LETTRE AU PÈRE ANNAT
■itoire, sinon la nécessité de contrainte,» ils le nient, et eiiseij^fueut au contraire que nous avons toujours en cette vie, dans toutes les actions par lesquelles nous méritons et déméritons, l’indifférence d’agir ou de ne pas agir, meme avec la grâce cflicace qui ne nous nécessite pas, quoiqu’elle nous fasse infailliblement faire le bien comme l’enseignent tous les thomistes. Ils ne sont donc pas hérétiques.
Enfin, mon révérend père, quand l’Eglise a repris I.utber et Calvin de ce qu’ils nioient nos sacrements, et de ce qu’ils ne croyoieutpas la transsubstantiation, et n’obéissoient pas au pape, ces hérésiarques, auxquels vous comparez si .souvent vos adversaires, se sont-ils plaints do ce qu’on leur imposoit ce qu’ils ne disoient pas? N’ont-ils pas soutenu, et ne soutiennent-ils pas encore ces propositions? Et c'est pourquoi ils sont hérétiques. Quand vous dites à MM. de Port-Royal « qu’ils ne reconnoissent pas le pape , « qu’ils ne reçoivent pas le concile de Trente, etc. , » ils .se servent, comme ils doivent, du .mexïibis impu- DEKTissiME, c’est-à-dire que vous en avez menti , mon révérend père; car, dans les matières de cette importance/il est permis et meme nécessaire de donner un démenti. Ils ne sont donc pas hérétiques; ou, s’ils le sont, ils n’en ont ni le génie ni le caractère. Nous n’en avons point encore vu de cette sorte dans l'Église ; et il est plus aisé de montrer dans leurs adversaires la mar(|ue et l’esprit de calomniateurs et d'imposteurs, qu’en eux le caractère d'héréti<|ues.
Je trouve bien, mou révérend père, que les héré-
SUR LA HOaNF, FOI DES J ANSÉMST. /, 1 5 tiques ont souvent impose aux catholiques des hérésies. Les pélagicns ont dit que saint Aufjustin nioit le franc arbitre; les eutychiens ont dit que les catholi([ues nioient l’union substantielle de Dieu et de l’homme en Jésus-Christ; les inonothélites accusoient les catholiques de mettre une division et une contrariété entre la volonté divine et l'humaine de Jésus- Christ; les iconoclastes ont dit que nous adorions les images du culte qui n’est dù qu’à Dieu seul ; les luthériens et les calvini.stes nous aj)pcllent papolàlres , et disent que le pape est Y Jntechrist. Nous disons que toutes ces propositions sont hérétiques, et nous les détestons en même temps ; et c’est pourquoi nous ne sommes pas hérétiques. Ainsi je crains, mon révérend père, que l’on ne dise que vous avez plutôt le ctiractcre des hérétiques que ceux que vous accu.scz d’hérésie : car les propositions molinicnnes qu’ils vous objectent, vous les avouez ; mais vous dites que ce ne sont pas des hérésies. Celles que vous leur objectez, ils les rejettent, disant que ce sont des hérésies, et par-là ils font comme ont toujours fait les catholiques; et vous, mon révérend père, vous faites comme ont toujours fait les hérétiques.
Mais, quand vous vous servez de leur piété et de leur zélé pour la morale chrétienne comme d’une marque de leur hérésie, c’est le dernier de vos excès. Si vous aviez démontré qu’ils sont hérétitjues , il vous seroit permis d’appeler tout cela hypocrisie et dissimulation ; mais (pt’un des moyens dont vous vous servez pour montrer qu’ils sont hérétiques, ce soit
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leur piété et leur zèle pour la Jiscipliiu* de l’Église et pour la doctrine des saints pères, c’est, mon révérend père, ce qui ne se peut souffrir: aussi nous nous donnerons bien de garde de vous suivre on cela.
Ce|)endant, à vous entendre parler, il semble que c’en est fait; ils sont hérétiques, il n’en faut non plus douter que de Luther et de Calvin. Mais, mou révérend père, pcrmettez-inoi , dans une affaire de cette importance, de suspendre mon jugement, ou même de n’en rien croire jusqu’à ce que je les voie révoltés contre le pape et soutenir les propositions qu’il a condamnées, et les soutenir dans leurs propres termes, ainsi qu’elles ont été condamnées. Car, dite.sluoi, mon révérend père, si ces messieurs ne sont point hérétiques, comme je le crois certainement, me justifierez-vous devant Dieu si je les crois hérétiques? Et tous ceux qui, sur votre parole, les croient hérétiques, et le disent par-tout, seront-ils excusés au tribunal du souverain Juge, quandils diront qu’ils l’ont lu dans vos écrits?
Voilà, mon révérend père, tout ce que j’avois à vous dire; car, pour le détail des falsifications prétendues, je vous laisse à l’auteur des lettres. Il a déjà fort malmené vos confrères, qui lui avoient fait de semblables repi ochcs ; et il ne vous épargnera pas, si ce n’est qu’après tout il seroit bien inutile de vous répondre, puisque vous ne dites rien de considérable que ce qtie vos confrères ont dit ; à quoi cet auteiu' a très admirablement bien répondu : car le livre que