‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 106 sur 381 · Cardinal deBcrnis (voir la note 1 de la page · texte numérisé non relu

Cardinal deBcrnis (voir la note 1 de la page

5. Une tragédie. Les Scyihrs, qui furent joués, sans grand succès, le 26 mars 1 7<>7.

plaisir de la nouveauté m'a soutenu, et j'ai oublié le solve senescentem* ; mais, si vous me dites solve, je jette tout au feu. Jetez-y surtout ces étrennes si elles vous ennuient, et tenez-moi compte seulement du désir de vous plaire. Je me flatte que vous jouissez d'une bonne santé, et que vous êtes heureux. Je sais du moins que vous faites des heureux, et c'est un grand acheminement pour l'être. Vous faites de grands biens dans votre diocèse ; vous contemplez de loin les orages, et vous attendez tranquillement l'avenir.

Pour moi, chétif, je fais la guerre jusqu'au dernier moment, jansénistes, molinistes*2, Frérons, Pompignans, à droite, à gauche, et des prédicants3, et J.-J. Rousseau4. Je reçois cent estocades, j'en rends deux cents, et je ris. Je vois à ma porte Genève 3 en combustion pour des querelles de bibus 6, et je ris encore ; et Dieu merci, je regarde ce monde comme une farce qui devient quelquefois tragique.

Tout est égal au bout de la journée, et tout est encore plus égal au bout de toutes les journées.

Quoi qu'il en soit, je me meurs d'envie que vous soyez mon juge, et je vous demande en grâce de me dire si j'ai pu vous amuser une heure. Vous êtes pasteur, et voici une tragédie dont les pasteurs sont les héros. Il est vrai que des bergers de Scythie ne ressemblent pas à vos ouailles d'Albi ; mais il y a quelques traits où l'on retrouve son monde. On aime à voir dans des peintures, quoique imparfaites, quelque chose de ce qu'on a vu autrefois. Ces réminiscences amusent et font penser. En un mot, mon-

, i. Salue senescentem. Horace, Epitres, I, i, 8 :

Solve senescentem mature sanus

[equum.

« Dételle sans attendre, si tu es sage, le cheval qui vieillit. »

2. Molinistes, partisans dujésuile espagnol Louis Molina (i535-i6oi), dont les doctrines sur le librearbitre et la grâce furent attaqués par les jansénistes.

3. Voltaire appelle ainsi les ministres protestants de Genève, avec lesquels il était brouillé depuis

qu'ils s'étaient opposés à ce que le philosophe établît un théâtre aux Délices.

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