GEORGES-LOUIS LECLERC, COMTE DE
NOTICE
Les lettres de Bufîon ne sont ni bien éloquentes, ni d'un tour bien vif ou bien fin. Le style en est plutôt assez lourd, parfois même assez gauche. Elles ont pourtant le mérite de faire aimer celui qui les a écrites.
Son âme s'y décèle, ouverte à tous les sentiments honnêtes, l'amitié, la reconnaissance, l'amour conjugal, l'amour paternel ; les scrupules du savant s'y font jour avec ceux de l'administrateur1 soucieux de ses devoirs envers le public et envers l'Etat. Au reste la lecture des lettres ne contrarie pas absolument l'idée que, d'après Y Histoire naturelle elle-même et les jugements des contemporains de Bufîon, nous pouvions nous former de son caractère et de son esprit; mais elle l'adoucit et l'humanise pour ainsi dire. Au lieu de l'écrivain grand seigneur, un peu bouffi et hautain, qu'on s'est trop complu à nous représenter, les lettres nous font connaître un homme très sûr sans doute de son génie et de son autorité ; mais cette assurance
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Georges-Louis Leclerc, comte de Bufîon.
î. On sait que Buffon fut nommé en 17^9 intendant du Jardin du Boi (Jardin des Plantes).
même est une marque de sincérité, et elle a quelque chose de plus viril et de plus estimable que cette feinte et fade modestie, monnaie courante dont la plupart des écrivains payent des louanges qu'ils ne se verraient pas refuser sans mauvaise humeur. Affable et bon, BufTon n'a sans doute pas, dans ses lettres, l'élégante aisance d'un Voltaire ou d'un Galiani; mais il se fût, on le devine, consolé plus aisément qu'un Montesquieu de passer dans le monde pour un provincial et pour un homme de science, assez malhabile aux finesses de la conversation et de la littérature des salons. Tout ce qui sent l'affectation lui déplaît, comme tout ce qui s'écarte d'une vertu à la fois prudente et ferme : ce trait, qui résume son caractère, le distingue assez honorablement parmi tous les grands écrivains de son temps1.