‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 363 sur 381 · A M. LENOIRL · texte numérisé non relu

A M. LENOIRL

29 août 1777.

J'ai reçu avec beaucoup de reconnaissance, monsieur, là permission que vous voulez bien me donner d'écrire à ma mère2. Il semble que ce soit mon sort de trouver plus de bienveillance et de pitié chez des étrangers que dans ceux dont la nature avait fait mes appuis 3. Les bons procédés et l'intérêt que me témoignent ceux près de qui je n'ai d'autres titres que le malheur me touchent d'autant plus, que l'ingratitude des êtres dont j'avais attendu des services et de la reconnaissance a dû m'affecter davantage. Votre bonté m'accorde en cet instant ce que mon père m'eût infailliblement refusé, si je le lui eusse demandé4 ; mais je lui épargnerai autant qu'il sera en moi le tort des refus, car je n'attends, n'espère et ne désire rien de lui. C'est votre justice et votre sensibilité que j'invoque. Quand ma résignation et ma patience vous auront persuadé que mon père est au moins coupable d'exagération, vous m'admettrez à prouver qu'il est le

1. Lieutenant de police, né en [732, mort en 1807. — Mirabeau était enfermé au donjon de Vincennes par ordre de son père (voir la notice).

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