‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 50 sur 335 · LIEUTENANT GENERAL DE L ■ A R M V. E DU ROY EN ITALIE · texte numérisé non relu

LIEUTENANT GENERAL DE L ■ A R M V. E DU ROY EN ITALIE

[Saint-Germain-en-Laye,] 28 mars 1 663.

Monsieur,

Dans l'occasion présente du siège de Tortone, personne ne peul juger mieux que vous la nécessité qu'il y a de mesnager l'humeur de M. le prince Thomas. Madame ne doit point prendre de jalousie, puisqu'il ne se fait rien qui soit au préjudice de son autorité, que S;i Majesté luy conservera aussy inviolable à l'avenir qu'il a fait par le passé, comme il rendra aussy tousjours à M. le prince Maurice des marques de l'estime et de l'affection qu'il a pour sa personne. C'est donc à vostre prudence et à vostre adresse d'agir de telle sorte envers M. le prince Thomas, que, luy faisant connoistre la haute considération en laquelle il est auprès de Sa Majesté, il ne sorle point de sa conduite aucune apparence qui puisse donner de l'ombrage à Madame, ny à M. son frère, et qui semble tendre à la diminution de leur autorité.

Mars i643. Vous aurez veu, par expérience, qu'on n'oublie rien de deçà pour le secours de Tortone; et comme cette occasion est une de celles qui sont aujoùrd'huy les plus considérées de toute l'Europe, que les principaux soins de cette Cour tournent aussy de ce costé-là, je m'asseure que ceux qui en ont la conduite feront quelque chose d'extraordinaire pour une action qui ruinera entièrement en Italie la réputation de nos ennemis et y accroistra merveilleusement la nostre.

Pour ce qui est de la diversion, j'en ay escrit à M. Le Tellier1 les sentimens qu'on en a de deçà, qui sont que le Roy n'ayant pas d'assez grandes forces prestes en Italie, ny les autres choses nécessaires pour s'attacher au siège d'une place qui soit importante, il n'y avoit point lieu d'y penser, et qu'il valoit mieux tenter le secours de Tortone, qui ne paroist pas impossible, veu principalement que les ennemis ne pressent point la place et qu'on a tout loisir d'attendre l'issue de ce qu'on traite avec M. de Parme et l'arrivée de toutes les troupes qui doivent joindre l'armée. Surtout il me semble qu'il faut apporter en cette occasion une conduite pleine de resolution et d'espérance, afin que, se communiquant aux soldats, leur courage s'en augmente; mais cela, vous le sçaurez mieux que moy, et je suis asseuré qu'il n'y aura rien à désirer, de vostre part, de tout ce que la prudence, l'expérience et le courage y pourront contribuer. Vous n'aurez aussy jamais rien à désirer de la mienne de tout ce que je pourray apporter pour faire valoir vos services auprès de Sa Majesté, et pour vous tesmoigner que je suis plus que personne du monde et plus véritablement, etc.

1 Voyez ci-dessus, p. i33.

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