‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 103 sur 317 · II · texte numérisé non relu

II

291 172 — Du 16. Septembre 1666 (Subligny). 292

Qu'en dépit de la Mer d'EsPAGNE

Elle avoit gagné la Campagne ,

Le deuxiesme de l'autre mois.

J'en suis bien ravie , ou je meure , ,20 Car je cesse de m'allarmer,

Comme je faisois à toute heure ,

D'avoir de mon bien sur la Mer.

On dit qu'on élevé à Lisbonne

De superbes Arcs triomphaux 125 Et des apprests vrayment Royaux

Pour y bien recevoir cette Auguste Personne ; J'en feray le récit un jour, bon ou mauvais.

Mais , parmy des Pompes pareilles ,

Lors que , criant à ses oreilles :

130 « Vive la Reyne ! » en Portugais

On luy fera quelque Harangue ,

Entendra-t'elle cette langue ?

En tous cas , mon Dauphin charmant ,

Comme il est assez ordinaire , , 55 Quand un Païs reçoit une Reine estrangere ,

Qu'on apprenne sa langue à son avènement.

Cette Royalle Beauté blonde

Se gagnera si bien sa Cour

Que vous la verrez faire un jour ,40 Parler François beaucoup de Monde.

L'Impératrice est à Milan , Où , sans doute un peu dépitée D'estre en voyage plus d'un an , Elle ne voulut pas estre complimentée.

145 On dit qu'aux Harangueurs elle est un vray démon ,

Qu'elle veut en deux mots sçavoir ce qu'on luy chante , Et qu'elle est d'humeur tres-méchante Quand on y met trop de façon.

L'Hermite qui m'a dit que luy-mesme, en personne , J50 Avoit veu ce qu'icy je vous conte aujourd'huy,

Quand elle entra dans Barcelone , Ne dit peut-estre pas que ce n'est que pour luy. Mais qu'importe ? une humeur pareille Sied bien au Trône où l'on l'attend , ,33 Et son jeune Empereur en doit estre content ,

Quand le bruit en iroit jusques à son oreille :' Estant sans complimens & ne les aymant pas , Soudain qu'elle pourra luy faire compagnie , S'il faut qu'elle entre dans ses bras , ,60 Ce sera sans cérémonie.

On dit que , par les Ottomans , L'autre mois , dans la Dalmatie ,

129 A Lors qu'on criera dans ses oreilles. 131 A Ou qu'on y fera sa Harangue.

\^\ A k son Entrée à Barcelonne.

293 172 — Du 16. Septembre 1666 (Subligny). 294

Zebenique fut investie , Et qu'ils ont déjà fait tous leurs retranchemens. 165 Les Turcs avec cette entreprise '

Donnent de l'ouvrage à Venise, Mais ils sont braves gens , ma foy!

Ayant sceu le départ du Duc de Longueville

Ils luy préparent de Temploy, •

170 De peur qu'il ne soit inutile.

La Flotte des Vénitiens , Sur Mer leur rend assez le change , Et fit une escarmouche estrange Sur neuf de leurs vaisseaux qui regorgeoient de biens. Ï75 Ils faisoient voile à la Cannée ,

Mais cinq furent coulez à fonds Et servirent cette journée Pour y ravitailler seulement les poissons.

Mais , au lieu de parler de la Flotte d'un autre , »^ Parlons de ce que fait la nostre.

Nostre Amiral Duc de Beaufort, Ayant en cor soupe chez le Duc de Navailles , Qui, pour le rafraîchir durant qu'il fut au Port , N'épargna poissons ny volailles , '85 Et fit sortir de son trésor

Plus d'un quart d'une tonne d'or, Est party pour Brest en Bretagne Avec le vent qui l'accompagne ; Et , s'il plaist au vent de tourner , >9o Pour après cela le mener

Joindre la Flotte de Hollande , Si I'Anglois qui s'en est allé A pris goust à boire salé , Il pourra revenir trouver ce qu'il demande.

Mais on ne verra plus d'ANGLOis , Car, cette semaine dernière , Il ont eu de Ruiter encore sur les dois, D'une assez galante manière.

Leur Avant-garde allant plus loin *®° Qu'il n'estoit alors de besoin ,

Ruiter la fit charger avec bien du courage , Prit un fort grand Vaisseau sur eux , Fit trois cens Prisonniers des gens de l'Equipage , Brisa le Mast d'un autre & les brûla tous deux. *°5 Les autres fuirent vers les Cingles ,

Voyant briller un si beau feu , Et , Ruiter gagnant trop au jeu , En retirèrent leurs épingles.

295 172. — Du 16. Septembre 1666 (Subligny). 296

Quand Monsieur du Tillet fut mis dans le Cercueil 210 On dit que le Roy mit Artagnan en sa place

Pour la Meute des Chiens qui courent le Chevreuil. Ah ! que nous irons à la Chasse !

Vous me dites que c'est assez , Mais je n'ay plus qu'un mot à dire , 215 Qui n'est pas mesme un mot pour rire.

Le Lieutenant Civil mourut ces jours passez. [m. d-Aub

Le Roy sera touché , sans doute , de sa perte , Car il a bien servy, lors que l'occasion Pour son Prince s'en est offerte , 220 Et mérite qu'on ayt beaucoup d'affliction.

Mais ce soin est pour nous, & le vostre d'apprendre

A choisir de tels Magistrats , Lors que vous régirez les différents Estats Qu'un heureux ascendant vous permet de prétendre. 225 Allez donc , Prince sans égal ,

Commencer cet essay de science Royalle , Et dites en passant à vostre Mareschalle Que je luy veux beaucoup de mal.

Elle entendra fort bien la fin de ce Mistere : 230 C'est qu'elle me, dit, l'autre jour,

Que bien qu'elle ait icy sa fille de retour Je l'obligerois de m'en taire.

de subligny.

A Paris , Che{ Alexandre Lesselin, au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.

209-212/^ Changeons s'il vous plaist de propos. Depuis le jour qu'un honneste homme A bien des momens de repos. . . .

C'est Monsieur du Tillet, s'il faut que je le

[nomme , Et mesme , Beau Dauphin , pour m'expliquer

[plus fort , Avoir repos c'est estre mort ;

Depuis donc qu'à loisir au Ciel il se délasse , Le RoY qui sçait choisir les siens A mis Dartagnan en sa place, Pour la Meutte des petits Chiens.

Ah ! que nous irons à la chasse !

La signature et l'adresse de l'imprimeur manquent dans B C , qui placent ici la date.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I, col. 909), pp. 129-136. B La Muse Dauphine 1667 — 148-156.

C La Muse Dauphine 1668 — 148-136.)

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par la GRAVETTE de MAYOLAS.]

Quoy que ma chaîne soit bien forte, Sans nule peine je la porte , Et préfère à ma liberté L'honorable captivité 5 De ne pouvoir prendre cariére Durant une semaine entière.

Lors que tout le monde a campos , Pour son plaizir, pour son repos , Et court aux champs & dans les vi-

[gnes,

10 Je me rétranche dans mes lignes ; Quand tout Paris dézerteroit , Décamperoit , s'absenteroit , Pendant ces vacances plaizantes , Et que les Muzes complaizantes

15 Seroient contraintes d'imprimer Le discours que je vais rimer, Je puis assurer votre Altesse Que je ferois rouler la Presse.

Laissant les lieux plus beaux & doux,

30 Princesse , je reviens à Vous Pour vous donner, à l'ordinaire , Une Missive hebdomadaire.

J'aprens que Monsieur Périgny, Dont le mérite est infiny,

23 Qui sçait toutes les belles chozes , Conoît les éfets & les cauzes , Sçait bien tout ce qu'on doit sçavoir Et vaut tout ce qu'on peut valoir ; Ce Prézident scientifique ,

30 Très vertueux & politique , Du Roy le fidelle Lecteur, Est nommé pour le Précepteur De nôtre Daufin admirable , Qu'on peut nommer incomparable

35 Pour le courage & pour l'esprit Qui brille en ce qu'il fait & dit.

Etant Fils d'un Roy magnifique , D'une Reine toute Angélique , Ce Prince si beau , si bien né ,

40 Etant au surplus gouverné Par une illustre Maréchale Qui trouve à peine son égale , Instruit par l'esprit transcendant Du susdit docte Prèzidant ,

45 Je vous laisse à penser, de grâce , S'il est dans une belle passe , Et s'il peut être mieux conduit , Plus grand , plus beau , ny mieux

[instruit

Monsieur D'Artaignan , dont l'a- 50 Et la prudence & la prouesse [dresse Egalent le zélé & la foy Qu'il témoigne pour nôtre Roy, Témoins ces braves Mousquetaires , Est fait par son Prince , n'aguéres , 55 Capitaine des petits Chiens Qui chassent bien mieux que les Cette Charge, sans flaterie, [miens.

Importante en la Vennerie , Ne pouvoit trouver de Chasseur 60 Plus adroit, soigneux , ny meilleur ; Mais son service & son courage En aquerront bien davantage , Dequoy je seray fort content Comme je le suis à prèzent.

65 II me semble que l'Angleterre Ne gagne pas trop à la guerre , Car de nouveau les Holandois L'ont emporté sur les Anglois Dans cette dernière bataille ,

70 Où voloit la grosse grenaille.

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