Du 3o. Septembre i666 (Subligny
A ce jeune Roy que de dire Que le Monde de vice estoit si revestu Que l'on n'y voyoit plus de fidelle vertu
Et qu'il alloit de mal en pire ;
Or on m'a dit , charmant Dauphin , Qu'après avoir tenu , la nuit , sa Bien-venue ,
Il jura tout haut qu'à la fin Il avoit rencontré la vertu toute nue.
On dit que ce ne sont qu'ébas ,
Depuis quelque temps, à Lisbonne Et qu'au reste ce Roy luy trouve tant d'appas Qu'il ne peut un moment vivre sans sa personne.
Que I'Impératrice , bon Dieu ,
Feroit une mine bien fiere Si quelqu'un luy disoit ce qu'on fait dans ce lieu, Tandis qu'elle est contrainte à demeurer derrière ! Le Procureur Vallier la doit complimenter Lors qu'elle passera par l'Estat de Venise , Ce qui ne peut servir encor qu'à l'arrester Lors que dans le chemin elle se sera mise.
Quant à moy, mon opinion Est que , si l'on ne fait 'qu'elle parte au plus viste , L'Empereur aura beau luy préparer un giste Et beau se préparer à la tentation ,
L'avantage d'estre avec Elle , A moins qu'elle ne soit déjà loin de Milan ,
Est un bon-heur que cette Belle
Luy garde pour le jour de l'An.
lao
Mais revenons , je vous en prie ,
A nostre Evesque sans égal.
Monsieur de Laon , sans flatterie , Charma , dit-on , si fort le Roy de Portugal, Que , jugeant tout à fait sa personne importante ,
Il fit un offre à ce Prélat
De posséder dans son Estât
Deux cent mille livres de rente.
Un pareil Bénéfice estoit accommodant ;
Mais cet Evesque incomparable ,
Qui songea qu'en le possédant Il seroit éloigné de son Prince admirable , Ayma mieux laisser-là ces presens éclatans ,
Dont les offres estoient honnêtes , Et revenir icy, pour encore à cent ans , Comme son Père fait , voir le Roy sans lunettes.
Du Quesne , le Vice-Amiral ,
90 /f Dedans la Viilc de Lisbonne.
96 A Tandis qu'elle reste derrière.
14 A une offre
[César d'Ev trées]
[François- Annibal. duc
d'Éstrees, maréchal de
France, né en 1568]
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L'a ramené de Portugal.
Mais que dit-on , cette semaine ,
De l'EscADRE de ce Du Quesne?
Depuis qu'elle s'est jointe à Monsieur de Beau-Fort, ,30 Dieppe avec ce grand Duc l'a veue ancrer au Port.
Qu'on dise après cela que Beau Fort n'est pas brave. Il a , parbleu , passé tout le long du canal ,
Avec une marche si grave Qu'il en a fait trembler les forces du Withal. 135 Que si RuYTER eut pu l'attendre,
Où I'Anglois , Prince , en estoit-il ?
Il auroit esté bien subtil Si de sa perte entière il eut pu se deffendre.
Mais RuYTER eut compassion , 140 Gomme je croy, de 1' Angleterre ,
Et luy voulut sur l'eau donner remission , Cependant que le feu la brusloit sur la terre.
Du depuis , à ce qu'on m'a dit , Il a pourtant chargé les Anglois d'importance ; 145 II se bat encor par dépit ,
Et suit, dit-on, mon ordonnance.
Vous sçavez , Prince , qu'elle elle est , Et que , comme il estoit malade D'un mal dont le guérit un bénit vent Sud- West , 150 Qui l'emporta de nostre rade
(Car c'estoit le guérir que l'emporter ainsi Et Ruyter est un passé Maistre Qui n'est malade , Dieu-mercy, Que quand il a loisir de l'estre) , 155 Mon ordonnance fut qu'il se mit en estât
De donner bataille Nouvelle Pour y pouvoir jetter par les yeux l'estincelle Qu'il avoit avalée en son dernier combat. Il est donc encore au Carnage :
160 II s'est joint vers la Hogue a l'Amiral François ,
Qui , dés le vingt-cinq de ce mois , Contre I'Anglois fait , dit-on , rage.
Mais parlons de Londres enfin Et de ce qu'on m'en vient d'apprendre.