‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 88 sur 109 · CALOMNIES DES JÉSUITES CONTRE M. ARNAULD · texte numérisé non relu

CALOMNIES DES JÉSUITES CONTRE M. ARNAULD

ce qu'il avoit dit la messe au temps où il éloit dintelli' gence avec Genève.

Je m'étonne donc, non pas de ce que vous leur imposez avec si peu de scrupule des crimes si grands et si faux, mais de ce que vous leur imposez avec si peu de prudence des crimes si peu vraisemblables : car vous disposez bien des péchés à votre gré ; mais pensezvous disposer de même de la croyance des hommes? En vérité, mes pères, s'il falloit que le soupçon de calvinisme tombât sur eux ou sur vous, je vous trouverois en mauvais termes. Leurs discours sont aussi catholiques que les vôtres; mais leur conduite confirme leur foi, et la vôtre la dément : car, si vous croyez aussi bien qu'eux que ce pain est réellement changé au corps de Jésus-Christ, pourquoi ne demandez-vous pas comme eux que le cœur de pierre et de glace de ceux à qui vous conseillez de s'en approcher soit sincèrement changé en un cœur de chair et d'amour? Sv vous croyez que Jésus-Christ y est dans un état de mort, pour apprendre à ceux qui s'en approchent à mourir au monde, au péché et à eux-mômes, pourquoi portezvous à en approcher ceux en qui les vices et les passions criminelles sont encore toutes vivantes? Et comment ju;j:cz-vous dignes de manger le pain du ciel ceux qui ne le seroient pas de manger celui de la terre?

0 grands vénérateurs de ce saint mystère, dont le zèle s'emploie à persécuter ceux qui l'honorent par tant de communions saintes, et à flatter ceux qui le déshonorent par tant de communions sacrilèges! Qu'il est digne de ces défenseurs d'un si pur et si adorable sacrifice de faire environner la tible de Jésus-Christ de pécheurs envieiilis tout sortant de leur infamie, et

de placer au milieu d'eux un prêtre que son confesseur même envoie de ses impudicités à l'autel, poury offrir, en la place de Jésus-Christ, cette victime toute sainte au Dieu de sainteté, et la porter de ses mains souillées en ces bouches toutes souillées ! Ne sied-il pas bien à ceux qui pratiquent cette conduite par toute la terre^ selon des maximes approuvées de leur propre général, d'imputer à l'auteur de la Fréquente Communion et aux Filles du Saint-Sacrement de ne point croire le saint Sacrement ?

Cependant cela ne leur suffit pas encore ; il faut, pour satisfaire leur passion, qu'ils les accusent enfin d'avoir renoncé à Jésus-Christ et à leur baptême. Ce ne sont pas là, mes pères, des contes en l'air comme les vôtres; ce sont les funestes emportements par où vous avez comblé la mesure de vos calomnies. Une si insigne fausseté n'eût pas été en des mains dignes de la soutenir en demeurant en celles de votre bon ami Filleau, par qui vous l'avez fait naître : votre société se l'est attribuée ouvertement; et votre père Meynier vient de soutenir, comme une vérité certaine^ que Port-Royal forme une cabale secrète depuis trente- cinq ans, dont M. de Saint-Cyran et M. d'Ypres ont été les chefs, « pour ruiner le mystère de l'incarnation, faire passer « l'Évangile pour une histoire apocryphe, exterminer « la religion chrétienne, et élever le déisme sur les « ruines du christianisme. )) Est-ce là tout, mes pères? Serez-vous satisfaits si l'on croit tout cela de ceux que vous haïssez? Votre animosité seroit-elle enfin assouvie, si voi^s les aviez mis en horreur non seulement à tous ceux qui sont dans l'Église, par Vintelligence avec Genève, dont vous les accusez, mais encore à tous ceux qui

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