‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 33 sur 89 · PERMIS DE TUER EN CACHETTE · texte numérisé non relu

PERMIS DE TUER EN CACHETTE

Voilà, mon père, lui dis-je, un pieux guel-apens: mais, quoique pieux, il demeure toujours guet-apens, puisqu'il est permis de tuer son ennemi en trahison. Vous ai-je dit, répliqua le père, qu'on peut tuer en trahison? Dieu m'en garde! Je vous dis qu'on peut tuer en cachette, et de là vous concluez qu'on peut tuer en trahison, comme si c'étoit la môme chose. Apprenez d'Escobar, tr. 6, ex. 4, n. 26, ce que c'est que tuer en trahison, et puis vous parlerez. « On appelle tuer en «trahison, quand on tue celui qui ne s'en défie en au- «cune manière. Et c'est pourquoi celui qui tue son «ennemi n'est pas- dit le tuer en trahison, quoique « ce soit par derrière ou dans une embûche : licet per « insidias, aut a tergo percutiat, » Et au môme Traité, n. 56 : « Celui qui tue son ennemi avec lequel il s'étoit « réconcilié , sous promesse de ne plus attenter à sa «vie, n'est pas absolument dit le tuer en trahison, à «moins qu'il n'y eût entre eux une amitié bien étroite: ^iarctior amicitia, »

Vous voyez par-là que vous ne savez pas seulement ce que les .termes signifient, et cependant vous parlez comme un docteur. J'avoue, lui dis-je, que cela m'est nouveau; et j'apprends de cette définition qu'on n'a peut-être jamais tué personne en trahison; car on ne s'avise guère d'assassiner que ses ennemis; mais, quoi qu'il en soit, on peut donc, selon Sanchez, tuer hardiment, je ne dis plus en trahison, mais seulement par derrière, ou dans une embûche, un calomniateur qui nous poursuit en justice? Oui, dit le père, mais en dirigeant bien l'intention; vous oubliez toujours le principal. Et c'est ce que Molina soutient aussi, tome lY ^ Iv , ^ , disjo. i^. Et même, selon notre docle 'R.^gixv^^x^'^ -,

livre XXI, c. v, n. 57 : « On peut tuer aussi les faux lé- « moins qu*il suscite contre nous. » Et enfin, selon nos grands et célèbres pères Tannerus et Emmanuel Sa, on peut de même tuer et les faux témoins et le juge, s'il est de leur intelligence. Voici ses mots, tr. 3, disp. 4, q. 8, n. 83 : « Sotus, dit-il, et Lessius disent qu'il n'est (( pas permis de tuer les faux témoins et le juge qui coa- « spirent à faire mourir un innocent ; mais Emmanuel et Sa et d'autres auteurs ont raison d*improuver cesen- «timent-là, au moins pour ce qui touche la con- « science. » Et il confirme encore, au même lieu, qu'on peut tuer et témoins et juge.

Mon père, lui dis-je, j'entends maintenant assez bien votre principe de la direction d'intention; mais j'en veux bien entendre aussi les conséquences, et tous les cas où cette méthode donne le pouvoir de tuer. Reprenons ceux que vous m'avez dits, de peur de méprise î car l'équivoque seroit ici dangereuse. 11 ne faut tuer q^^ bien à propos, et sur bonne opinion probable. Vo^s m'avez donc assuré qu'en dirigeant bien son intentioi^* on peut, selon vos pères, pour conserver son honneur et môme son bien, accepter un duel, l'oflrir quelque fois, tuer en cachette un faux accusateur, et ses ié moins avec lui, et encore le juge corrompu qui les favorise; et vous m'avez dit aussi que celui qui a reçt un soufflet peut, sans se venger, le réparer à coups d'épée. Mais mon père, vous ne m'avez pas dit avec quelU mesure. On ne s'y peut guère tromper, dit le père ; caï on peut aller jusqu'à le tuer. C'est ce que prouve forl bien notre savant Henriquez, liv. XIV, c. x, n. 3, et d'autres de nos pères rapportés par Escobar, tr. 1, ex. 7, 77. 48, en ces mots : ^ Ou peul lue-T ed^vxv o^v %

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