‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 64 sur 335 · A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE LYON · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE LYON

[ Saint-Germain-en-Laye , ] 28 avril ifi/i3.

Monseigneur,

Dans l'embarras d'esprit où nous tient la maladie, du Roy, et les appréhensions de l'avenir où nous jette le danger de sa vie, j'ay creu ne pouvoir trouver d'autre diversion à ma douleur que dans l'entretien de Vostre Eminence. Je ne respirois pas encore de celle que m'avoit causée la mort de M. le cardinal-duc, lorsque ce nouveaumalheur m'est venu surcharger l'ame. La perte que fera la République chrestienne, et particulièrement la France, si Dieu appelle à sov ce prince, est véritablement le plus grand sujet qui me travaille. Mais, outre cela, je ne puis tourner les yeux sur les honneurs et les bienfaits que j'en ay receus et sur les dernières bontez qu'il m'a tesmoignées, que cette pensée ne m'afflige extraordinairement, et je croirois manquer de reconnoissance si je manquois de tristesse. Les belles et admirables circonstances de sa maladie augmentent encore ce juste sentiment . quoyqu'en quelque façon elles le diminuent, et je ne puis les considérer sans quelque plaisir de voir l'eslevation qu'elles apportent à sa gloire, ny y penser sans comprendre plus vivement la grandeur de la perte que nous courons risque de faire. En effet, il est impossible de s'imaginer une plus grande force d'esprit dans une grande foiblesse de corps (pie celle qu'il a monstrée. Jamais, en cet estai, personne n'a veu plus clair que luy en ses affaires, ny n'a lait des establisseinens plus judicieux. Jamais personne n'a regardé la mort avec plus d'indifférence, u\ ne s'est soumis avec une plus entière résignation à la volonté de Dieu. En un mot, si la Providence permet que cette maladie fasse la fin de la vie

1 Le cardinal-archevêque de Lyon était, dùial de Richelieu. (Voy. la liste alphnbfcomme on l'a dit plus haut frère du car- tique, à la fin du volume. 1

Mai i643. de ce prince, on pourra dire que jamais vie n'aura esté plus raisonnablement, plus chrestiennement et plus courageusement terminée. En cette triste situation où je me trouve, j'ay recours à Vostre Eminence pour chercher avec elle quelque sorte d'allégement, si tant est que je sois capable d'en recevoir, et pour luy faire paroistre la confiance que j'ay en son amitié, fondée sur les obligations que j'ay à sa maison et sur les respects que je luy ay tousjours portez, et la parfaite passion avec laquelle je suis plus que personne, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f° 4i verso.

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