‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 49 sur 100 · AU MARÉCHAL DE GRAMONT · texte numérisé non relu

AU MARÉCHAL DE GRAMONT

Guise, 3o septembre i'6&6.

(bxtiuit.)

Je suis fort en peine de ne recevoir point de nouvelles de M. de Lionne. Je ne doute pas qu'il ne soit, au moins, à présent arrivé à Bayonne, puisque, par le dernier courrier qu'on luy a depesché, on luy a envoyé un ordre précis de partir [aussitost]^ aprez, s'il n'avoit pu rien conclure, et il seroit tres-prejudiciable au service du Roy qu'il en eust usé autrement. Neantmoins, dans cette incertitude, je ne laisse pas de lui escrire la lettre cy-joincle que je vous prie de lui faire rendre s'il est à Rayonne, ou de la luy faire tenir par une voye fort seure, s'il est encore en Espagne; et en cas qu'il fust parti en deçà de Rayonne, vous pourrez prendre la peine de me la renvoyer.

Je ne vous parle pas de Testât de l'armée du Roy et de celle des ennemis, parce que M. le comte de Guiche^ vous en pourra informer, entre autres de quelle manière nous avons pris la Gapelle en présence

^ Lecture douieufle. TurenneD. D ëtait ffbeao, bîea iail et plein

' AnDand de Gramont, fils du maréchal , d'esprit, mais gascon jusque dans Texcès t ;

ne en i638; il mourut en 1673. Il était, et sa passion déclarée pour Henriette d*An-

en i656, rrmestre de camp du riment g^terre, duchesse d^Oriéans, fit, qndques

des gardes françaises et servait k Tarmée de années plus tard, beaucoup de bniîL

de toutes leurs forces des Pays-Bas, et que les ennemis, après avoir Sept. i656. levé le siège de Saint-Guillaiu et s'estre approchez [à une lieue] ^ de nostre camp, publiant quils vouioient secourir la place, se sont contentez d'estre les simples spectateurs de sa prise et probablement achèveront la campagne comme ils l'ont commencée , c'est-à-dire en demeurant sur la défensive^. Mais, après cela, je crois devoir vous dire qu'il ne se peut rien adjouster à l'estime qu'il' (le comte de Guiche) s'est acquise, et par son courage dans toutes les occasions périlleuses, qu'il cherche mesme avec trop d'ardeur et d'empressement, et par sa patience dans la fatigue, et par sa douceur et sa civilité envers tout le monde. Je {>ense que vous ne serez pas fasché d'apprendre ces veritez par un amy qui ne vous desguise rien et qui vous manderoit le contraire avec la mesme sincérité, s'il y aroit sujet de le faire, afin que vous cherchassiez des moyens d'y remédier. Je vous prie d'estre bien persuadé de cette passion que j'ay pour ce qui vous touche et qu'on ne peut estre plus que je suis, etc.

Addition à la lettre au maréchal de Graimnt,

Le comte de Guiche est fort creu*, et il peut bien y avoir des gens plus robustes que Iny, mais non pas de plus vigoureux pour son aage, ny qui supportent mieux la fatigue. Je ne vous escriray plus en espagnol, puisque vous ne me faictes pasresponse; mais je vousdiray bien en toutes sortes de langues que vous n'avez serviteur plus asseuré que moy.

' LeeUire dovlaue pour les mots entre [ ]. rapproché de )a phrase oà le comle de Gniche

* Toiit le passage depuis entre autres ju%' est mentionne, qu'à défensive est au bas de la page et sous * Développe'. On doit entendre surtout,

forme de renvoi. par Ih, fortifié; le comte de Guiclie avait

' Avant le passage intercalé, f7 se tiDuvait alors 19 ans. »

Sept i656<

IM >l t>

J Jg * »

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanffet de Colbert, t. 5i, f* 809; minute. — Aff. étr., France,

t 37&, f* i33; copie do temps.

À LA REINE

Guûe, [3o] septembre i656 ^

M. de Turenne est icy, mais comme on ne sçayt pas encore que les ennemis ayent pris une resolution, il nest pas possible que nous prenions la nostre. Cependant 6n faict préparer un grand convoy de farines et de munitions de guerre pour jeter le plus promptement qu'il se pourra dans Saint-Guilhain , n'y ayant rien de si grande conséquence que cette exécution.

Je ne vous puis rien mander de ce que le Confident fera, ne pouvant se résoudre à s'en retourner sans avoir rien veu. Je crois qu'il y sera contraint; et ce qui lui pourroit réussir seroit démarcher avec l'armée jusques auprez du Quesnoy, pour s'en revenir aussy tost^. Gela s'entend si les ennemis demeurent encore au lieu où ils sont. Ils ont destasché beaucoup d'infanterie, et ils ont perdu un grand nombre de soldats dans leur dernière marche. C'est pourquoy chacun est persuadé qu'ils ne sont plus en estât de se présenter devant nostre armée.

Jay receu vostre lettre; mais je n'y puis pas respondre comme je voudrois, parce qu'il n'y a pas seureté, et celle-cy pourra bien estre interceptée. Je vous diray donc que le Confident vous est tres-obligé, et il m'a commandé de vous asseurer plus que jamais de son amitié, et

^ Cette lettre porte, dans les deux manascrits, la date du 99 stptembre; mais, d'après ce que Mazarin dit, à la fia de la lettre de Lionne, die doit être postérieure.

* Le 39 septembre, le Roi avait passe Tarmëe en revue près du village d'Équielle ; delà il vint loger avec elle i la Vaqueresse.

Le 1 *' octobre , il se rendit au Quesnoy ; Tai^ mëe marcha , toujours en bataille , vers Saint. Guilhain, où Turenne envoya Castelnau avec quatre ou cinq cents fantassins escortant un convoi de vivres. Le Roi campa ensuite à Roisin. Il partit de là pour se rendre à Gompiègne et ensuite à Vineennes.

pour la Mer [Mazarin], je ne vous diray rien, sinon quelle est à Tac^ s^u i656. coustumée.

Il y a un gentilhomme du mareschal de Gramont à la Fere avec un pacquet de M. de Lionne. J'escris à M. Le Teliier de me l'envoyer demain, et je vous informeray aussytost de ce que ledict pacquet contiendra.

Bibl. nat, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f** SSy; minute. — Aff. étr., France,

t. dyili, f' i36; copie du temps.

À LA REINE

Guise, dernier septembre i656.

Enfin le Roy la emporté, et demain il s^advancera avec larmée et au Quesnoy. MM. de Turenne et de Villeroy et les autres officiers généraux ont tous conformément opiné que Sa M*^pouvoit faire ce voyage avec réputation et sans qu'il y ayt aucune apparence que les ennemis attendent l'approche de nostre armée, la leur estant asseurement plus foible de sept mille hommes ^ Elle est campée à Maubeuge des deux costez de laSambre, et nous croyons qu'elle reculera ou mettra la rivière devant elle. Le Roy auroit peu s'excuser de se donner cette peine , et j'ay faict tout mon possible pour cela et pour l'obliger à s'en retourner à Cornpiegne; mais il a fallu céder. Je vous asseure pourtant de vous le ramener icy (à Guise), au plus tard, jeudy prochain, en bonne santé, et que, deux jours aprez, vous le verrez au lieu où vous estes ^. Il vous escrit la lettre cy-jointe.

Je remets à vous dire toutes choses lorsque j'auray l'honneur d'estre auprès de vous, et je m'asseure que vous aurez sujet de vous louer de la Mer (Mazarin) et de *'. Je renouvelle à Monsieur les

^ Mazarin n*a parle ci-dessus que de bre à Gompièg^e, où était déjà la Reine, quatre à cinq mille bommes. ' Ce signe indiquait, comme on Ta dit,

* On verra que le Roi arriva )e 6 ocio^ Tamour de Mazarin pour la Reine.

Ociobi-e 16&6. as8euraHce$ de mes tres^^humbies respects, et je Tasseiire qu^il ne dépendra que de la ReyHe d'estre, dimanche ou ]undy, à Paris. Cette nouvelle ne luy sera pas désagréable 4^ ^.

AIT. éîr. , France, t. ayi, f i45. — Minute.

À LA REL\E

De VaniM^-au-Bois *, a octobre i656.

( RITBAIT. )

Le Roy couchera ce soir au Quesnoy; mais il faudra bien essuyer des combats auparavant que de le disposer à ne camper pas avec Tarmée, comme il a faict cette nuit. Tout le monde souhaiteroit icy que les ennemis s'opposassent à uostre marche, pour ce qu'on croit qu'ils nous donneroient le moyen de remporter quelque grand advantage sur eux; mais, pour moy, je leur seray très obligé s'ils nous laissent aller et retourner sans aucun empeschemeat, et je m'aaaeure que vous aurez le mesme sentiment^. Il est certain que leur armée est fort affoiblie, non seulement à cause du meonde qu'ils ont perdu, mais pour les destachements qu'ils ont fatcts, ayant envoyé Guitaut^ avec un corps de quinze cens hommes à Rocroy, huit eeiis au Gastelet et douze cens sur la Lys, et il faut advouer que l'armée du Roy est fort belle et forte, et M. le mareschal de Villeroy, l'ayant visitée particu* lierement, asseure qu'il y a vingt mille hommes effectifs sans les officiers,

^ Je n'ai trouve aucun renseignement sur marcba vers Mous, qui n'est qah une beiure

cette localité dont le nom a peut-être ëté al- de Saint-Guillioîn, et se montra devant la

iéré par le copiste. On voit, por.Ie texte de pl^ce, deux keares aprèa que les troupes

la lettre, que Mazarin se trouvait alors près qui y avaient conduit le convoi de vivres

du Quesnoy. s'ëtaîeat

' L'ennemi, ne sMtaot pas troBvé en état ' Guitaut-Peicfapeiou. (Voy. ei-^easus,

de s'oppoaer h la mardie de notre annëe, p« So&.)

Le Cùf^ient a veu vostre lettre. li dtct^ses raisons sur le sujet dont Octobre losr». vous le condamnez; mais pourtant il déclare^ qu'il est tout prest à subir vostre jugement^ et il m'a commandé de vous asseurer plus que jamais de son amitié. £n mon particulier, je demeure le plus asseuré de tous vos serviteurs. Le Confident vous prie de faire ses recommandations à Monsieur, de qui je suis tres-humble serviteur.

GGXXXK.

M. étr., France, t. 37 A, f° ià8. — Copie da tempt.

À LA REINE

QueSDoy, 3 octobre 2056.

( BITRAIT. )

Je vous tiendray la parole que je vous ary donnée, puisque les ennemis qui estoient venus pour attaquer Tarmée du Roy, l^tranchée à la Gapelle,se sont retirez à Tapproche de la nos(re;que Saint-Guillain n'a plus à craindre ny le blocus ny d'estre pris par force, et que le Roy a acquis beaucoup de réputation, en ce voyage, dans son armée et avec les ennemis mesmes; mais je vous demande très- humblement pardon si je me dispense de tenir ma parole pour le retour de Sa M^; car je vous l'avois donnée pour dimanche ou lundy prochain, et il pourra estre, à ce que je crois, vendredy. J'espère que vous aurez la bonté de me remettre cette faute, puisqu'elle ne procède que de la passion que le Confident et moi avons de nous rendre auprez de 22 (la Reine) '•

Je viens de recevoir vostre lettre du dernier du mois passé avec un billet pour le Confident^ et je ne vous dis rien de sa part, puisqu'il

^ Lammute porte: il se déclare» ' Mazarin, veut dire que si, dans une

' Il est probable que Mazariu feit allusion lettre prëoédenle, il avait indiqué une date

an refus du Roi de revenir à Compiègne en plus rapprochée, c'était par le désir qu'il

quittant Guise ou la Fère. (Voy. la lettre de éprouvait de revoir plus promptement la

Maxarin h la Reine, du 3 octobre i656.) Reine.

Octobre j656. VOUS escrit, et je vous responds qu'il est ravy de ce que vous me mandez de la part que vous prenez à sa satisfaction, nonobstant qu elle soit au prix de Tesloignement. Car, si quelque chose pouvoit diminuer la joie du Confident^ c'estoit que vous eussiez receu déplaisir de ne le voir pas retourner de la Fere ou de Guise.

Vous verrez, à noslre retour, la despesche que j'ay receue d'E^agne^ Elle ne contient rien de considérable; car le courrier, quon y avoit envoyé de la Fere, nestoit pas encore arrivé, et je m'en estonne, car iadicte depesche est datée du i^ de septembre.

J'escris à M. le Chancelier ce qui s'est passé S afin que, par ce moyen, Paris en ayt cognoissance, et que la chose se respande avec l'advantage qu'elle mérite. Je vous envoyé la lettre ouverte, et je vous prie de la* faire cacheter après que vous l'aurez veue et la donner à M. deBrienne, afin qu'il prenne la peine de la faire tenir promptemenl audict Chancelier. M. de Brienne pourra mesme s'en servir pour escrire en cette conformité en Italie et en Allemagne.

CCXXXIIL

Aff. ëtrl, FraDce, t. 27Û, f*' 146-1/17; minute corrigée par Mazarin;

et t. 899, f** 106; original signe.

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