‹ Lettres (volume 2)Chapitre 112 sur 195 · Mot douteux · texte numérisé non relu

Mot douteux

.3. Petite ville d'Alsace, située sur le Rhin, et non loin d'Haguenau.

AU nOI o'KSI'Ar.NE PHILIPPK V. 121

ment \y.\v deux cents hommes, qui y ont parlaitemenl hitn l'ail leur devoir. Ils attaquoient Ilajjuenau depuis le 2M du mois passé. On dit eependant que r empereur a ordonné au prince de Bade de lui reuNovei' des troupes poui' la Hongrie, où ses affaires sont en fort mauvais état. Il a perdu entièrement la Transylvanie, et le i;énéral Rabutin' a enfin été obligé de gagner la Pologne avec le peu de monde qui lui restoit-. Le due de Vendôme et le j)rinee Eugène occupent toujours les mêmes postes, et on va, malgré les diflicultés, ouvrir enfin la tranchée devant Tiu'in. N^oilà quant aux nouvelles publiques.

Pour les particulières, je n'en sache d'autres que de chasses. Elles continuent ici avec succès; on prend ici quasi toujours deux et trois cerfs et quasi tous cerfs dix-cors. Le temps n'y est plus si beau ; cependant il n'est pas encore débondé à la pluie; mais il est à craindre que cela n'arrive bientôt. Le roi d'Angleterre, arrivé seul ici du V^ de ce mois, à cause que la reine sa mère s'est trouvée incommodée, doit repartir après-demain matin, à son grand regret que je crois.

1. Jean-Louis de Raljutin, cousin germain de M™« de Sévigné, fut d'abord page de la princesse de Condé, femme du Héros, et dut se sauver en Autriche à la suite d'un esclandre dans lequel sa maîtresse fut compromise (voyez les Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, tome XIII, p. 32-33). Il entra au service de l'Empereur, mais ne servit que contre les Mécontents de Hongrie et parvint au grade de iéld-maréchal.

2. Le comte Forgatsch l'avait bloqué dans Hermanstadt, d'où il réussit enfin à sortir pour gagner la Pologne.

Sur ce que vous me dites des secours que vous demandez au Roi, soyez persuadé, mon cher frère, que je n'oul)lierai jamais rien de ce qui, sans blesser ses intérêts, pourra concerner les vôtres.

Je vous embrasse de tout mon cœur et vous prie de bien faire mes compliments à la reine.

Louis.

Lxvm.

A Fontainebleau, le 17 octobre 1705.

Du Fillot étant sur le point de partir, mon très cher frère, je vous écris ce soir au lieu de demain, qui auroit été le jour naturel du départ de l'ordinaire.

Il me paroît que, quelques progrès que les ennemis fassent du côté de Catalogne, ils ne leur serviviront pas de grand chose, ainsi que je vous l'ai déjà écrit, si Barcelone n'est point à eux, et la tranchée n'y étoit point ouverte le 6 de ce mois. Il seroit cependant très important de reprendre Lerida ' avant qu'ils pussent y envoyer un plus grand nombre de troupes et qui fussent meilleures que celles des révoltés.

Il n'y a d'autres nouvelle:^ ici présentement que la

1. Cette ville de Catalogne, sur la Sègre, était très forte, et le grand Condé n'avait pu la prendre en 1647. Les Catalans révoltés y avaient appelé les troupes de l'Archiduc, qui y étaient entrées sans coup férir.

AU IlOI nKSl'ACi.NK l'IlIlJIMM-: ^. {'l'A

l'cliailc (le M. Pc'ii ' avec la i^arnisoii d'IIaguenaii : (•('Ile placo est très mauvaise ; elle a cependant duré sept jours, et, le septième, M. Péri, après (ju'on lui eut lefusé caj)itulalioii par deux fois, sortit la nuit et se relira heureusement à Saverne, ayant laissé derl'ière lui (pielques détachements qui amusèrent les ennemis pendant la nuit et se sauvèrent aussi. I.e l'rèie de \ alouse ' qui est auprès de vous s'v est fort distingué, aussi bien que les autres principaux officiers qui se sont trouvés à ce siège.

Le temps s'est enfin débondé ici à la pluie ; cependant on chasse tous les jours en deux et trois endroits. J'ai eu l'avantage d'avoir aujourd'hui trois heures durant la pluie sur le corps à la suite du cerf que le Roi chassoit avec son équipage. Cette chasse a été belle, à la pluie près. Hier le Roi alla au loup, et doit encore chasser les cinq derniers jours du voyage; car, après-demain, c'est la fête des saints vSavinien et Potentien ^, et on s'en va le 26, qui est le lundi de l'autre semaine.

1. Jean-Baptiste, marquis de Péri, était d'origine génoise et avait pris du service en France en 1689 ; il avait commandé un régiment étranger jusqu'à la paix de Ryswyk et avait été fait maréchal de camp en 1704; il fut récompensé de sa belle défense d'Haguenau par le grade de lieutenant général.

2. Hyacinthe Boutin, marquis de Valouse, écuyer des ducs d'Anjou et de Berry, passa en Espagne avec Philippe V, dont il devint premier écuyer et premier gentilhomme de la chambre; il mourut à Madrid en 1736. Son frère est Joseph- Guillaume Boutin, titré comte de Valouse, qui fut nommé brigadier en 1704.

3. La fête de ces deux saints, apôlres du Sénonais, était chômée dans le diocèse de Sens ; elle tombait Je 19 octobre.

124 LETTRES Dr DUC DE BOURGOGNE

Adieu, montrés cher frère, je vous embrasse aussi tendrement que je vous aime ; rendez-moi toujours la pareille.

Louis.

A Fontainebleau, le 25 octobre 1705.

Tout ee que vous pensez, mon cher frère, sur le secours de Badajoz est très judicieux ; l'importance de la réussite de cette entreprise est extrême et le devient encore davantage depuis la perte de Barcelone ^ . Vous aurez eu apparemment plus tôt que nous cette fâcheuse nouvelle ; mais, comme vous le dites, il faut recevoir tout de la main de Dieu et le prier qu'il vous affermisse sur le trône où il vous a placé, l'espérant de sa honte. Si l'on remportoit un avantage sur ies Portugais un peu considérable, il influeroit sur tout le reste de l'Espagne, et, si l'on a repris Lerida. ainsi que j'en ai vu des nouvelles aujour-

Dangeau écrit à cette date tome V, p. 440] : « Le Roi ne courut point, parce qu il est fête dans le diocèse, et le Roi ne veut point courir lesjours de fcte, de crainte quequelqu un de léquipage ne perdit la messe. »

1. Barcelone s'était en effet rendue à l'Archiduc depuis plusieurs jours ; mais la nouvelle resta longtemps douteuse. Les iournaux de la cour ont mentionné toutes les nouvelles contradictoires qui parvenaient à A'^ersailles, et le duc de Bourgogne en parlera ci-après, lettre LXXII.

\l lUtl hESl'AGM-. IMIII.in'K V. 1:2.)

d'Iiiii ', r Vi'cliidiic M ir;i |kis si \ itc ([ii'oii aiiroil lieu de ra|)|)i(luii(l(i' autrement.

Vous saurez déjà appaicnnnent les nou\elles d'Italie, les mouvements des armées du due de \ endùme el du prince Eugène et les raisons fjui ont empêché de faire le siège de Turin, qu'on avoil l'ésolu pour la seconde fois ; ainsi je ne vous en dis lien de plus |)ai'ticulier. Je ne sache rien de nouveau d'Allemagne. En Flandres, les ennemis ont décampé d'IIerenthals, et on ne sait pas bien où ils marcheront; l'Électeur s'étoit avancé avec trente-six compagnies de grenadiers et quarante escadrons pour tâcher d'écorner leur arrière-garde; mais le peu de troupes qui la composoient ont repassé la Nèthe à son approche, et il n'a pu que leur piller quelques chariots de bagages qui étoicnt encore dans le quartier général.

Le Roi part demain et va coucher à Villeroy, après-demain à Sceaux, et mercredi à Versailles. Je suivrai Monseigneur à Meudon et je rentrerai à \ ersailles le même jour que le Roi. Ce vovage a été très court el très vif pour la chasse. Il y en eut hier, pom' bien finir, cinq différentes, trois de cerfs, une de loup et une de sanglier ; on s'y est beaucoup diverti, et les chasses ont été belles pour la plupart. Nous en allons présentement faire plus à tirer qu'à courre. J'ai autant de regret à m'en aller cette année que je n'ai eu dans mes premiers voyages, avec cette différence que j'ai eu plus de force pour en soutenir les fatigues.

1. Le prince de Tserclaes était en efiet rentré dans ceUe ville avec les troupes espagnoles.

Pour ce que vous me mandez que je n'ai point répondu à la reine, je lui ai écrit la semaine passée S et je crois qu'il auroit été trop tard pour reparler du sujet sur lequel elle m'avoit écrit. Vous lui ferez toujours bien mes compliments et continuerez, je vous en supplie, de m'aimer autant que je vous aime.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Fontainebleau, le 26 octobre 1705.

Je crois. Madame, qu'il y a assez de temps que je ne vous ai écrit pour pouvoir sans indiscrétion joindre ce petit mot à la lettre que j'écris au roi. Comme elle va par un courrier, elle sera plus promptement rendue que si elle étoit portée par l'ordinaire. Je crois, Madame, que, si vous étiez en ce pajs-ci, quelque indifférence qu'on dise que vous ayez pour la chasse, vous ne pourriez pas vous empêcher de l'aimer ; car elle a ici des attraits très particuliers ; il est vrai qu'il en faudroit séparer la pluie; elle gâte entièrement les plus belles chasses, et j'en ai fait encore aujourd'hui une longue expérience. Cette pluie est d'autant plus fâcheuse qu'en ce lieu et en cette saison elle ne finit pas volontiers. Cependant M'"^ la duchesse de Bourgogne l'affronte har-

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