A M. LE MARECHAL DUC DE RICHELIEU
Aux Délices, près de Genève, avril 1756.
Prenez Porl-Mahon \ mon héros ; c'est mon affaire. \ ous savezqu'un fou d'Anglais parie vingt contre un, àbureau ouvert dans Londres, qu'on vous mènera prisonnier en Angleterre avant quatre mois. J'envoie commission à Londres de déposer vingt gninées contre cet extravagant,
1. Receveur des sels du Valais. I Minorque, qui appartenait aux
:>.. Voisine et amie de Voltaire, j Anglais, et défendue par le fort
pendant son séjour aux Délices. — Saint-Philippe qui passait pour
La lettre qu'on va lire, et qui n'est imprenable. Richelieu débarqua
pas datée, doit avoir été écrite vers 1705 ou 1756.
:!. Il s'agit de la femme du fils de Mmc Gallatin. qui était souffrante.
V Autre voisine.
r>. Porl-Mahon. Ville de l'Ile de
dans l'île au mois d'avril ij-jU el prit le fort d'assaut après six semaines de siège. L'île fut rendue à la fin de la guerre de Sept ans
aux Anglais, mais elle devint possession espagnole en 1782.
et j'espère bien gagner quatre cents livres sterling, avec quoi je donnerai un beau feu de joie le jour que j'apprendrai que vous avez fait la garnison de Saint-Philippe prisonnière de guerre. Je ne suispasle seulqui parie pour vous. Vous vengerez la France, et vous enrichirez plus d'un Français. Je me flatte que, malgré la fatigue et les chaleurs, la gloire vous donne de la santé, à vous et à M. le duc de Fronsac1. Vous avez auprès de vous toute votre famille2. Permettez-moi de souhaiter que vous buviez tous à la glace dans ce maudit fort de Saint-Philippe, couronnés de lauriers, comme des Romains triomphant des Carthaginois.
Je n'ose pas vous supplier d'ordonner à un de vos secrétaires de m'envoyer les bulletins ; mais si vous pouvez me faire cette faveur, vous ne pouvez assurément en honorer personne plus intéressé à vos succès.
Permettez que les deux Suisses3 vous présentent leur tendre respect.