‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 48 sur 335 · MAZARIN A M. D'ESTRADE · texte numérisé non relu

MAZARIN A M. D'ESTRADE

Saint-Germain-on-Laye, 28 mars if>'ùj

Monsieur,

J'ay veu par la vostre du 2e de ce mois le soin que vous avez pris rie me chercher des chevaux, suivant la prière que je vous en avois laite, dont je vous demeure fort obligé. Mais, d'autant que depuis je m'en suis pourveu d'ailleurs, je vous supplieray de ne vous en donner pas la peine.

Vous m'obligerez bien Tort d'asseurer tousjours M. le prince d'Orange de mon très-humble service et de la passion que j'ay d'estre honnoré de ses bonnes grâces. Il ne se présentera point d'occasion qui le regarde où je ne tasche de les mériter et de luy faire paroistre la haute estime que je fais de sa personne. Je seray aussy tousjours bien ayse de vous tesmoigner et que je vous estime beaucoup et que je suis véritablement,

Monsieur,

2 Vostre très-affectionné à vous l'aire service, Le Cardinal MAZARLNI.

Depuis vous avoir escrit, j'ay eu avis que je ne pou vois avoir un attelage de chevaux dont on m'avoit parlé; c'est pourquoy je vous supplie de m'en envoyer. Je donneray ordre afin qu'on les reçoive à Dieppe. Je feray ce que je pourray pour M. de Beringhen, en considération de M. le prince d'Orange. C'est une affaire fort jalouse et difficile, à cause

' La formule de suscription pour cette d'un régiment d'infanterie françoise en Hol-

lettre et pour celles de la même épocrae lande.

adressées au comte d'Estrade est ainsi con- 2 Ces mots et la signature sont de la main

çue : Monsieur d'Estrade, mestre de camp même de Mazarin.

que le fils d'un des médecins du Roy est pourveu de ses charges. Nous Mars i643. attendons, cette campagne, quelque chose de grand de M. le prince d'Orange; on correspondra icy de bonne façon à ses desseins.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, tom. I, f° 3i verso.

A M. LE TELLIER

[Saint-Germain-en-Laye, J 28 mars iGk'i.

Monsieur,

Pour response à la vostre du 19e du courant, je vous diray que j ay donné ordre à Turin afin que l'argent que M. le comte de Mursan avoit touché pour M. le comte de Scavanpi fust remis à celuy-cy. Je seray bien ayse qu'on pourvoye que le lieutenant qui doit conduire trente hommes à mon régiment fasse diligence pour le joindre.

M. d'Amontot nous a fait sçavoir les sentimens de la republique de Gènes touchant le secours de Tortone. Il a charge de luy déclarer nettement que, si elle manque de tesmoigner à Sa Majesté, en cette occurrence, ce qu'Elle désire de sa bonne volonté, toutes les démonstrations qu'elle luy en pourroit faire à l'avenir luy seroient peu agréables, et que, si Elle n'en reçoit cette preuve, Elle n'y prendra point de confiance; qu'elle ne doit point hasarder de luy donner ce mescontentement en Testât où sont les affaires, où il n'y a pas moins à espérer qu'à craindre pour le succès du secours de Tortone, pour lequel on doit faire toute sorte d'efforts afin qu'il réussisse.

Puisque M. de Florenville n'est point pressé, on fait bien d'attendre et la resolution de M. de Parme sur ce que le Roy désire de lu\ . el l'arrivée des troupes qui doivent joindre l'armée.

Pour ce qui est d'attaquer quelque autre place, il y a de l'apparence que, avant que toutes choses lussent prestes pour un siège d'importance , M. de Florenville seroit fort bas, et les ennemis en puissance d'aller

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iM3. secourir cette place après s'estre rendus maistres de Tortone. Il faut donc mieux reserver l'effort des armes du Roy pour cette dernière entreprise, qui, n'estant pas impossible, est digne de la valeur et du courage de ceux qui en ont la conduite et qui en doivent l'aire l'exécution. Que si neantmoins on en pouvoit surprendre quelqu'une qui l'ust importante, ou par intelligence, ou par quelque notable arrangement, qui en rendist la prise prompte et certaine, en ce cas-là il n'y aura point danger de l'entreprendre; mais, comme cela est fort douteux , j'estime qu'il n'y faut point penser.

La santé du Roy se restablit à vue d'oeil, et nous espérons quelle sera meilleure et plus ferme qu'elle n'estoit avant sa maladie. Je remetz le reste que j'avois à vous escrire à la despesche de M. de Noyers, et me contenteray de vous asseurer que vos interestz me seront tousjours fort considérables, et que je ne perdray point d'occasions de faire valoir vos services auprès de Sa Majesté et de vous tesmoigner que je suis véritablement, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 3a reclo.

A M. DE GASTELLAN,

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