A M. ADOLPHE DE S A INT-ARN AC D
Constantin©, le 23 juillet 1851.
Cher enfant, tu es admissible et moi je suis général de division. Nous avons fait tous deux un pas de plus dans le monde. Il t'en reste a toi beaucoup à faire en montant. Je viens d'atteindre le sommet de Téchelle militaire. Ma nomination , l'expédition que je viens d'achever avec quelque succès, aplanissent devant toi les difficultés de la route, je l'espère du moins. Mais que jamais cette idée ne ralentisse tes efforts et ton zèle. Cher Adolphe, il est doux de ne devoir rien qu'à soi-même. C'est une grande satisfaction pour les cœurs bien placés. Fais ta carrière à force de persévérance, d'étude et d'énergie. J'ai plus commandé à la protection que je n'y ai eu recours. Tu feras comme ton père. J'espère qu'au moment où je t'écris, tes affaires sont bien avancées. Que j'aurais de plaisir à presser sur mon cœur un Saint-Cyrien ! Adieu, ta petite mère t'embrasse, nous sommes sûrs de te revoir cette année, soit ici soit à Paris.
A M. LEROY DE SAIM-ARNAUD, AVOCAT A PARIS
Constantine, le 31 juillet 1851.
Cher frère, j'ai reçu ta longue lettre du 10 au 21 juillet, et tu dois penser si je l'ai lue avec intérêt et émotion. Je n'ai pas de temps à perdre en correspondance, puisque dans quinze jours nous pourrons échanger de vive voix nos idées.
Une dépèche télégraphique du 23 me donne avis que je suis nommé au commandement d'une division active à Paris, et me transmet Tordre de me rendre sur-le-champ à mon poste. Je donne mes instructions et je pars. Où dois-je descendre? Je l'ignore. Je ne connais pas la division qui m'est donnée. Je compte sur toi pour ce détail, si je ne suis pas suffisamment renseigné à Lyon d'où la dépêche est partie.
J'arrive avec ma femme. Je ne te fais part d'aucune réflexion sur la voie qui s'ouvre devant moi. C'est ma destinée. Je la suis ; j'obéis. J'arrive avec un renom militaire qui n'est pas sans valeur, et je saurai le soutenir. Quant à la ligne à suivre, nous serons trois pour trouver la bonne. Le conseil s'assemblera et décidera.
L'idée qui me domine et qui étouffe bien des regrets, c'est le plaisir de te revoir, de f embrasser, de te serrer sur mon cœur, toi et mes enfants. J'écris à notre mère que je ne puis passer par Bordeaux, mais
que j'irai la voir dès que j'aurai pris à Paris terre et langue.
Me voilà donc lancé, frère, dans la politique où Dieu seul sait ce qui m'adviendra.
Mon fils est-il reçu? Notre frère et Adèle seront bien tristes de manquer leur voyage d'Afrique. Aussi pourquoi ont-ils tant attendu!.... Ils viendront plus tard.... à Alger.
A MADAME DE FOBCADE.
Constantine, lo 1" août 1851.
Bonne mère chérie , j'ai reçu par le télégraphe l'avis que je suis appelé au commandement d'une division de l'armée de Paris, et l'ordre de partir surle-champ.
Je m'embarque le 8 pour France, je serai à Paris le 44 ou le 15. J'avais d'abord la pensée de passer par Bordeaux et Malromé, mais je n'aurais pu rester que vingt-quatre heures avec toi. Je vais donc directement à Paris, et quand je serai un peu casé, que j'aurai pris l'air du pays, je monterai dans un wagon et j'irai t'embrasser ainsi que ma fille chérie.
Me voilà rapproché de vous tous. Sera-ce un bien? Sera-ce un mal! L'avenir le dira. Je regrette l'Afrique où j'ai grandi, mais je ne peux pas ne pas obéir