‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 96 sur 335 · A M. DE LA HAYE-VANTELET · texte numérisé non relu

A M. DE LA HAYE-VANTELET

CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS ET SON AMBASSADEUR PRES LE GRAND SEIGNEUR.

[Paris,] 17 juillet 166.Î.

Monsieur, C'est avec raison que les amis de cette Couronne ont pleuré, aux lieux où vous estes, la mort du plus grand ministre que la France ayt jamais eu. Mais ce malheur n'a pas esté le seul dont Dieu a affligé ce Royaume, et je m'asseure que vous aurez appris la mort du feu Roy, qui est arrivée six mois après. Comme ce grand prince avoit désiré (|ue je le servisse dans la conduite de ses affaires, la Reyne m'a auss} l'ait l'honneur de me commander de demeurer icy pour y servir le Roy son fils, en qualité d'un des chefs de ses conseils. Je ne vous parleray point de la fermeté et de la vigueur du nouveau règne sous la régence de cette princesse, puisque les effets en parlent assez, et que le gain sur les Espagnols de la plus grande bataille qui se soit donnée de ce siècle, le siège de Thionville, dont toutes les apparences nous promettent la conqueste, une armée en Allemagne sous le mareschal de. Guebriant, qui tient celle de Bavière sur la delfensive, et deux sièges considérables qui se vont faire en mesine temps, l'un dans l'Estat de Milan, l'autre en Espagne, font clairement voir qu'il ne s'est rien fait de si esclatant dans le passé qu'on ne puisse à l'avenir attendre à bon droit de la conduite de la Reyne. Je ne doute point que vous ne sçachiez bien faire valoir cette vérité à la Porte, et y représenter que le changement qui est arrivé dans cet Estât n'a rien changé du bonheur de nos affaires et de la fermeté de nos conseils. Je vous suis cependant fort obligé de la peine que vous avez prise de m'escrire et des offres que vous me faites de vostre affection, de laquelle je tascheray de me revancher en toutes les occasions où je vous pourray tesmoigner que je suis véritablement, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 7 5 recto et verso.

A M. LE PRINCE D'ORANGE

[Paris.] 17 juillet i6û3.

Monsieur,

C'est avec un extresme desplaisir que je ne puis procurer à M. le duc de Bouillon ] le contentement pour lequel Vostre Altesse s'est donné la peine de m'escrire. La Reyne ayant pris là-dessus une résolution que les interests de l'Estat rendent immuable, ce seroit en vain que j'entreprendrois de la faire changer, et Vostre Altesse auroit mauvaise opinion de ma conduite, si je voulois donner à Sa Majesté des sentimens qu'elle juge estre contraires au bien des affaires du Roy et aux soins de tout bon gouvernement. Elle eust véritablement désiré de lout son cœur qu'elles luy eussent permis d'accorder à Vostre Altesse la première demande qu'elle luy a faite. Mais, la tenant juste et équitable comme elle est, elle se persuade que, après avoir rendu au sang ce qu'elle ne luy pouvoit reffuser avec bienséance, elle approuvera le procédé de Sa Majesté, qui fait violence à la bonté de son naturel, pour satisfaire aux obligations de sa charge.

Pour ce qui est de moy, je supplie Vostre Altesse de croire que, après les devoirs précis et indispensables qui m'attachent au sei\ ice du Roy, il n'y peut rien avoir de si difficile que je ne surmonte pour luy plaire et pour luy tesmoigner la très-sincère el ardente passion i\ec laquelle je seray, toute ma vie, etc.

' Frédéric -Maurice, dur de Bouillon, s'était sauvé qu'en livrant Sedan. Il voulait

frère aîné deTurenne. a\ail pris pari à la obtenir la restitution d<' cette place. conspiration de Cinq-Mars en i64s, et pe

Juill.-l i663

luillel ifi'i.'i.

GLXII.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. 1, f° 76 verso.

A M. DE GASSION

[Paris,] 18 juillet i643.

Monsieur,

Je prendray soin de ce que m'a dit de vostre part le gentilhomme qui m'a rendu vostre dernière lettre. C'est de quoy vous devez vous asseurer aussy bien que de toutes les autres choses qui vous concernent, si je vous suis utile. Je continue à vous conjurer de presser le destachement de la cavallerie qui doit estre envoyé à M. d'Angoulesme, et de considérer que, quelque forte et bien entendue que soit la circonvallation de Thionville, il y a encore deux grands quartiers par où l'on peut secourir cette place, qui sont les frontières de Champagne et de Picardie, par où l'on pourroit tenter quelque diversion sur nous. C'est tout ce que j'ay à vous dire maintenant, après ma protestation d'estre tousjours et plus que personne du monde, etc.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 76 recto.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] 19 juillet i (563.

Monsieur,

Je suis ravy de l'heureux progrez du siège. J'ay veu, dans une lettre que vous escrivez à M. le Prince l, la satisfaction que vous avez de mon régiment, et comme il s'est bien porté en une occasion considérable.

1 Henri de Bourbon, père du duc d'Enghien.

Vous pouvez croire que je n'en ay pas une petite joye. Cela toutesfois Juillet u n'empesche point que je ne vous reitère la prière que je vous ay faite par ma dernière de vouloir mesnager la réputation de ce corps, pour les raisons que je vous ay designées. Je m'estois disposé, sur le besoin que vous tesmoignez avoir d'argent pour la continuation des travaux, de vous envoyer soixante mille livres du mien, à cause du peu d'apparence qu'il y a maintenant d'en tirer davantage de l'Espargne, après les cent mille livres qui en sont parties depuis huit jours; mais la Reyne, l'ayant sceu, a voulu fournir cette partie du sien, qu'elle recouvrera avec le temps. Nous pouvez comprendre par là quelle est la passion de cette princesse pour vostre contentement.

Je vous conjure au reste d'user de ce qui est à moy comme de ce qui vous appartient en propre, et de croire qu'il n'y a personne, sans exception, sur qui vous ayez un pouvoir si absolu. Pour ce qui est de M. Arnauld1, j'avois desjà fait par avance ce que vous me commandez de faire en sa faveur, et il recevra le brevet de mareschal de camp , avec l'ordre de servir auprès de vous, de qui je suis très-veritablement,etc.

GLXIV.

Manusc. de la Bibliotli. Mazarioe, n° 1719, tom. I, f'° 7G verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] a3 juillet ifi'i.H.

Monsieur,

Celuy qui vous rendra la présente estoit sur le point de partir lorsque Beaugency est arrivé. Vous pouvez croire que ce ne m'a pas esté un»' petite joye d'apprendre que le progrès du siège de Tliionville \;i encore plus viste que l'espérance que nous en avions conçue. Mais je ne puis in'empesclier de vous dire que le peu de cas que vous laites

Il a déjà été question ([). 181 ) de cet .Arnanld qui était incslre de camp des carabins

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uillei i643. de vostre personne et les hasards continuels auxquels vous l'exposez tempèrent bien fort dans mon esprit cette joye. Je vous conjure donc, Monsieur, autant que je puis, d'y apporter plus de retenue et de faire violence à vostre courage pour le contenir dans les bornes que vostre charge luy doit prescrire. Je reçois les louanges que vous donnez à mon régiment bien plus comme des effets de vostre courtoisie que de son mérite, et je souhaite pour sa réputation qu'il soit tel à l'avenir • pie vous le figurez maintenant.

Les mille chevaux que vous avez envoyés à M. d'Angoulesme ne sullisent pas, et il faut, s'il vous plaist, vous résoudre à luy en envoyer davantage, pour aller couvrir le Boulonnois, vers lequel nous avons avis certain que les ennemis s'acheminent. Vous n'en devez point faire difficulté, veu le soin qu'on prend de deçà de vous fortiffier d'infanterie, et que deux mille hommes vous doivent encore joindre, tani de ceux des gardes que de ceux qu'on tire des garnisons. Pour ce qui est du gouvernement de Thionvillc, ne doutez pas que je ne fasse ce que je dois pour vostre satisfaction. Vous recevrez vostre mémoire respondu, auquel j'ay travaillé avec M. Le Tellier, aux despesches duquel je me remets de beaucoup de choses que je ne vous escris point. Comme je m'attends aussy de vous escrire plus particulièrement par le premier courrier qui partira, ce pendant faites-moy l'honneur de croire qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc.

GLXV.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, tom. I. f° 78 verso.

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