‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 25 sur 109 · SUR LA CENSURE DE M. ARNAULD · texte numérisé non relu

SUR LA CENSURE DE M. ARNAULD

cet avantage singulier, que les plus critiques et les plus subtils théologiens n'y pourront trouver aucune mauvaise raison.

Mettez-vous donc l'esprit en repos, et ne craignez point d'être hérétique en vous servant de la proposition rondamnée. Elle n'est mauvaise que dans la seconde !' Itre de M. Arnauld. Ne vous en voulez-vous pas fier à

i parole ? croyez-en M. Le Moine, le plus ardent des < xaminateurs, qui, en parlant encore ce matin à un docteur de mes amis, qui lui demandoit en quoi consiste rviie différence dont il s'agit, et s'il ne seroit plus

rmis de dire ce qu'ont dit les Pères : <i Cette propo- " sition, lui a-t-il excellemment répondu, seroit catho- ' iique dans une autre bouche; ce n'est que dans a M. Arnauld que la Sorbonne l'a condamnée. » Et ainsi admirez les machines du molinisme, qui font dans l'Église de si prodigieux renversements, que ce qui est itholique dans les Pères devient hérélique dans M. Arnauld : que ce qui étoit hérétique dans les semipélagiens devient orthodoxe dans les écrits des jésuites ; que la doctrine si ancienne de saint Augustin est une nouveauté insupportable; et que les inventions nouvolles qu'on fabrique tous les jours à notre vue passent pour l'ancienne foi de l'Eglise. Sur cela il me quitta.

Cette instruction m'a servi. J'y ai compris que c'est ici une hérésie d'une nouvelle espèce. Ce ne sont pas les sentiments de M. Arnauld qui sont hérétiques ;

n'est que sa personne. C'est une hérésie personnelle. ii n'est pas hérétique pour ce qu'il a dit ou écrit, mais seulement pour ce qu'il est M. Arnauld. C'est tout ce qu'on trouve à redire en lui. Quoi qu'il fasse, sil ne cesse d'être, il ne sera jamais bon catholique.

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La grâce de saint Augustin ne sera, jamais la véritable tant qu'il la défendra. Elle le deviendroit, s'il venoit à la combattre. Ce seroit un coup sûr, et presque le seul moyen de l'établir et de détruire le molinisme, tant il porte de malheur aux opinions qu'il embrasse. Laissons donc là leurs différents. Ce sont des disputes de théologiens, et non pas de théologie. Nous, qui ne sommes point docteurs, n'avons que faire à leurs démêlés. Apprenez des nouvelles de la censure à tous nos amis, et aimez-moi autant que je suis, monsieur,

.Votre très humble et très obéissant serviteur, E. A. A, B. P. A. F. D.E. P.

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