois et napolitains, le Roy doit prétendre qu'il n'en soit plus faict de ces deux Estats-là qu'on ne fasse autant de cardinaux François naturels, ou despendant de cette couronne.

J'ay veu avec plaisir ce qui se passa à l'audience que M. le cardinal Bichi eut du Pape. Il ne se peut rien de mieux, et l'on nesçauroit assez remercier S. Em. Je vous prie de luy dire de la bonne manière que je ne trouveray jamais rien de diflScile pour luy donner toutes les marques de mon tres-humble service qu'il pourra souhaiter.

Il est certain qu'il n'y a pas un plus grand janséniste au monde que ce prétendu vicaire du cardinal de Retz^ Il faict du pis qu'il peut, remue ciel et terre pour cabaler dans Paris, et exécute aveuglement tout ce qui luy est suggéré pour ceux d'entre les adherens du cardinal de Retz qui travaillent avec tant d'emportement pour exciter quelque sédition; mais il se tient si bien caché ^, que l'on ne peut sçavoir où il est. On a pourtant asseuré que le Nonce l'a retiré chez luy. Ce qui faict la chose estrauge que le ministre du Pape devient le protecteur du Jansénisme et un exécuteur des attentats du cardinal de Retz !

Sa Sainteté a faict au cardinal de Retz une response digue de sa prudence quand Elle luy a dict qu'Elle tenoit sa croyance en suspens, et que le temps l'esclairciroit de la vérité; aprez quoy. Elle feroit justice fort exactement, n'y ayant rien qui luy soit plus contraire * que la vérité et la justice.

^ ChassebraSfCorë de la Madeleine, ëtait, * On a vu qu'il se tenait cache dans la

comme on Ta dit dans le tome précédent , tour de Saint-Jean-en-Grève. un des vicaires généraux nommés par ie 'Le sens est : ^t soit plus contraire an

cardinal de RetE. cardinal de Retz.

Août i655.

Âff. élr., France, t. 991, f* 168. — Original signé, en partie chiffré.

AU COMTE DE BRffiNNE.

Du Quesooy, so août i655.

Je VOU8 rends grâces de tout mon cœur des soings que vous avez pris de me donner part de toutes choses si exactement que vous avez faict. Les discours que vous faictes sur une partie des advis que vous me donnez sont très-bien fondez, et pour moy je ne voy pas que j'aye rien à vous dire sur lesdepesches d'Angleterre, d'Hollande (sic) et de Suéde, si ce n'est qu'il faut tousjours mander à M. d*Avaugour de profiter de toutes les occasions pour advancer l'accommodement avec la Pologne S faisant des offres neantmoins avec une telle conduite que le roy de Suéde soit obligé à se confirmer tousjours de plus en plus dans la croyance que le principal motif des offices de Sa M^ est la passion qu'Elle a pour le bien et les advantages dudict roy de Suéde.

Pour les deux vaisseaux qu'il ^ propose, malaisément luy pourroit-on donner ordre de les achepter, sans avoir au préalable un mémoire exact de leur port^, agrez, aage et autres qualitez etsçavoir quel moyen il y auroit de les faire venir en France et quelle despense il faudroit faire pour cet effect; car, autrement, on pourroit prendre de fausses mesures.

Quant à M. de Lumbres, je me trouve un peu embarrassé , le voyant pressé de conclure par M. l'électeur [de Brandebourg] et par le comte de Vfiddek , et craignant que , dans les ordres qu'on luy pourra donner, nous ne fassions quelque chose dont les ennemis se prévalent pour aliéner de la France l'affection du roy de Suéde. Je puis vous dire pourtant, après avoir rendu compte de tout à Sa M^, que la response qu'on

' Da roi de Suède avec le roi de Po- ' Le sens de ce mot est, je crois, ee

iogne. qu'iii peuvem porter; ce qu'on appelle main-

' // se rapporte à d'Avaugour. tenant le tonnage.

Août i655. luy pourroit faire seroit que le Boy donne volontiers les mains à ce traité d'alliance, pourveu qu'il n'y ayt rien qui puisse luy causer de rupture avec ses amys et particulièrement avec le roy de Suéde , envers lequel pourtant Sa M*^ employera tousjours fortement ses offices pour tout ce qui regardera les interests de M. l'électeur de Brandebourg; ce qu'il ne peut pas mettre en doute, voyant comme l'on en use, quoy qu'on n'y soit obligé par aucune alliance. Mais comme je voy que ce qui le touche le plus et sur quoy le comte de Valdek semble avoir plus pressé M. de Lumbres, c'est pour une somme d'argent de Sa M^, jusques à la demander sous forme dé prest, il faut premièrement respondre (ce qui n'est que trop vray) que, dans les excessives despenses que le Boy est obligé de faire, ayant tant d^ennemis sur les bras, auxquelles (despenses) il a assez de peine à fournir, malaysement il pourroit satisfaire aux engagemens qu'on prendroit pour ce regard-là , quelque volonté que l'on eust de le faire en un meilleur temps. Outre que, si le Boy faisoit offres pour l'assister d'une somme d'argent, et que M. l'Electeur vinst ensuite à rompre avec la Suéde, il n'y auroit personne qui pust empescher le roy de Suéde de croire que cette assistance auroit esté donnée pour luy faire la guerre.

^ On pourroit neantmoins adjouster que, s'il nous pou voit fournir un corps d'infanterie et de cavalerie , comme il propose de faire , l'on en tomberoit aysement d'accord, et non seulement on donneroit en argent comptant tout ce dont l'on conviendroit pour cela, pourveu que la cavalerie fust en plus petit nombre que l'infanterie, mais on pourroit aussy convenir de luy rendre ce corps pour sa deffense, en cas qu'il en eust besoin ^.

Je vous seray obligé si, escrivant à tous ces messieurs, vous prenez

la peine de leur faire cognoistre que l'agitation où nous avons esté

continuellement dans ce voyage, et plus encore la difficulté de faire

. tenir à La Fere mes lettres, est cause que, depuis quelque temps, l'on

ne leur a pas faict response si ponctuellement que par le passé.

^ Ce paragraphe est chiffré. — * Fin de la partie chiflrëe.

Pour ce qui est des Estais de Bretagne, il faudra, s'il vous plaist, AoAt i655. remettre cette affaire au retour du Roy, lequel ne peut plus gueres estre différé , puisque Sa M**^ m'a faict l'honneur de me dire qu'Elle a résolu de retourner à la Fere sytost qu'Elle aura esté à l'armée et que Saint- Guilhain sera pris, et Elle partira dez aujourd'huy pour cette course-là , si l'escorte que nous attendons peut arriver à temps.

J'ay esté fort touché de la blessure de M . de Marsillac ^ ; mais on m'asseure de tous costez qu'il n'y a nul périt pour luy, de sorte qu'il aura acquis beaucoup de réputation cette campagne , et nous le reverrons sain et sauf. Je vous dis cette campagne, car s'il vouloit s'eiposer les auti*es comme il a faict celle-cy, il seroit impossible qu'il pust durer.

Aff. ëtr., France, t 373 , f 38. — Copie da temps.

À LA REINE

Da Quesnoy, s i août 1 655..

(bxtbait.)

Je crois ^ de vous donner une mauvaise nouvelle en vous disant que le Confident n'est pas allé à l'armée et qu'il est incertain s'il le pourra faire aprez-demain. Car M. de Turenne a envoyé icy Varennes^ pour me dire que les ennemis assembloient toutes leurs forces, tirant jusques au dernier soldat des garnisons, et que ce ne pouvoit estre que pour entreprendre sur luy et sur M. de La Ferté à cause que la rivière de [Haisne]^ les separoit. A quoy pourtant ils avoient desja remédié en

^ Voy. ci-de88U8, p. 55, note 3. nénd en i655, fot tuë en i658 an siège

* La copie porte bien : je crùis, D faudrait de Gravelines.

peai-ètre lire :je erams. * Le. manuscrit porte encore ici d^Aine

* Roger de Nagn, marqnis de Varennes, au lieu de la Hatme, affluent, comme on marëchai de camp en 1 6i3 , lieutenant gë- Ta dit, de TEscaut.

AoiU i655. partie, un des [ponts] ^ pour la communication estant desja faict, et qu'on travaiiloit en grande diligence aux autres.

Varennes ma dict en outre que tout le pays aux environs de Saint- Guillain estoit inondé; que c'estoit une assiette de place plus advantageuse encore que la Fere; que MM. de Turenne et de La Ferté avoient jugé nécessaire la circonvaliation; qu'on y travaiiloit à la haste, et qu'enfin le Roy ne pouvoit pas aller à l'armée que cela ne fust faict et que le chasteau de Bossu, qui sera dans la circonvaliation et qui est destiné pour l'habitation du Roy, ne fust pris; mais pour ce chasteau, qui est tres-bon, il faut qu'il soit rendu aujourd'huy, et l'on croit que la circonvaliation sera achevée demain. Enfin, de la manière que les ennemis ont accommodé ce poste, il le faut attaquer comme une grande place. Il est pourtant vray qu'il est de plus grande conséquence qu'une des meilleures [places] qu'on pust prendre, et l'on en verra l'importance, et de Gondé, dans peu de temps. La tranchée ne sera ouverte qu'apres-demain ; mais j'ose vous respondre que l'on ira bien viste, et que Tenvie de retourner à la Fere contribuera à cela de la . bonne manière.

M. le Prince a escrit plusieurs lettres contre M. de Turenne, et celle qu'il a envoyée à luy-mesme^ est conceue en termes assez forts; mais il est permis à ceux qui perdent leur procez de dire, vingt-quatre heures durant, des injures aux juges. Le sujet de la cdere de M. le Prince est l'interception d'une lettre que M. de Turenne m'escrivoit, [disant] que le dernier escadron de M. le Prince s'estoil retiré à la nage, et qu'il avoit eu grande contestation avec les Espagnols, parce qu'ils n'avoient pas voulu demeurer au poste qu'on avoit accommodé devant Valenciennes ; et comme cette lettre estoit tombée entre les mains du comte de Fuensaldagne, M. le Prince avoit faict toutes ces déclarations pour faire croire aux Espagnols qu'il navoit rien dict de cette contestation.

^ Le maBuscrit porte points four ponts; note 6) à quefle oocasion cette lettre avait l*erreur est évidente. été écrite, et qu'elle avait été imprimée dans

* J'ai fait remarquer (ci-dessus, p. â6^ lés Mémoires de Turenne,

___ Aodt i655.

eaaesBsaaai

Aff. ëlr., France, t. a 7a, f 89. — Copie du temps.

À LA REINE

Da QaeflDoy, 3 a aoAt i655.

( BXTBAIT. )

Enfin le Confident partira demain pour aller à Tarmée, ayant au* jourd'huy receu des nouvelles que M. de Turenne sera demain icy avec une escorte digne du personnage à qui elle doit servir. Sa joye est au point que vous pouvez imaginer, et la mienne nest pas moindre, puisque par là je me vois bien avant dans le chemin de retourner à la Fere; car ou je n'auray pas [de]* crédit, ou le siège ira bien viste. Seyron vous dira plus en détail toutes les nouvelles, et c'est pour cette raison que je ne vous escriray pas au long cette fois. Il s'en retourne avec le convoy; mais il faudra qu'il fasse encore un autre voyage, vous pouvant asseurer que les bons succez que nous avons sont deus prin* cipalement à la ponctualité et à la diligence des convoys.

Cette lettre se termine par une phrase où f on retrouTe les pseudonymes dont la Reine et Mazarin se servaient souvent dans leur correspondance : tr Je vous supplie de vous souvenir de la Mer^ en Taffaire qu^il poursuivit auprez de vous, et d'avoir la mesme opinion de luy que de 4f^.^

XLVm.

Aff. ëlr. , France, t. 97a , f* 4o. — Copie du temps.

À LA REINE

Du camp devant SaintpGdUaiii , le s3 août i655. (nriAiT.)

Je ne vous feray pas une longue lettre, puisque le sujet de celle-cy

^ La copie porte du eredU, — ' Masarin.

MAZAftIlt. — vil. 9

larBiHtui làtioaàu.

AôAt i€65. n'est autre que pour vous tenir ma parole de vous escrire tous les jours et de vous dire que le Confident est arrivé icy en bonne santé; qu'il est mieux logé icy qu'à Saint-Germain, et qu'il semble que le chasteau [de Bossu] est faictpour voir ce siège; car on en est fort prez et on ne tire pas un coup de mousquet qu'on ne le voye mieux que si on estoit à la tranchée. Elle a esté ouverte, la nuit passée, fort heureusement, puisqu'il n'y a pas eu six soldats blessez.

M. de Gastelnau fera la nuit prochaine une troisième attaque. Les eaux sont fort diminuées par le moyen des escluses, desquelles on s'est servy fort à propos, et, à ce que je puis juger, je croy que le Roy sera vendredy, au plus tard, maistre de la place; elle est fort bien située, et il est vray que son assiette ressemble tout-à-fait à la Fere.

Il n'y a , à Mons, que Boutteville \ avec dix-huit regimeos (cavalerie et infanterie). Pour l'Ârchiduc, M. le Prince et les Lorrains, on dict qu'ils sont à Tournay, à Ath et plus avant vers Bruxelles, où tous les moines et prestres travaillent aux fortifications. M. de Turenne est venu, ce matin, jusques auprez du Quesnoy avec trois mille chevaux, de manière que le Confident s'est advancé icy avec plus de quatre mille [hommes] ; car il en avoit une partie avec luy au Quesnoy.

Aff. ëtr., France, t. 896, f* sQy. — Copie da ten^s.

À LA REINE

Ba oanip. devant SaînMîttilkiD, s A août i656.

Vostre lettre du ââ m'a donpé beaucoup de peine, voyant les inquiétudes dans lesquelles vous estiez du Confident^ et que vous m'annonciez que vous n'estiez pas de trop bonne humeur, et je vous laisse à penser comme on le peut estre icy avec une telle nouvelle. Je

' ^ François-Henri de Montmorency-Boutteville, qui devint duc de Laxembooi^, lieutenant général en 1668, maréchal de France en i679,'morti!n 1696.

vous supplie d'avoir l'esprit eu repos pour tout ce qui regarde k Cm- AoAi t65(. Jidenl; car je feray mon debvoir CMune je vous ay promis et au delà, et je seray bien trompé si cette sepmaine se passe sans que nous soyons en chemin pour retourner à la Fere, nonobstant que, la noict pas* sée , il soit entré dans la place un secours de deux cens hommes ehajr* gez de poudre, du costé de M. le mareschal de La Fer té, par un ma* rais que Ton croyoit impraticable.

Le camp oà nous sommes a a pa& une circonvallation régulière, mais il est fort bien; car on s'est servi des rivières^ des ruisseaux et des deffilez. On a faict quantité de ponts pour bien asseurer la communication des deux armées et on travaille à quatre forts sur les hauteurs, par lesquelles les ennemis pourroient venir plus aysement; mais je ne crois pas qu'ils y songent, car il n'y auroitrien à gaigner pour eux, et, d'ailleurs, ils ne tesmoignent pas en avoir la pensée, puisque , par des prisonniers que l'on vient de faire , nous apprenons que les ennemis ont envoyé deux regimens de cavalerie et trois d'infanterie à Valenciennes; ce qu'ils n'auroient pas faict, s'ils avoient envye de nous visiter, et que M. l'Archiduc estoit allé vers Gourtray et Gand, parce que les esprits des Flamands n'estoient pas en trop bonne assiette de ce costé-là; et ainsy je vous conjure de ne vous inquiéter pas et de vous mocquer de tous les horoscopes et [de] croire seulement que Dieu besnira les armes du Boy, sçachant ses bonnes intentions et ceUes de la Reyne, et que tous les advantages qu'elles (leurs armes) remporteront ne serviront qu'à conclure plus promptement la paix et à leur donner Heu d'entreprendre de grandes choses pour son service*

M. de Schomberg ^ a esté blessé , la nukt passée ; mais: il ne luy en eoustera qu'un doigt, ayant esté assez heureux pour se garantir d'un coup de mousquet dans le cœur par une cuirasse qu'à toute force luy avoit iiaict prendre M. de Gastelnau.

Le pauvre Rouanet^ a receu un grand coup de mousquet qui luy a

^ Fiéiéri(>-AffiMDd,eQmledeSdi0iDhergr, quitta k Franee en 1689 après ia cëvocanunëchal éb camp en i65a, lieuleiMBit gé- tioode Fëdit de Nantes et mourat en 1690. iiëraleni655,marëelialdeFrB]i€e.€ni675, ' Probablement^ Gaspard de Michel de

Aoàt i655. fracassé la jambe. Ty ai envoyé tout aassytost M. Félix S et l'on craint^ qu 00 sera [sic) obligé de [la] luy couper. Tout le monde regrette fort ce malheur, et M. le mareschal du Plessis en sera bien fasché. Je Tay £eiict assister et luy ay envoyé dire , de la part du Roy, qu'il ne songeast qu'à se guérir, et que Sa M^ luy donneroit de [quoy] vivre à son ayse , loute sa vie, et, à la vérité, il le mérite bien.

Je vous demande en grâce encore une fois de ne [point] vous inquiéter du Confident et de me croire le plus attaché et dépendant de vos Yolontez que personne du monde.

■db

Aff. étF., France, t. 37a, f* â3. — Copie du temps.

À LA REINE

Du camp devaat Saint-Gaillain, 96 aoât i655. (extrait.)

Le Confident di esté voir sortir la garnison de Saint-Guiliain^, composée de sept cens hommes de pied et de quatre vingt chevaux. Le gouverneur, qui est Espagnol , et tous les mestres de camp luy sont venus faire la révérence, et cela s'est si bien^ passé et avec esclat, toute la cour et les principaux officiers de l'armée ayant paru couverts d'or. Aprez cela, le Confident s'est allé promener à la veûe de Mons, mais bien accompagné, et en sorte qu'il n'y avoit aucun risque. Nous y avons veu quantité de troupes campées sous la contrescarpe de la-

Rouanuette, nomme maréchal de camp en s^accorderait mieux avec le reste de la

16&6. phrase, au moins poar la constniction

^ François-Félix de Tassy, premier chi- grammaticale, rurgien du Roi depuis i653, vécut jus- ' Cette place avait donné des otages, le

qu'en 1 678. Son fils lui succéda dans cette â5 août; elle ouvrit ses portes le lendemain

fonction. h Tarmée française , et la garnison en sortit.

Ml y a bien craint dans la copie. Croit * Dans le sens de trh bien.

dicte ville; c'est le prince de Ligne ^ qui les y a amenées au nombre Août i655. de quatre mille hommes, dans la crainte que les ennemis ont eue qu'on ne songeast à entreprendre ce dessein ^. Le nostre estoit de les faire attacquer, cette nuict, soubsles murailles de la ville, si l'on n'avoit esté empesché par un bras de la rivière de Haisne que les quatre mille hommes ont devant eux.

Les Lorrains sont à Ath ^ et les Espagnols à Anguyen ^, hors quelques huit ou dix regimens qui sont à Valenciennes. MM. les généraux n'oublieront rien de ce qui se pourra faire le reste de la campagne, et moy, je travailleray incessamment pour mettre les postes qu'on a pris en estât d'estre conservez; ce que je feray nfalaisement sans beaucoup depeyne^. Je croy que le Passage* et Schomberg y demeureront,- et Gastelnau'', avec im commandement supérieur.

AIT. ëtr., France, t. 273, f û/i. — Copie du temps.

A LA REINE

Quiévram^ 37 août i655.

Le Roy a esté entendre la messe dans Saint-Guillain, à l'église de l'abbaye, qui est fort belle. Il a disné aprez chez M. de La Ferté, et, nonobstant la grande chaleur, il a continué son voyage à Gondé tousjours à chevd. Le peuple l'a receu avec grand applaudissement. Il est descendu à Teglise, où le Te Deum a esté chanté. Il a visité M. de Mar-

^ Voy. sur le prince de Ligne le tome V, fé 337, note 3, des Lettres de Mazarin,

* Le siège de Mons.

' Ville du Hainaut, comprise aajourdliui dans le royaume de Bdgiqtie.

* Anguien on Enghien, petite ville du Hainaut, an nord de Mons. EUe (ait maintenant partie du royaume de Belgique.

^ C'est-à-dire, ce qu'il me sera malaisé de faire sans beaucoup de peine.

* M. du Passage eut le gouvernement de Condë et Schomberg celui de Saint-Guillain.

^ Casteinau avait le commandement en chef des troupes françaises dans le Hainaut.

• Petite ville du royaume de Belgique, au sud-ouest de Mons.

AoiH i655. sillacS qui sortira de sa blessure, et a faict visiter tous les autres blessez. Ou a résolu les travaux quil faut faire à Coudé, estant fort mal fortifié. Enfin on a donné ordre à tout, et nous nous sommes arrestez iey (à Quievraîn) aprez une journée fort pénible.

Demain , je croy qu au lieu de Landrecy, on ira au Quesnoy, et de là à Guyse, pour aller disner lundy à la Fere, quoyque le Confident soustient (sic) qu'on pourroit y aller en un jour, nuiis il entend de Landrecy. On fera toute la d^ igence possible ; mais les gendarmes et chevaux-legers , qu'on ne peut laisser, auront de la peme à faire une si grande traite, et il faudroit abandonner le bagage. Le Ctn^Uknt a grande impatience de vous embrasser, et j:e suis le plus asseuré de tous vos serviteurs.

Page 1