‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 188 sur 335 · CCCLXXIV · texte numérisé non relu

CCCLXXIV

Vlanusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719. tom. 1, P" 168 recto et verso.

A M. LE MARESCHAL DE TURE.XNE

[Paris,] 28 décembre i643.

Monsieur,

Depuis vous avoir escrit celle que vous recevrez conjoinctement avec celle-cy, j'ay fait resolution de vous depescher le sieur de Milly, à qui vous ajousterez, s'il vous plaist, créance en tout ce qu'il vous dira de ma part. Outre cela, j'ay creu que je vous devois faire sçavoir qu'on a envoyé -ordre à M. de La Ferté-Senneterre de contribuer tout ce qui despendroit de luy pour le restablissement de l'armée [d'Allemagne] et pour vostre satisfaction, à quoy je ne doute point qu'il ne satisfasse.

J'ay fait augmenter vostre régiment de cavalerie de deux compagnies, et celuy d'infanterie restera à vingt, quoyque, à mon avis, l'expérience vous faira voir qu'il se fust maintenu aussy fort à douze.

La Reyne a désiré que je prisse les deux regimens de cavalerie et d'infanterie de feu M. le mareschal de Guebriant; ce que j'ay fait d'autant plus volontiers qu'estant à moy, outre le pouvoir que vous y aurez comme gênerai, vous y en aurez un particulier aussy grand que sûr les vostres.

J'escris à M. Smitberg de se rendre auprès de vous pour convenir des conditions que vous jugerez convenables pour l'employ qu'il doit avoir dans l'armée. On accomplira ponctuellement tout ce que vous accorderez avec lui; par avance, on envoyé pour luy un brevet de

! Le reste comme dans la lettre adressée au maréchal de Schomberg. p. hi'j-oiH.

gênerai -major de l'infanterie , tant pour ce qu'il y a apparence que Décembre M. de Schomberg ne sera pas sytost en estât de venir exercer cette charge, à cause des chicanes et difficultés que les ennemis apporteront à sa deslivrance, que d'autant que, dans Testât où l'on désire mettre l'armée, il n'y aura pas trop de deux generaux-majors d'infanterie; on remet pourtant ta vostre prudence d'ajuster cela en la meilleure manière que vous jugerez.

Pour ce qui est de la levée d'un régiment que ledit sieur Smitberg a proposé de faire, vous arresterez avec luy les conditions, et, ce pendant, on remet par avance une somme d'argent à Strasbourg, affin qu'il puisse commencer la levée, et qu'il ne se perde point de temps à le faire, en attendant qu'on y remette tout ce dont vous aurez convenu, ce qui se faira dès qu'on aura de vos nouvelles. Vous luy assignerez le quartier que vous jugerez le plus propre pour ladite levée; et je ne doute point que, au son de l'argent de France, quantité de soldats françois, escossois, irlandois et d'autres, qui ont esté forcés de prendre service avec le duc Charles, ne le quittent pour en prendre avec ledit sieur Soiitberg, veu principalement la facilité que leur en donnera le voisinage des quartiers.

Que s'il venoit à proposer qu'on luy rendist le régiment qui a esté aulrcslois à luy et qui est maintenant au sieur de Roqueservières, il luy faudra représenter qu'on est fasché que cela ne se puisse, et qu'il y a plusieurs raisons importantes qui ne souffrent pas qu'on l'oste audit sieur de Roqueservières, que luy-mesme pourra facilement comprendre; mais puisqu'on luy baille la levée d'un corps considérable, et que c'esl une marque de l'opinion qu'on a qu'il a grand crédit parmy les gens de guerre, et qu'il voudra confirmer cette créance par effect, mettant sur pied ledit corps, sans employer ce qui est desjà longtemps dans le service; que, dans l'estime qu'on fait icy de son mérite et dans le bon traitement qu'on a résolu de lu\ faire.il peut s'asseurer que son régiment sera tousjours entretenu, et par conséquent qu'il ne manquera point de bons officiers ni de bons soldats qui seront bien ayses de s'y ranger, particulièrement sous un colonel du mérite et de la réputation dont il est.

M UMIIf. I. 5g

DécemWe Outre les conditions dont vous conviendrez avec luy, eu esgard à ses emplois, vous pourrez sçavoir quelles prétentions il a pour ses înterests particuliers et l'asseurer, de ma part, que j'en veux prendre soin , et qu'il ne demandera rien qui soit civil et raisonnable que je ne luy procure, si je puis.

Ce qui me donne ce sentiment pour luy, outre la considération de son mérite et du zèle qu'il a pour le service du Roy, est que je sçay qu'il est particulièrement vostre serviteur, et que, dans un projet qu'il a envoyé icy, quelque temps après vostre despart, pour le restablissement de l'armée, le premier poinct a esté que la Reyne ne pouvoit faire eslection d'un sujet plus capable ni plus digne de la commander que vous.

Puisque je suis sur le discours de ce projet, je n'oublieray pas à vous dire qu'il y a une observation à laquelle il importe grandement que vous preniez garde, qui est que la pluspart des vieux corps de l'armée ont peu d'officiers, et que neantmoins le Roy les paye comme si le nombre en estoit complet. H faudra, s'il vous plaist, tascher de remédier à ce desordre.

Vous recevrez satisfaction sur tout ce que vous demandez, et, sur tout ce que vous jugerez, à l'avenir, absolument nécessaire, vous n'aurez qu'à me le faire sçavoir; mais comme je ne désire point délibérer après vostre jugement, je vous conjure aussy, au nom de Dieu, de mesnager tellement l'argent du Roy qu'il ne s'en despense point hors les termes du besoin, pour lequel on est résolu de ne rien espargner; et pour moy je vous puis asseurer que, dans le soin que je prends de ce qui concerne l'Allemagne, j'y suis poussé de deux passions presque esgalement fortes, l'une qui regarde l'interest du Roy, et l'autre, celuy de vostre gloire.

Je ne vous parle point de plusieurs choses quej'ay dans l'esprit, dont je me promets que vous serez satisfait, si je les puis faire réussir; vous en serez averty quand il sera temps.

- Je me plaindrois icy de vous, si M. de Beringhen ne s'estoit chargé de le faire pour moy, de ce que, dans la profession que je fais d'estre

sans reserve vostre serviteur, et dans celle que vous faites d'estre mon Décembre amy, vous avez eu, avant de partir, un dessein qui vous importait assez, sans m'en donner part. Vous jugerez vous-mesme si cela est dans les lois de la parfaite amitié, et si je n'ay pas juste sujet d'en avoir de la jalousie. Gela n'empeschera pas neantmoins que je ne sois autant que jamais, etc.

P. S. Depuis avoir escrit ce que dessus, j'ay escrità M. de Huvigny, qui m'a promis de vous escrire le petit ressentiment que j'ay, dont vous escrit aussy M. de Beringhen.

Nous avons avis que le colonel Kolhas 1 peut estre racheté par mille rixdalles2; je vous supplie de presser sa délivrance et de fournir l'argent nécessaire pour cet effect, atïin qu'il aille tout aussytost travailler à faire une bonne levée d'infanterie du costé de Hambourg, où il a beaucoup de crédit.

Ayant convenu avec M. Smitberg des conditions de sa levée, j'ay jugé plus à propos que vous luy avançassiez quelque argent pour la commencer, et, à la première nouvelle que nous en aurons, nous luy fairons remettre toute la somme à Strasbourg, ou au lieu où il désirera. Vous serez aussy remplacé des avances que vous fairez.

Je vous conjure derechef de l'asseurer que, dès la première fois que je l'ay veu, je l'ay beaucoup estimé, et que j'ay eu un grand desplaisir de le voir hors du service; que je suis entièrement son amy, et que je luy en rendray des preuves certaines; qu'il songe seulement à bien servir, comme il en est fort capable, et qu'il me laisse le soin de ses interests, dont je me promets qu'il sera satisfait.

Je remets à la depesche de M. Le Tellier plusieurs autres choses, dont il vous informera très-particulièrement, pour vous dire derechef que je suis très-parfaitement, etc.

1 Ce nom est Bouvenl ëcril Golhaa on ' Reùhsthakrs, ou thalcrs impériaux, de

Colas. la valeur d'environ .r> francs.

Janvier 1 6 /« 6 .

Manusc. de la Bibliolli. Mazarinc, n° 1719, tom. I, f0 1/19 recto.

A M. LE COMTE DE HARCOIRT

[Paris , ] 1 " janvier 1 644.

Monsieur,

Je joins ce mot à la depesche que vous a faite M. de Brienne, pour vous prier de vous employer auprès du roy de la Grande-Bretagne pour faciliter une levée de deux ou trois mille Irlandois, que nous avons résolu de faire. Cette occasion est importante au service de Sa Majesté; cela suffit pour vous obliger d'y agir à vostre ordinaire. Vous pouvez, s'il vous plaist, pour cela, entretenir correspondance avec le sieur de La Moinerie, qui est en Irlande pour ce sujet, et auquel on donnera ordre de vous avertir de tout où vostre authorité luy sera utile pour acheminer ladite levée.

Je finis, après vous avoir souhaité, à ce premier jour de l'an, tout ce que vous méritez, et proteste que je ne me despartiray jamais de la resolution que j'ay faite d'estre toute ma vie, etc.

CGGLXXVI.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1/19 recto.

A M. LE MARQUIS DE LANGERON

[Paris,] 2 janvier 16/16.

Monsieur,

J'ay receu celle que vous avez pris la peine de m'escrire du 1 2 du passé et appris de M. de Vieuxpont le devoir que vous avez fait de maintenir l'authorité du Roy dans le Rouergue. Il faudra que vous n'en demeuriez point là, et j'estime qu'il sera à propos qu'il se forme

une communication entre vous et M. d'Aumont, que le Roy envoyé Janvien6A&. en Poitou pour un semblable sujet 1. Vous en recevrez l'ordre par la depesche de M. de La Vrillière, et croirez, ce pendant, que je ne manqueray point de faire valoir vos services auprès de la Reyne, et de vous tesmoigner dans les occasions que je suis véritablement, etc.

CCGLXXVII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1 69 verso.

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