‹ Lettres du chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-1760) [microforme]Chapitre 64 sur 95 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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A M. LE MARÉCHAL DE BELLE-ISLE

Du 7 août 1760.

Depuis ma dernière lettre du 14 juillet le courrier n'ayant pu partir, j’ai l'honneur de vous rendre compte par celle-ci que les ennemis sont partis de Québec depuis le 14 juillet avec quarante voiles et deux mille cinq cents hommes de débarauement. Ils ont reçu, depuis le départ de ces troupes, à Québec un renfort d'environ mille hommes. Les premiers partis sont dans ce moment à hauteur des Trois-Rivières. Notre détachement, qui étoit à Dechambeau, les suit le long de la côte du nord. Il paroît que leur projet est de venir à Montréal ou à Sorrel, pour faciliter leur jonction avec M. Amherst. Nous n’avons nuls moyens pour les arrêter. Nous retranchons les îles de la sortie du lac Saint-Pierre ; mais, comme il y a plusieurs passages et que nous manquons d'artillerie et de poudre, c’est seulement une démonstration de défense que nous faisons pour retarder leur marche. Nous nous ferons un point capital de défendre Montréal et la côte du nord tant que nous pourrons. Les habitants sont épouvantés de la flotte ; ils craignent que leurs habitations ne soient brûlées.

Nous sommes dans le moment de la crise. M. Am-

‘ LETTRES DU CHEVALIER DE LÉVIS 876 herst a rassemblé quatorze à quinze mille hommes à Saint-Frédéric. Il y a un autre corps considérable qui s’est rassemblé à Choagen, pour pénétrer par les Rapides. Il n’y a pas à douter qu’ils vont se mettre en mouvement pour agir tous en même temps.

S'ils ont différé jusqu’à ce moment, il est vraisemblable que c’est pour attendre le temps de la récolte, pour nous priver des habitants, comptant que nous aurions de la peine à les rassembler dans ce temps.

Nous agirons comme j'ai eu l’honneur de vous le mander dans ma lettre précédente. Nous tenterons toutes sortes de voies pour sauver la colonie ; mais noire “ituation est si fâcheuse qu’il faut des miracles.

1. rmés n'auront que du pain pour subsister, et encore médiocrement.

Le manque de farine et le discrédit du papier et des lettres de change du munitionnaire, qui l’empêche d'en trouver, m'ont engagé à représenter vivement à M. le marquis de Vaudreuil et à Monsieur l’intendant que nous pouvions nous en procurer en offrant de nous engager personnellement, et que je me chargeois de porter les troupes à donner le peu d’argent qu’elles pouvoient encore avoir et d'employer à cette levée des officiers capables de s'acquitter de cette commission ; ce que, ayant accepté MM. de Vaudreuil et Bigot, a produit l'effet que j’en attendois et nous a fourni des moyens pour avoir du pain pour ce mois-ci. M. le marquis de Vaudreuil et Monsieur l’intendant se sont engagés ainsi que moi pour cet achat.

Je ne cesse d’être en mouvement pour me porter dans toutes les parties menacées pour y mettre l’ordre et y préparer tous les moyens possibles de défense ; je pars dans ce moment pour celle du lac Saint-Pierre

P. S.— Je suis de retour des îles du lac Saint- Pierre, où est la flotte angloise, qui a été augmentée de vingt-huit voiles. Nuls moyens pour les arrêter aux îles, ni même jusques à Montréal. Il y a lieu de croire qu'ils vont tenter de s’établir à l'embouchure de la Rivière de Sorrel, ou qu'ils viendront en droiture à Montréal. Nous venons d’apprendre qu'il est arrivé trois bataillons de renfort à Québec (on y en attend un quatrième de la garnison de Louisbourg) et qu'ils ont fait sauter cette place. Leurs armées des lacs Ontario et Champlain sont aussi en mouvement et ne tarderont pas à déboucher sur nous.

La flotte de Québec montant jusques à Montréal, nous forcera d'abandonner toutes les frontières. La jonction de leurs trois armées se fera alors sans obstacles et, quand tout sera réuni, ils auront au moins quarante mille hommes dans le centre de la colonie. Vous connoissez nos forces et pouvez juger de ce qu’on peut en attendre. Si nous ne conservons pas le pays, nous sauverons du moins l'honneur des armes du Roi.

(Semblable lettre à M. Berryer.)

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rdre CLXXXII

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erre À M. DE BOURLAMAQUE

int-

ntée Du 12 août 1760, à onze heures du soir.

aux J'ai reçu, mon cher Bourlamaque, votre lettre de ce

oire jour à cinq heures du soir. Il ne paroïit pas décidé en-

> la core que les ennemis aient envie de faire une descente

re à à Sorrel ou continuer leur marche. Il faut observer

rivé avec attention leurs mouvements et les suivre à me-

end sure; je connois le critique de notre position ; mais

ils nous ne pouvons agir autrement. Il est essentiel de les

On- empêcher d’entrer dans la Rivière de Chambly et de

ne u’abandonner le poste de Sorrel qu’à la dernière extrémité.

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La

bs- CLXXXIII

ins

de A M. DE BOURLAMAQUE

on

ya, De Bertier, le 13 août 1760.

oi. Je reçois, mon cher Bourlamaque, votre lettre de ce

jour à dix heures. Vous sentez combien il est essentiel pour nous d'empêcher l’ennemi de gagner la Rivière de Chambly et de se réunir avec le corps du lac Champlain, et j'espère qu'avant que ma lettre vous parvienne, vous aurez regagné le poste de Sorrel. Ne négli-

gez rien pour remplir cet objet, si vous ne l'aviez déjà fait. Je vous ferai passer du secours, et, si l'ennemi veut tenter de vous y forcer, vous recevrez les troupes de la Rivière de Chambly aujourd’hui et demain, et les habitants. Ce poste est essentiel pour ce moment. Ainsi ne négligez rien pour vous y bien établir. A l’égard des événements, je me charge de tout.

À M. DE BOURLAMAQUE

Du 17 août 1760.

J'ai reçu, mon cher Bourlamaque, votre lettre de ce jour. Je savois que les Anglois paroissoient à l’Ile aux Noix. Vous avez bien fait d’y envoyer le reste du régiment de la Reine. Je n’approuve pas votre projet

d'abandonner cette partie. Nous ne serions pas à même de pouvoir gagner à temps Montréal par la côte du sud. Je viendrai vous voir demain et nous conférerons ensemble sur tout cela.

A M. DE BOUGAINVITLE De Montréal, le 19 août 1760.

J'envoie, mon cher Bougainville, la Pause, qui vous

remettra cette lettre. Il a ordre de vous procurer tout ce qui vous sera nécessaire, de Saint-Jean ou Chambly.

de ce e aux régirojet | côte )nfé-

Ainsi voyez avec lui pour tous les arrangements et mandesz ce que vous faites à M. de Vaudreuil. Il vous informera de votre position ainsi que de celle des Rapides. Je compte beaucoup sur votre poste pour prolonger notre défense et faire honneur à nos armes. Il ne peut être en meilleures mains.

A M. DE BOURLAMAQUE

De Montréal, le 25 août 1760.

I1 paroit que M. Murray a totalement abandonné le projet d’entrer dans la rivière de Chambly et qu’il veut aller à Montréal. Ainsi laissez un petit détachement à Saint-Ours, qui se repliera à mesure que les ennemis auront dépassé, et, supposé qu'ils cherchassent à le couper, qu'il fasse sa retraite par les bois. Faites partir votre petite artillerie, et ensuite mettez-vous en marche pour gagner Longueil avant la flotte. On en fera de même dans cette partie pour pouvoir faire le passage dans l’île de Montréal à temps.

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