‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 250 sur 381 · Amie de Mllc Phlipon et des demoiselles Cannet · texte numérisé non relu

Amie de Mllc Phlipon et des demoiselles Cannet

o. Joseph II, i\\< de l'impératrice

Marie-Thérèse et frère de la reine

de France Marie-Antoinette. II voyageait en France sous le nom de'comte de Falkenstein : il avait alors trente-six ans.

Français, accoutumés au luxe asiatique et insultant de leurs rois, dire que l'Empereur ne soutient pas son rang-, parce qu'il ne perd pas en représentation un temps qu'il emploie à observer. Il va partout (ici comme à Vienne), quelquefois sans suite, à pied ou en fiacre; il visite les hôpitaux, les monuments, etc. ; il se rend toujours là où il n'est point attendu, et saisit ainsi la vérité, avant qu'on lui mette des voiles. Il donne des preuves de son goût et de sa bienfaisance, par ses remarques, ses questions et ses largesses. Il faut avoir du bon sens et de l'élévation dans l'âme pour se mettre de soi-même au-dessus des préjugés et de l'étiquette du rang : sa conduite m'annonce un philosophe et un homme vraiment bon. Tout est conséquent chez lui : il ne fait pas comme ces princes qui, venant incognito, ne laissent pas que de traîner avec eux tout leur faste : il garde son incognito, et en jouit parfaitement. Sa mise répond au reste : un habit puce1 avec un bouton d'acier, de petites bottines, une seule boucle à la frisure2. Il porte l'uniforme lorsqu'il assiste aux revues. Enfin je l'aime ; et si des vues ambitieuses ne le corrompent pas un jour, si mes espérances ne sont pas trompées, l'Europe se félicitera de voir régner sur une partie d'elle-même un souverain vraiment grand par sa justice et par sa clémence. Ah ! cette idée me touche et m'attendrit : je sens que le bonheur des hommes m'est cher et complète le mien; puisse le ciel ne. confier les sceptres qu'à des mains pures, équitables et sages !

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