‹ Lettres du Maréchal de Saint-Arnaud, 1832-1854Chapitre 54 sur 63 · A. DB SA 1 NT- A RN A C D · texte numérisé non relu

A. DB SA 1 NT- A RN A C D

Au bivouac, à Old-Fort, le 10 septembre 1854.

Monsieur le Maréchal, j'ai l'honneur de vous confirmer ma dépêche télégraphique en date de ce jour.

Notre débarquement s'est opéré, le 14, dans les conditions les plus heureuses, et sans que l'ennemi ait été aperçu. L'impression morale qu'ont reçue les troupes a été excellente, et c'est au cri de Vive l 'Empereur! qu'elles ont mis pied à terre et pris possession de leurs bivouacs.

Nous sommes campés sur des steppes où l'eau et le bois nous font défaut. La nécessité d'effectuer un débarquement difficile et compliqué au delà de tout ce qu'on peut dire, contrarié par un vent de mer qui

a rendu la plage souvent inabordable, nous a retenus jusqu'à ce jour dans ces mauvais bivouacs.

J'avais d'abord voulu occuper Eupatoria, dont la rade foraine est Tunique refuge qui nous soit ouvert sur cette côte difficile. Mais j'ai trouvé les dispositions des habitants si accommodantes, que je me suis contenté d'y établir une station navale et quelques agents qui ont mission de recueillir les ressources qui s'y peuvent rencontrer.

Les Tartares commencent à arriver au camp ; ils sont très-doux , très-inoffensifs et paraissent trèssympathiques à notre entreprise. J'espère que nous obtiendrons par eux du bétail et des transports. Je fais payer avec soin toutes les ressources qu'ils nous offrent, et je ne néglige rien pour nous les rendre favorables. C'est un point très-important.

En tout, notre situation est bonne et l'avenir se présente avec de premières garanties de succès qui semblent très-solides. Les troupes sont pleines de confiance. La traversée, le débarquement étaient assurément deux des éventualités les plus redoutables qu'offrait une entreprise qui est presque sans précédent, eu égard aux distances, à la saison, aux incertitudes sans nombre qui l'entouraient. Je juge que l'ennemi, qui laisse s'accumuler à quelques lieues de lui un pareil orage, sans rien faire pour le dissiper à son origine, se met dans une situation fâcheuse, dont le moindre inconvénient est de paraître frappé d'impuissance vis-à-vis des populations.

J'ai l'honneur de vous adresser, ci-joint, l'ordre

du jour que j'ai fait lire aux troupes au moment du débarquement

Veuillez agréer, Monsieur le Maréchal, Fexprcssion de mes sentiments très-respectueux.

U maréchal de France,

A. de SAINT-ARNAUD.

ORDRE GÉNÉRAL

16 septembre, pendant le débarquement sur les côtes de Crimée.

Soldats, vous cherchez l'ennemi depuis cinq mois. Il est enfin devant vous et nous allons lui montrer nos aigles. Préparez-vous à subir les fatigues et les privations d'une campogne qui sera difficile, mais courte, et qui élèvera devant l'Europe la réputation de l'armée d'Orient au niveau des plus hautes gloires militaires de l'histoire.

Vous ne permettrez pas que les soldats des armées alliées, vos compagnons d'armes, vous dépassent en vigueur et en solidité devant l'ennemi, en constance dans les épreuves qui vous attendent.

Vous vous rappellerez que nous ne faisons pas la guerre aux paisibles habitants de la Crimée, dont les dispositions nous sont favorables, et quif rassurés

par notre excellente discipline, par le respect que nous montrerons pour leur religion, leurs mœurs et leurs personnes, ne tarderont pas ô venir à nous.

Soldats, à ce moment où vous plantez vos drapeaux sur la terre de Crimée, vous êtes l'espoir de la France; dans quelques jours vous en serez Porgueil. Vive l'Empereur!

commandant en chef de l'armée d'Orient, A. M SAINT-ARNAUD.

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