Du 19. Septembre 1666 (Mayolas
Messieurs de Pompone & Trélon , Dont le fameux & beau renom L'estime à tout le monde inspire ,
170 Ambassadeurs de nôtre Sire Devers le Suédois Etat , Furent traitez avec éclat Par un Maréchal d'importance Dudit Pays , & non de France ,
175 Qu'on nomme le Maréchal Tôt , Et , pour vous dire tout bien-tôt , Dedans sa maizon de plaizance.
Telle fut la magnificence De ce dîner délicieux
180 Qu'on ne pût les régaler mieux.
Après la merveilleuze chère, Quatre tours ils allèrent faire Au jardin vaste & gracieux , Qui plût tout-à-fait à leurs yeux ,
,83 Et, dans ces belles promenades, Ils y trouvèrent des cascades , Des fontaines & maint jet d'eau , Si grand , si fertile & si beau , Que la plus belle d'Italie
190 N'en peut être mieux embelie , Et dans le Nord certainemant On ne voit rien de plus charmant.
Il faut bien que je trouve place Pour la Coupe du Val de Grâce ,
193 Qu'on voit dans sa perfection , Et non sans admiration , Faite de la main admirable D'un Peintre fort recommandable , De fait & de Nom très-mignard ,
200 Puis-que c'est le fameux Mignard :
Nôtre aymable & charmante Reine, Voulant pour la Fête prochaine Que ce Dôme , ou Coupe , fut fait , Il nous l'a donné si parfait
203 Que dans les plus riches Eglizes , Les plus belles & les mieux mizes , On ne verra point de tableau Qui soit assurément si beau Que cette peinture mignarde ,
210 Que depuis Jeudy l'on regarde.
Deux bons Frères Religieux , Non moins courageux que pieux , Allans pour afaires à Brie , Entrent dans une Hôtellerie
215 Pour y prendre fort sobrement Quelque nécessaire aliment; Puis, de la poche ou de la manche.
Tirent la pièce , jaune ou blanche , Afin de payer leur écot ,
220 Se retirans sans dire mot ;
Mais ce métal , qui bien rézonne Et qui mieux qu'une cloche sonne, Et comme le Soleil reluit , En le tirant ayant fait bruit ,
223 Fit juger par son harmonie Qu'il avoit bonne compagnie.
Deux Drôles, ou bien deux Voleurs, Vêtus de diverses couleurs , Qui dans le dit lieu se trouvèrent ,
230 Après leur départ complotèrent.
Par un dessein pernicieux , D'aller tôt conter avec eux.
Ils les suivirent à la piste D'un pas beaucoup plus gay que
233 Et les atrapent dans un Bois, [triste. Qui disoient d'une basse voix Leur Chapelet ou leur Brévière.
D'une fort méchante manière , Mes Gens leur sautent au colet ;
240 Les menaçans , du pistolet , De les occïre sans résource A moins qu'ils ne rendent la bource; Mais ces deux Frères vigoureux, Aussi dévots que valeureux ,
245 Recommandans à Dieu leur ame , Sans craindre le fer ny la flamme , De leur main font tourner en l'air Le coup , les baies & l'éclair.
Et , se saisissans de leurs armes
230 Comme auroient fait de bons Gen-
[darmes , Chacun prit le sien prizonnier, Par pitié leur faisans quartier ; Et , les lians de leur ceinture , Par une agréable avanture,
233 Ils les amenèrent captifs , Abatus , mornes & craintifs , Dans ladite ville propice , Entre les mains de la Justice ; Dont le Curé , très- bien apris ,
260 M'a dit ce que je vous écris.
Chaque Habitant eut de la joye De leur voir mener cette proye , Pour leur aprendre , à ce qu'on dit, Qu'il faut respecter leur habit.