‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 97 sur 381 · A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND · texte numérisé non relu

A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND

A Ferney, 19 auguste (car il est trop barbare '* d'écrire aoust et de prononcer ou) 1768.

L'aveugle Voltaire à l'aveugle marquise du Deffand.

Les gens de notre espèce, madame, devraient se parler au lieu de s'écrire, et nous devrions nous donner rendezvous aux Quinze- Vingts, d'autant plus qu'ils sont dans le voisinage de M. le président Hénault. On m'a mandé qu'il avait été dangereusement malade ces jours passés, mais qu'il se porte mieux. Je m'intéresse bien vivement à votre santé et à la sienne ; car enfin il faut que ce qui reste à Paris de gens aimables vive longtemps, quand ce ne serait que pour l'honneur du pays.

Etes-vous de l'avis de Mécène, qui disait: « Que je sois goutteux, sourd et aveugle, pourvu que je vive, tout va bien? » Pour moi, je ne suis pas tout à fait de son opinion, et j'estime qu'il vaut mieux n'être pas que d'être si horriblement mal. Mais, quand on n'a que deux yeux et une oreille de moins, on peut encore soutenir son existence tout doucement.

J'ai eu une grande dispute avec M. le président Hénault, au sujet de François i/5; et je vous en fais juge. Je voudrais que quand il se portera bien, et qu'il n'aura rien à faire, il remaniât un peu cet ouvrage, qu'il pressât le dia-

1. Par allusion aux régions dans lesquelles il vit, et au genre de vie qu'il prétend y mener.

2. Nous avons le texte du contrat de mariage de Marie Corneille, qui est du 20 février 1763 : les noms du duc de Choiseul et de la duchesse de Grammont n'y figurent pas.

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