‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 114 sur 317 · Du 3o. Septembre i666 (Subligny · texte numérisé non relu

Du 3o. Septembre i666 (Subligny

A ce jeune Roy que de dire Que le Monde de vice estoit si revestu Que l'on n'y voyoit plus de fidelle vertu

Et qu'il alloit de mal en pire ;

Or on m'a dit , charmant Dauphin , Qu'après avoir tenu , la nuit , sa Bien-venue ,

Il jura tout haut qu'à la fin Il avoit rencontré la vertu toute nue.

On dit que ce ne sont qu'ébas ,

Depuis quelque temps, à Lisbonne Et qu'au reste ce Roy luy trouve tant d'appas Qu'il ne peut un moment vivre sans sa personne.

Que I'Impératrice , bon Dieu ,

Feroit une mine bien fiere Si quelqu'un luy disoit ce qu'on fait dans ce lieu, Tandis qu'elle est contrainte à demeurer derrière ! Le Procureur Vallier la doit complimenter Lors qu'elle passera par l'Estat de Venise , Ce qui ne peut servir encor qu'à l'arrester Lors que dans le chemin elle se sera mise.

Quant à moy, mon opinion Est que , si l'on ne fait 'qu'elle parte au plus viste , L'Empereur aura beau luy préparer un giste Et beau se préparer à la tentation ,

L'avantage d'estre avec Elle , A moins qu'elle ne soit déjà loin de Milan ,

Est un bon-heur que cette Belle

Luy garde pour le jour de l'An.

lao

Mais revenons , je vous en prie ,

A nostre Evesque sans égal.

Monsieur de Laon , sans flatterie , Charma , dit-on , si fort le Roy de Portugal, Que , jugeant tout à fait sa personne importante ,

Il fit un offre à ce Prélat

De posséder dans son Estât

Deux cent mille livres de rente.

Un pareil Bénéfice estoit accommodant ;

Mais cet Evesque incomparable ,

Qui songea qu'en le possédant Il seroit éloigné de son Prince admirable , Ayma mieux laisser-là ces presens éclatans ,

Dont les offres estoient honnêtes , Et revenir icy, pour encore à cent ans , Comme son Père fait , voir le Roy sans lunettes.

Du Quesne , le Vice-Amiral ,

90 /f Dedans la Viilc de Lisbonne.

96 A Tandis qu'elle reste derrière.

14 A une offre

[César d'Ev trées]

[François- Annibal. duc

d'Éstrees, maréchal de

France, né en 1568]

337 177- — ^^ ^^' Septembre 1666 (Subligny). 338

L'a ramené de Portugal.

Mais que dit-on , cette semaine ,

De l'EscADRE de ce Du Quesne?

Depuis qu'elle s'est jointe à Monsieur de Beau-Fort, ,30 Dieppe avec ce grand Duc l'a veue ancrer au Port.

Qu'on dise après cela que Beau Fort n'est pas brave. Il a , parbleu , passé tout le long du canal ,

Avec une marche si grave Qu'il en a fait trembler les forces du Withal. 135 Que si RuYTER eut pu l'attendre,

Où I'Anglois , Prince , en estoit-il ?

Il auroit esté bien subtil Si de sa perte entière il eut pu se deffendre.

Mais RuYTER eut compassion , 140 Gomme je croy, de 1' Angleterre ,

Et luy voulut sur l'eau donner remission , Cependant que le feu la brusloit sur la terre.

Du depuis , à ce qu'on m'a dit , Il a pourtant chargé les Anglois d'importance ; 145 II se bat encor par dépit ,

Et suit, dit-on, mon ordonnance.

Vous sçavez , Prince , qu'elle elle est , Et que , comme il estoit malade D'un mal dont le guérit un bénit vent Sud- West , 150 Qui l'emporta de nostre rade

(Car c'estoit le guérir que l'emporter ainsi Et Ruyter est un passé Maistre Qui n'est malade , Dieu-mercy, Que quand il a loisir de l'estre) , 155 Mon ordonnance fut qu'il se mit en estât

De donner bataille Nouvelle Pour y pouvoir jetter par les yeux l'estincelle Qu'il avoit avalée en son dernier combat. Il est donc encore au Carnage :

160 II s'est joint vers la Hogue a l'Amiral François ,

Qui , dés le vingt-cinq de ce mois , Contre I'Anglois fait , dit-on , rage.

Mais parlons de Londres enfin Et de ce qu'on m'en vient d'apprendre.

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