Avant- hier, le 20 octobre
l'Assemblée discutait, ce jour-là, sur une motion qui tendait à deux buts : substituer sur les vaisseaux de la flotte le pavillon tricolore au drapeau blanc; et demander au roi le renvoi des ministres.
1 m membre proposa, par un amen-
dement, de séparer, dans cette circonstance, M. de Montmorin , ministre des affaires étrangères, de ses collègues. Mirabeau s'abstint de prendre part à la discussion, qui se termina par le rejet de la proposition hostile au ministère en général. — Le lendemain l'Assemblée discuta particulièrement la question du pavillon.
C'est dans cette séance, qui fut très violente, que Mirabeau s'éleva contre les ennemis de la Révolution et fit adopter un projet de décret qui substituait non seulement le drapeau tricolore au drapeau blanc, mais encore le cri officiel de « Vive la nation, la loi et le roi ! » à celui de « Vive le roi! ». — Cette conduite de Mirabeau dut inquiéter la cour, qui, sans doute, le lui lit savoir par le comte de La Marck :
c'est alors que Mirabeau écrivit le billet qu'on va lire.
MIRABEAU
dit, et certes je pouvais parler et enlever la question, et
je l'eusse l'ait sans l'inique amendement Montmorin. Hier je n'ai point été un démagogue; j'ai été un grand citoyen, et peut-être un habile orateur. Quoi ! ces stupides
coquins, enivrés d'un succès de pur hasard, vous offrent tout platement la contre-révolution, et l'on croit que je ne tonnerai pas? En vérité, mon ami, je n'ai nulle envie de livrer à personne mon honneur et à la cour ma tète. Si je n'étais que politique, je dirais : « J'ai besoin que ces gens-là me craignent. » Si j'étais leur homme, je dirais : « Ces gens-là ont besoin de me craindre. » Mais je suis un bon citoyen, qui aime la gloire, l'honneur et la liberté avant tout, et certes messieurs du rétrograde me trouveront toujours prêts à les foudroyer. Hier, j'ai pu les faire massacrer; s'ils continuaient sur cette piste, ils me forceraient à le vouloir, ne fût-ce que pour le salut du petit nombre d'honnêtes gens d'entre eux. En un mot, je suis l'homme du rétablissement de l'ordre, et non d'un rétablissement de l'ancien ordre. Vous avez une manière très simple de vous tirer de l'embarras dont vous me parlez l, et que je ne comprends pas bien : c est de montrer mon billet. } ;ile el me ama.
i. L'embarras que le comte de la Marck devait éprouver à justifier la conduite de Mirabeau devant les personnes de l'entourage du roi. qui
s'étaient attendues <ans doute, sur les assurances de l'intermédiaire, à trouver le grand orateur plus docile ei plus dévoué.