LE PÈRE BRISACIER CON VAINCU DE CALOMNIE
quelques ennemis que vous eussiez, la vérité vous en délivreroit^ selon sa promesse. Vous n'avez recours au mensonge que pour soutenir les erreurs dont vous llattez les pécheurs du monde, et pour appuyer les calomnies dont vous opprimez les personnes de piété qui s'y opposent. La vérité étant contraire à vos fins, il a fallu mettre votive confiance au mensonge, comme dit un prophète, Isaï.^ xxviii. Vous avez dit : « Les malheurs « qui affligent les hommes ne viendront pas jusques « à nous : car nous avons espéré au mensonge, et le « mensonge nous protégera. » Mais que leur répond le prophète, ch. xxx? « D'autant, dit-il, que vous avez mis « votre espérance en la calomnie et au tumulte, sperasiis « in calumnia et in tumultu^ cette iniquité vous sera im- « putée, et votre ruine sera semblable à celle d'une c< haute muraille qui tombe d'une chute imprévue, et a à celle d'un vaisseau de terre qu'on brise et qu'on a écrase en toutes ses parties par un effort si pui-sant « et si universel qu'il n'en restera pas un test avec a lequel on puisse puiser un peu d'eau ou porter un (( peu de feu : parceque (comme dit un autre prophète, <( Ezéch., xiii) vous avez affligé le cœur du juste, que « je n'ai point affligé moi-môme; et vous avez flatté et (( fortifié la malice des impies. Je retirerai donc mon ik peuple de vos mains, et je ferai connoitrc que je suis u leur Seigneur et le vôtre. »
Oui, mes pères, il faut espérer que. si vous ne chan- -'Z d'esprit. Dieu retirera de vos mains ceux que vous trompez depuis si long-temps, soit en les laissant dans leurs désordres par votre mauvaise conduite, soit en les empoisonnant p.ir vos médisances. Il fera concevoir aux uns que les lau^bes ruglcb de vos casuisles ne le*
mettront point à couvert de sa colère, et il imprimera dans l'esprit des autres la juste crainte de se perdre en vous écoutant et en ajoutant foi à vos impostures, comme vous vous perdez vous-mêmes en les inventant et en les semant dans le monde. Car il ne s'y faut pas tromper : on ne se moque point de Dieu, et on ne viole point impunément le commandement qu'il nous a fait dans l'Évangile, de ne point condamner notre prochain sans être bien assuré qu'il est coupable. Et ainsi, quelque profession de piété que fassent ceux qui se rendent faciles à recevoir vos mensonges, et sous quelque prétexte de dévotion qu'il le fassent, ils doivent appréhender d'être exclus du roj'aume de Dieu pour ce seul crime, d'avoir imputé d'aussi grands crimes que l'hérésie et le schisme à des prêtres catholiques et à de saintes religieuses, sans autres preuves que des impostures aussi grossières que les vôtres. « Le démon, dit M. de « Genève*, est sur la langue de celui qui médit, et dans « l'oreille de celui qui l'écoute. Et la médisance, dit « saint Bernard, serm. xxiv ïncani., est un poison qui « éteint la charité en l'un et en l'autre. De sorte qu'une « seule calomnie peut être mortelle à une infinité « d'ames, puisqu'elle tue non seulement ceux qui la «publient, mais encore tous ceux qui ne la rejettent a pas. »
P, S. Mes révérends pères, mes lettres n'avoient pas accoutumé de se suivre de si près, ni d'être si étendues. Le peu de temps que j'ai eu a été cause de l'un et de l'autre. Je n'ai fait celle-ci plus longue que parceque
1. M. de Genève. Saint François de Sales , évêque et prince de Genève, étoit ainsi nommé avant sa canonisation, qui se fit en 1665.