VICE-ROI DE LA CATALOGNE
[Saint-Germain-en-Layc,] aa mars i643.
Monsieur, .1 ay appris de M. de Rhodes l'heureux succez du secours de Miravel'2
1 Voyez, sur le maréchal de La Mothe- - Le maréchal de La Mothe-Houdancourl
Houdancourl, la liste alphabétique, à la fin avait délivré, le 1" mars, la ville de Miravel , • iu volume. qui était assiégée par les Espagnols.
et le beau commencement que vous avez donné à cette campagne. Mars i643. Vous pouvez croire que je n'ay pas esté peu sensiblement touché de cette victoire, tant pour l'interest des affaires du Roy que pour vostre gloire particulière. J'espère que vous n'en demeurerez pas là, et que les armes de Sa Majesté feront entre vos mains des progrez dignes de vos actions passées et des espérances que nous en avons, qui ne sont pas médiocres. Pour cet effet, vous ne devez point douter qu'on ne rende vostre armée aussy forte qu'on vous l'a fait espérer. Les ordres en ont esté desjà donnés, et l'on a destiné pour la subsistance un fonds certain , dont je m'offre moy-mesme d'estre le solliciteur auprès- de Messieurs des Finances. Nous nous promettons aussy que l'armée de mer sera forte, et qu'elle pourra empescber les ennemis de rien entreprendre qui rompe les desseins que vous avez du costé de terre.
Pour ce qui est de la diversion que vous proposez du costé de la Navarre, elle seroit sans doute fort utile, et je desirerois de tout mon cœur qu'elle se pust faire; mais je vous diray ncantmoins francbemenl que, dans l'estat présent des affaires, il n'y a point lieu d'y songer, el qu'il est impossible que Sa Majesté mette de nouveaux corps sur pied. Les Espagnols aussy ont de l'occupation en tant d'endroits, et il y a si peu d'apparence que les forces qu'ils attendoient de Flandre, et que l'amiral Tromp ' tient comme assiégées dans Dunkcrque, y arrivent, qu'on doit présumer qu'ils n'en auront pas plus qu'ils ne leur en faut pour se défendre des nostres. Je ne parle pas de la fortune du Roy, ny de la possession en laquelle vous estes de vaincre. Ce sont des prémices de la victoire future, qui, à mon avis, ne tromperont point, et ce sera une matière particulière de joye pour moy, à qui vos interestz ne sont pas moins chers que les miens propres, et qui suis plus que personne du monde, etc.
1 Cet amiral commandait la flotte des «■ élevé la fortune." (Histoire du siège dr
Provinces-Unies. Sarrasin l'a qualifié en Dunkcrque, p. 1 5 de l'édition in-fi" des
termes qui méritent d'être rappelés: irhomme œuvres de Sarrasin; Paris. i656. ) «r célèbre sur l'Océan et duquel la vertu avoil
MAZMIIV
Mars 1643.
Manusc. dn la Bibliolli. Mazarine, n° 1719, loin. I, f° 3i reclo.
A M. D'AIGUEBONNE
[Saint-Germain-en-Laye,] 27 mars 16/18.
Monsieur,
Je vous ay escrit si au long par ma précédente, que je ne puis ajouster pour response aux vostres des 11e et i/ie courant, sinon que j'ay receu le récépissé des armes qui ont esté consignées à M. Le Tellier, et que j'attens le vostre pour celles que vous avez retenues, afin que je m'en fasse faire icy le remboursement.
Il faudra tousjours confirmer le marquis Ville dans la généreuse resolution qu'il a prise, et luy faire espérer beaucoup d'agrément et de reconnoissance de la part du Roy pour ses services passez, et particulièrement pour celuy qu'il rendra en l'occasion de Tortone. Vous l'asseurerez aussy de la mienne, et que je ne manqueray pas de les faire valoir auprès de Sa Majesté selon leur prix, et à luy tesmoigner en toutes occasions l'estime que je fais de son mérite et la passion que j'ay pour ses interestz.
Nous avons tous icy une grande joye, et moy j'en ay une particulière du restablissement de la santé de Madame. Vous ne devez point vous lasser d'entretenir tousjours la concorde entre elle et Messieurs ses beaux-frères, et de remettre ce qui se pourroit desconcerter entre leurs ministres. Surtout, il faut mesnager l'humeur de M. le prince Thomas, et luy faire bien connoistre les grands sentimens d'estime et d'affection que le Roy a pour sa personne, dont il recevra des marques indubitables, s'il vient à la Cour.
Je vous reitère icy ce que je vous ay mandé par ma précédente, qui est que j'estime qu'il n'est pas nécessaire que vous me rendiez un compte particulier de ce que vous faites pour le service de Sa Majesté, si ce n'est pour quelque affaire importante, puisque ayant commun i-
cation des despesches que vous escrivez à. M. de Ghavigny, c'est un Marei6/i3. travail superflu de me mander la mesme chose. Je vous suis pourtant bien fort obligé du soin que vous en avez voulu prendre. Vos lettres neantmoins me seront tousjours fort agréables, lorsqu'elles me feront sçavoir que je vous suis utile en quelque chose , à quoy je ne manqueray pas de me porter avec affection, puisque je suis véritablement, etc.
LVfll.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, tom. [, P 3i recto et verso.
A M. DE MIGENES,