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VOLTAIRE

Mmc Denis espère que vingt-quatre mille Français passeront bientôt par Francfort1; elle leur recommandera un certain M. Freytag, agent du Salomon du Nord2, lequel s'avise quelquefois de faire mettre des soldats avec la baïonnette au bout du fusil, dans la chambre des dames. Je voudrais que le maréchal de Richelieu commandât cette armée. Puisque les Français ont battu les Anglais, ils pourront bien déranger les rangs des Vandales3. Avez-vous vu le vainqueur de Mahon dans sa gloire? s'est-il montré au spectacle? a-t-il été claqué comme Mlle Clairon4? On dit que Mn:e de Graffîgnv5 va donner une comédie grecque e, où l'on pleurera beaucoup plus qu'à Cénie. Je m'intéresse de tout mon cœur à son succès ; mais des tragédies bourgeoises, en prose, annoncent un peu le complément de la décadence.

On dit que Marie-Thérèse7 est actuellement l'idole de Paris, et que toute la jeunesse veut actuellement s'aller battre pour elle en Bohême. Il peut résulter de là quelque tragédie. Je ne me soucie pas que la scène soit bien ensanglantée, pourvu que le bon M. Freytag soit pendu. On attend, dans peu de jours, la décision de cette grande affaire. On ne sait encore s'il y aura paix ou guerre. Le Salomon du Nord a couru si vite que la reine de Saba pourrait bien s'arrêter. La paix vaut encore mieux que la vengeance. Adieu, mon cher et respectable ami ; portezvous mieux que moi, et aimez-moi.

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