‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 247 sur 381 · Voir page 3o6, note · texte numérisé non relu

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'A. Linguet (17M- 171/1), avocat, qui a écrit sur diverses matières el qui

s'est fait surtout connaître comme pamphlétaire.

4. Pindare (52i-A/fi), le plus grand des poètes lyriques de la Grèce, est en effet né près de Thèbes. en Béotie, et les Béotiens passaient pour avoir l'esprit épais.

dirent la partie agréable. D'ailleurs on trouve sujet d'observation chez les plus sots ; car enfin ils ont leurs goûts, leurs penchants, leur but, leur manière de parvenir à celui qu'ils se proposent : toutes choses que Ton voit d'autant mieux qu'ils ont moins de finesse pour les déguiser. Je remarque, pour l'ordinaire, chez les gens de province, dont les mœurs approchent le moins de celles de la capitale, un ton de franchise et de simplicité qui n'est pas sans mérite; n'étant pas répandus comme nos Parisiens, qui, serviteurs de tout le monde, ne sont amis de personne, ils appartiennent plus à leurs familles où l'on remarque plus d'union que chez nous; les nœuds de leurs sociétés ne sont point aussi brillants que les nôtres, mais ils sont en revanche plus doux et plus sincères.

Je fus le soir même au concert italien chez Mmc Lépine1 ; je n'y avais point paru depuis plus d'un an... Je vis... un milord qui m'amusa beaucoup. Habitant de Paris depuis un an, et dans le dessein de partir incessamment pour Rome, il regrette le séjour d'une ville où les talents, les grâces, l'esprit, la politesse, les plaisirs de tous les genres, le séduisent et l'enchantent. Il est dans l'enthousiasme et le délire. Peu familiarisé avec notre langue, mais favorisé d'une imagination active, et pénétré du désir de se faire entendre, il la parle correctement et sans rudesse. Il a tous les agréments de cette fine galanterie que donne le commerce de la bonne compagnie. Le hasard lia notre conversation, sa curiosité la soutint. Elle roula d'abord sur la nécessité de savoir la langue d'un pays pour le voir avec plaisir et utilité. Mes remarques le portant à croire que j'avais voyagé, la réponse négative que je lui fis sur sa question à ce sujet l'étonna beaucoup. Il entreprit l'éloge, moi la satire de ma nation : ce débat lut assez plaisant. Je répétais tous les reproches qu'on prétend lui être adressés par les étrangers, et je faisais entre elle et la nation anglaise un parallèle avantageux à celleci. Après beaucoup de choses spirituelles et gracieuses, il ajouta que tous les peuples de l'Europe, s'accordant à

i. Dame italienne, mariée à un élève du sculpteur Pigalle.

donner le second rang1 aux Français en se mettant au- Jassus d'eux, les gens sensés devaient, sur ce témoignage universel, leur accorder le premier. « Vous nous jugez, lui dis-je, comme les Grecs jugeaient Thémistocle1. » Cette réflexion historique (s'il est permis de la nommer ainsi) lui fit imaginer que j'avais des connaissances; il changea de conversation, et me donna lieu de l'affermir dans son opinion à peu de frais.

Cependant la musique allait son train, et je me taisais pour l'écouter : elle m'attirait malgré moi; on chanta un de ces airs italiens si vrais pour la composition et pour l'expression ; point de cris, point d'élans forcés : c'est le ton du cœur, le langage de la passion, de la nature même; l'accompagnement ne fait point charivari2, il soutient la voix, ajoute seulement une teinte de force à ce qu'elle exprime : les instruments paraissent sentir et gémir ou soupirer avec elle.

L'Anglais, qui ne me quittait pas de vue, remarquait mon attention, et revint bientôt à la charge. « Quelle musique vous plaît davantage? me demandait-il. — Celle qui me touche le plus, » lui dis-je. Autre matière de conversation, dans laquelle je m'aperçus bien qu'il me prenait pour quelqu'un d'un rang- fort différent de celui que j'occupe. Les reparties que son erreur me mettait dans le cas de faire lui paraissaient modestes à l'excès, tandis qu'elles n'étaient que convenables. Il me raconta qu'on devait le présenter le lendemain à Mme la comtesse de Beauharnais 3 ; je le félicitai de faire connaissance avec une femme dont on vantait l'esprit et le talent, et qui prouvait l'un et l'autre dans des poésies pleines de grâce et d'agrément. Il s'imagina encore que je la connaissais personnellement : j'eus toutes les peines possibles

i. Après la bataille de Salamine, les chefs grecs, votant pour la suprématie, s'adjugèrent à eux-mêmes le premier rang et décernèrent tous le second à Thémistocle.

Mlle Phlipon a trouvé cette anecdote dans Plutarque, qui était, on le soit, un de ses auteurs favoris.

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