‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 120 sur 317 · XX. SEMAINE · texte numérisé non relu

XX. SEMAINE

Du Jeudy septième Octobre 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

J'ay la fièvre , Mon Prince , & je pleure Sery. Mon esprit , doublement aigry , Ne croit point cette fois avoir de quoy vous plaire Et , sous le faix de son ennuy, Dans les Nouvelles d'aujourd'huy N'aura point sa joye ordinaire.

Le Comte de Sery mourut ces jours passez , Au regret de toute la France , Qui ne sçauroit pleurer assez La perte de tant de vaillance.

Un dessèchement gênerai

B C portent simplement XIX. Semaine

I 5 A ses. — 7 j5C ses.

357 ^^^' — ^^ 7* Octobre 1666 (Subligny). 358

Fut le principe de son mal.

Dès qu'on l'en vit atteint , l'on crût sa mort certaine,

Et l'Art des plus grands Médecins 13 Ne luy pût différer au plus qu'une semaine

Le coup mortel de ses destins.

Ah ! dites au Roy vostre Père

Que c'est là le fruit de la paix

Et qu'il ne la donne jamais, 2o S'il se veut conserver une ame un peu guerrière.

Bien d'autres que luy périront

Si bien-tost on ne les employé ,

Et la noble ardeur qu'ils auront , Chez quelques ennemis ne trouvant pas sa proye , 25 Agissant contr'eux sans mercy.

Les desséchera tous ainsi.

Depuis cet accident funeste , Avez-vous veu De Plumartin ?

Le Mort & luy, charmant Dauphin , 30 Effaçoient ce qu'on dit de Pilade & d'ÛRESTE

Et je suis assuré que , n'ayant point d'amy, Ce mal-heureux Marquis ne vit plus qu'à demy. Dés que Sery reconnut l'heure Qu'il luy falloit s'en séparer : 35 « Va , » dit-il , « Plumartin , puisqu'il faut que je meure ,

» Laisse-moy loin de toy mourir sans murmurer. » De l'air dont tu m'aymas , ma mort te feroit peine , » Et moy je n'aurois pas l'entier détachement » Qu'il faut avoir dans le moment 40 » Que l'on voit sa mort si prochaine. »

Plumartin le quitta , tout outré de douleur, Ne pouvant, en effet, souffrir de tels supplices , Et , croyant arrester le cours de ce mal-heur , Fit en deux mille lieux faire des Sacrifices.

45 Cependant le Roy, tout surpris

Du cours précipité qu'a cette maladie , Commande au Grand Colbert d'aller viste à Paris

Pour faire qu'on y remédie.

L'AuGUSTiN Frère Marc s'y voit mesme appelle , 50 Sur le bruit de cent belles cures

Qui l'ont autresfois signalé Dans de pareilles conjonctures.

Mais vainement Colbert y fit tout son effort : Il sçait , avec des soins fidelles , 55 Guérir de cet Estât les blessures cruelles ,

Mais il ne peut guérir l'atteinte de la Mort.

O Mort , en le privant de vie , Tu n'as point fait le coup que tu t'estois promis ,

i5 y4 contre eux.

îi A asseuré que, n'ayant plus d'amy.

47 /4 Fait promptement aller son Colbert à Paris. 54 A ses soins.

359 ^^°- — ^^ 7' O^^^obre 1666 (Subligny). 36o

Car tu pers en sa mort un monde d'ennemis 60 A qui ce Cavalier l'auroit enfin ravie !

Si-tost que Louis eut appris Que Sery n'estoit plus au Monde , Il en eut quelque temps une douleur profonde , Car toujours les Guerriers furent ses favoris. 5^ Il fit partir en suitte un de ses Gentils-hommes

Pour porter dans le Havre au Duc , Père du Mort, Et le plus affligé de ce Siècle où nous sommes , ' Dequoy le consoler dans un si rude sort ; A I'Abbé Saint Agnan donna la survivance yo Des Charges & Gouvernemens

Que son Père remplit en France Avec tant d'applaudissemens , Et , pour mieux consoler ce Pere de sa perte , Le fit asseurer tout d'un temps -5 Que sa faveur seroit ouverte

Pour ce dernier de ses enfans.

C'est à dire , Dauphin , si je ne suis trompée , Que I'Abbé va prendre l'épée ; Mais qu'il soit marié dans l'an , 80 Si l'on veut conserver la race

Du fameux Duc de Saint Aignan , Et puis , pour prévenir la mortelle disgrâce

Qui ravit son Frère à son Roy, Qu'on donne à son courage un glorieux employ !

3^ Mais, puisque nous tombons sur le Havre de Grâce ,

Discourons de ce qui s'y passe.

On y vit arriver un Navire Holandois ,

Le dernier jour de l'autre mois ,

Et c'estoit un des six Navires

Qui , joints à Monsieur de Beaufort, Avoient en Portugal conduit jusques au Port Un Objet Couronné digne de mille Empires.

Il avoit , dit-on , évité

La fascheuse nécessité De se brûler luy-mesme , ainsi que les cinq autres ,

Qui , par les ennemis surpris , Apres s'estre éloignez de la Flotte des nôtres , Avoient voulu sauter plustost que d'estre pris.

Ouy, ces six vaisseaux , Prince aimable ,

Croyant regagner sans combats

Les ports de Messieurs les Estats ,

Ont eu ce sort épouvantable :

Ils furent chargez des Anglois Et se battirent bien , m'a-t*on dit , en retraitte , ,05 Mais , à la fin , leurs Chefs , prévoyant leur défaite ,

79 A Mais qu'on le marie. | 88 A Dessus la fin de l'autre mois.

36i 180. — Du 7. Octobre 1666 (Subligny). 362

En tres-avisez Hollandois , Firent sauver dans des chalouppes Leurs équipages & leurs troupes , Et , pour tromper l'espoir de leurs fiers Ennemis , ,,0 Le feu dans cinq vaisseaux par eux-mesmes fut mis.

Jeudy dernier, je fut trompée ,

Quand je crûs que contre I'Ânglois

Nôtre Flotte estoit occupée ;

Dés le vingt cinq de l'aiître mois, ,,- Le Duc de Beaufort, au contraire,

Ne voyant pas de jour à se joindre à Ruiter ,

Avoit repris , sans s'arrester ,

Le chemin qu'il venoit de faire ,

Et l'on dit que , malgré le vent ,

Il a gagné Brest à présent.

Le jeune Comte de Limoge ,

Qui suit tousjours cet Amiral , Et de qui la valeur mérite quelque Eloge , Escrit que ce retour leur fut presque fatal

Et que jamais , dans le voyage Qu'il avoit entrepris chez les Turcs & les Grecs ,

Il ne s'estoit trouvé si prés

De l'heure de faire naufrage.

On me vint dire aussi , Lundy,

Le coup extrêmement hardy

Que trois de nos Navires firent , Qui , n'ayant pu voguer si viste que Beaufort , Qui cingloit devers Dieppe avecque trop d'effort , Trouvèrent en chemin cinq Anglois qu'ils défirent.

Ma fièvre me fait du dépit ,

Lors que j'apprens de ces Nouvelles , Car je souhaiterois faire un effort d'Esprit Pour en bien discourir lors qu'elles sont si belles ,

Et ma langueur, Dauphin charmant,

Ne me le permet nullement.

Tout ce que je puis faire en cette conjoncture Est de vous raconter la chose toute pure.

L'Anglois , tenant environnez

Ces vaisseaux demeurés derrière , En vit d'abord les siens tellement canonnez , Que, sans trop s'obstirfer dans son humeur altiere,

Si-tost qu'il en vit deux à fonds , Sa fuite déroba le reste à nos canons.

Apres cela , les vents contraires 130 Dispersèrent deçà de là ,

Ces vainqueurs de nos aversaires ;

Chacun à l'aveugle cingla.

143 A ayant environnez. | I44 ^ Ces trois vaisseaux reste-

363 i8o. — Du 7. Octobre 1666 (Subligny). 364

Jusqu'à ce qu'un mal-heur étrange

Fit prendre à la Roche le change, ,^^ Et que luy-mesme il se fut mis

Dans les mains de nos Ennemis.

Ce Capitaine redoutable , Dont le nom estoit seul un écueil aux Anglois , Croyant qu'il s'alloit joindre à l'Amiral François , ,60 Fût à sa perte indubitable :

Il prit les Anglois pour Beaufort.

Le nombre des Vaisseaux , leur contenance égale,

Leur marche vers le mes me Port .

Causa sa méprise fatale ,6^ Et fit que, contre leur espoir,

Il s'alla mettre en leur pouvoir.

Ce n'est pas que , dans cette approche, Il ne leur fist sentir par les coups de son bras

Qu'il avoit vrayment Nom La Roche ,70 Et que cet accident ne l'épouventoit pas ;

Mais cent fois vainement il se mit en deffense.

A la fin , ce Lion fut pris ,

Et conduit dans un lieu , je pense , Où l'on luy fera voir qu'on le croit de grand pris.

On me mande de I'Angleterre

Que bien du monde y couche à terre

Et qu'on ne sçauroit concevoir

Rien de plus pitoyable à voir. On dit qu'on tirera de ce mal-heur funeste , ,3o Du moins, ce bon-heur consolant

Que le cruel feu de la peste

N'y sera plus si violent ,

Et que les ardeurs consumantes De vingt mille maisons que l'on y vit brûler, ,85 Ayant fort purifié l'air,

En auront pu bannir ses fiâmes pestilentes. Mais j'en craindrois plustost de contraires effets ;

L'air fort de plusieurs lieux infects,

La puanteur qu'y peuvent rendre ,90 Dix mille corps ensevehs

Sous trois ou quatre pieds de cendre ,

Le manque de vivre et de lits , Les injures de l'air qu'il faut que l'on y souffre , Faute d'avoir des lieux propres à se couvrir, ,c)5 A mes yeux paroissent un gouffre

Où LoNDRE achèvera peut-estre de périr.

On parle toute-fois de rebastir la Ville

Mieux qu'elle n'estoit autrefois :

Ce projet , se faisant par un de ses bons Roys ,

Pourra n'estre pas inutile ; Mais , la perte montant à trois cens millions ,

l"]} A Mais il se mit cent fois vainement en deffence. 187 A Mais moy j'en crains plustost de contraires

[effe cts.

\^\ A Dessous un pied ou deux de cendre. 194 A Un lieu dont pouvoir se couvrir.

i8o. — Du 7. Octobre 1666 (Subligny).

Quelque plâtre dont on la pare , Il faut pour rétablir une pièce si rare De grandes réparations.

En ce moment , un homme, à qui la barbe est grise , Et qui veut , me dit-il , que je le tympanise , M'apprend que , sur l'avis que le Duc de Beaufort

Estoit à Dieppe dans le Port , On a remis en Mer la Flotte de Hollande , Et qu'on la vit , le trente , à la hauteur d'OsTENDE. On adjouste à cela que I'Amiral Ruiter A bon dessein de joindre une Flotte si belle ;

Mais de tout cela , bagatelle.

Beaufort est retourné dans Brest sans s'arrester, Et le vent emporta le Hollandois malade

Un peu trop tost de nôtre rade.

Je sçay qu'il est pourtant , dés le second du mois ,

Aux Dunes mesmes des Anglois , Attendant que leur Flotte exerce sa vaillance ; Mais je croy qu'il aura besoin de patience.

L'Empereur a donné le plaisir d'un Balet Au Commandeur de Gremonville , Qui n'estoit , dit-on , pas trop lait.

Cet Ambassadeur est habile Et non moins connoisseur en divertissemens , Qu'il conduit , quand il veut , avec mille agrémens , Qu'il a d'adresse & de prudence Dans les affaires d'importance.

A Lisbonne , on en fait de mesme :

Ce ne sont que jeux , que plaisirs

Et que magnificence extrême ,

Et mesme qu'amoureux soupirs.

Le vingt-huitiesme d'Aoust , chacun y vit l'Entrée De l'Auguste Nemours , qu'on y veut adorer, Et les Marchands divers avoient fait préparer,

Chacun , dit-on , pour sa contrée , Les plus riches apprests qu'on eust sceu désirer. Cette Nouvelle Reyne , en se faisant paroistre

De temps en temps à sa fenestre ,

Y met le Peuple Portugais

Dans le comble de ses souhais.

On y court les Taureaux , on joue à tirer l'Oye ,

Afin que la Reyne le voye

Et d'en prendre l'occasion De la voir elle-mesme avec attention.

202 Ce vers m. dans B C.

204 A D'estranges.

233 B C y vis son Entrée.

A elle y fit son entrée.

234 Ce vers m. dans A.

235 A y firent.

238 A La Reine , qui s'y fait paroistre

367 i8o- — Du 7. Octobre 1666 (Subligny) 368

Enfin , MON ADORABLE PrINCE ,

Je sçay qu'il n'est pas de Province Du Royaume de Portugal Qui ne gouste à longs traits ce bon-heur sans égal. 250 II n'en est pas mesme des nostres

Qui ne publie à haute vois Le plaisir qu'elle sent qu'un cher Objet François Fasse ainsi le bon-heur des autres.

Moy seule j'ay ce grand mal-heur 235 Que , quand j'en aurois , ce me semble ,

Plus que tout l'Univers ensemble , La mort de mon Amy m'accable de douleur. Ouy, Sery, sortant de la vie, Aux regrets m'a toute asservie.

260 Prince , n'en soyez point jalous ;

J'en rapporte la cause à Vous :

Je l'aimois tendrement , je n'en fais point la fine , Parce qu'il se plaisoit à me voir discourir De voste Ame toute divine 263 Et qu'on ne peut manquer par là de m'attendrir.

A Paris. , Che{ Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.

La signature de l'auteur et l'adresse du libraire manquent dans B C , qui placent ici la date.

{A La Muse de Cour 1666 (voy, tome I , col. 909) , pp. 137-164. B La Muse Dauphine 1667 — 175-184.

C La Muse Dauphine 1668 — 173-184.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 10. Octobre 1666.

Belle & précieuse Personne , Qui recevez de la Couronne Mille Brillans de tous cotez Et qui , par l'auguste Naissance

5 Et les Degrez de l'Alliance ,

Touchez à tant de Majestez , Princesse , di-je , ainsi des mieux Apparantées , Aussi-bien que des mieux rantées , Voici nos Vers tous frais éclos.

10 Soyez en , s'il vous plaît , Maraine favorable ,

i8i. — Du 10. Octobre 1666 (Robinet).

Car, si vous les nommez par un nom honorable , Ils seront en tous Lieux accueillis avec los.

De chez-Vous part la Renommée , Dont toute belle Ame est charmée ; Elle naît de vos Sentimens , Et c'est enfin par vôtre Estime Qu'on passe à l'Honneur légitime Qui triomphe des Monumens.

S'il prenoit à quelqu'un envie

20 De s'en aller en Moscovie , Tres-froidureuse Région , Pour suivre la Religion Qu'à la Grecque Illec on professe [Pour moy,si j'y vais, qu'on m'y fesse),

25 II sçaura que , selon les Loix , Il doit une seconde fois S'y régénérer au Baptême Et recevoir un nouveau Crème.

On dit qu'à Moscou , sur ce Point ,

30 Le Peuple ne s'accorde point , D'où s'ensuit beau remu-ménage , Les uns dizans que c'est l'Usage De tout temps pratiqué chez-eux , Et les autres-., moins scrupuleux

33 Et qui n'en font mêmes que rire , Soûtenans qu'il le faut détruire.

Or le Grand Duc , chaussé , dit-on , De l'ancienne Opinion , Veut absolument qu'on la suive ,

40 Sans qu'en faux sur ce l'on s'inscrive , Et fait écorcher les Retifs , De pied en cap , & voire vifs ; Lequel avis aussi je donne Afin que , si quelque Personne

43 Ne veut pas mourir comme un Veau En sa jeune & sa vieille Peau , Elle coure à I'Ecorcherie Dudit Grand Duc de Moscovie.

Les Suédois , un peu testus , 50 Tiennent toujours dans leur Blocus Brémen serré d'étrange sorte; Mais, d'autre part, on nous rapporte Que les Assiégez , belliqueux , Sont du moins aussi testus qu'eux 53 Et qu'ils leur font , dans leurs Sor- De si fâcheuses Reparties [ties ,

Que Maints s'en trouvent étourdis

Et dignes d'un Deprofundis , Si Deprofundis au Vandale 60 N'étoit pas Pierre de scandale , Car au Ciel tout Vandale mort Peut entrer sans tel Passeport.

L'Empereur attend , en Extase, La Beauté qui sera la Base

63 De ses plus amoureux Transports Et , sur les ravissans rapports Qui lui sont faits de son approche , A présent , sans nule Anicroche , Il bénist sans cesse les Cieux

70 Pour un Bonheur si précieux.

Il détache aussi de son zélé Mille soupirs au devant d'Elle , Qui vont lui dire élégamment :

« Princesse , avancez promptement ;

73 » Le Cœur qui vers vous nous envoyé » Se prépare à mourir de joye » Plus de dix fois, en l'heureux Jour » Où les Dieux d'HvMEN & d'AMOUR, » Lors bien d'accord l'un avec l'autre,

80» Le feront pâmer sur le vôtre. »

Les Musulmans , antichrêtiens , Menacent fort les Vénitiens , Ce dit-on , dans la Dalmatie ; Mais cela certe les soucie ,

83 Je vous proteste , comme rien , Et ces Braves s'en moquent bien.

Les Heiducs seuls & les Morlaques, Par les niches & les ataques Qu'ils leur font jusqu'en leurs Foyers,

90 Arrestent prou ces gros Limiers ; Mais de certaines Bestelettes Que l'on nomme les Cavalettes , Ou Sauterelles autrement , Comme en Egypte anciennement ,

i8i. — Du lo. Octobre 1666 (Robinet

95 Font chez-eux d'étranges ravages.

Elles rongent leurs Vers-Bocages , Grugent leurs Fruits & leurs Raisins, Et , comme Animaux tres-malins , Mangent même leur Bled en herbe,

100 Sans qu'elles sçachent le Proverbe.

On leur donne la chasse en vain , Le Fer & le Feu dans la main , Et l'on croid que, sans se méprendre, Elles renaissent de leur cendre ,

105 Tant on en revoid fourmiller Plus qu'on n'en peut écheniller.

Or le Sénat, par sa prudence , Comme en Affaire d'importance , A fait chois d'un Provéditeur ,

1 10 Tout rempli de zélé & de cœur, Pour derechef donner la Chasse A cette Sautillante Race , Et , s'il n'en peut venir à bout.

On est prest à croire par tout

1 13 Que ces Insectes enragées Ont dans l'Enfer esté forgées , Ou que ce sont les Otomans Qui par, quelques Enchantemens, Se sont déguisez de la sorte ,

120 Afin de mieux servir la Porte.

Nôtre illustre Routier de Mer, Qu'on ne peut assez estimer, ^Beaufortf ^^ HÉROS qui tant se renomme

Qu'on le connêtsans qu'on le nomme,

125 De DiÉPE à Brest est allé , Et sa Flote, ayant là mouillé, S'y trouve à l'abri des Bourrasques , Des Esprits brouillons & fantasques Qui , troublans le calme des Flots ,

130 Déconcertent les Matelots.

Passant de Belle-Ile en la Manj [che

Un jour ouvrable ou de Dimanche , Ces Vents, contre lui mutinez, Firent écart , même à son nez , 135 De neuf de ses meilleurs Navires , Dont l'un, qui n'estoit pas des pires, Que l'on appelle le Rubi , Ayans leur Examen subi , ^e Tomba dans une Escadre Angloise, Blanc Qu'il crût d'abord être Françoise , Le Pavillon , pour son mal-heur, Etant de semblable couleur.

Or , son généreux Capitaine N'eut pas vu son erreur à peine

145 Que , pestant , sans être ébahi , Contre le Sort qui l'a trahi , Il se met dedans la posture De signaler son Avanture Et , s'atachant à 1' Amiral ,

150 Montre un Courage sans égal

Et qui , charmant l'Ennemi même , Fait que , dans sa disgrâce extrême , Il épargne un si grand Guerrier Et ne le veut que Prisonnier ,

135 Comme il le fait tout à son aise , Contre un Navire en ayant seize.

Les Anglois & les Holandois Se sont batus une autre fois (Je vous le di sans menterie) ,

160 Avec la dernière furie. ♦

Jamais on ne veid un tel jeu , Tant par le Fer que par le Feu. Leurs pauvres Flotes , désolées , Ont été toutes mutilées ,

165 Et leurs grands débris engloutis Dans les Flots profonds de Thétis.

Je vous voi , Lecteur, en cervelle, Du débit de cette Nouvelle Qu'aucun n'aura dite avant Moy ;

170 Elle est pourtant digne de foy.

Mais cette Bataille si grande S'est donnée en l'Air vers Ostende :

Ce n'est rien qu'une Vision, Où paroissoit même un Lion ,

175 Qui , tenant demi-quart de Lieue , Se batoit les Flancs de sa Queue Afin d'exciter son courroux Et d'en porter les plus grands coups Vous jugez bien ce qu'on augure

180 De ce beau Combat en figure

Qui, peut-estre, est un conte en l'air; Mais , Lecteur bénévole & cher, Pour moy, j'aime mieux en prédire Que le ressentiment & l'ire

185 De ces chauds Combatans de Mer Se seront dissipez en l'Air , Et qu'en bref la noble Concorde Bannira toute leur Discorde.

Le Roy Breton mande aux Estats

190 Que son Cœur n'y répugne pas, Et j'ay lu moy-même la Lettre Qu'il leur a fait sur ce transmettre , Ecrite en Latin aussi bon

i8i. — Du 10. Octobre 1666 (Robinet).

Que de feu Maître Ciceron.

Rue

»uim-

impoix

l'Hôpi- I delà "ié, au ixbourg Marcel

L'autre Jour, nôtre digne Auguste, Que de chérir il est si juste , Etant par divertissement Venu voir son beau Bâtiment , Fut en l'HÔTEL , je vous assure , De la belle Manufacture [François , Des Points de France ou Points Qu'il admira plus de dix fois , Efaçans, soit dit sans louanges , Les plus beaux des Pays étranges.

Ce Grand Sire en fit des Présens A plusieurs de ses Courtisans , Et fit là provision grande Des Glands de façon de Holande De la Manufacture aussi Par son ordre établie Ici.

Par là, ses Sujets inutiles Sont rendus Ouvriers habiles ; Par là , l'on leur donne moyen De pouvoir subsister fort bien Et , pour un troisième Avantage D'un Etablissement si sage , Par là , l'on aura tout chez soy , Grâce à notre providant Roy, Mais , grâce encore à ce rare Homme Qui , d'ici certe jusqu'à Rome , Ni même ailleurs sous le Soleil, Ne sçauroit avoir son Pareil :

On entend bien que je veux dire , Sans qu'il soit besoin de l'écrire , Ce célèbre Monsieur Colbert Qui la Majesté si bien sert.

De Séri , Comte jeune & brave , Ayant plus d'effet que de bave, Comme , parmi les Alemans , 2n la II le fit voir aux Otomans , lesî^ Avec le Chevalier , son Frère , jdard Depuis DiMANCHE est daus la Bière. M'estant bien informé du Mal Qui causa son Trépas fatal , 235 J'ay sceu que des Chaleurs au Foye De la Mort l'avoyent fait la Proye , Ayans ce Viscère allumé Et totalement consumé ; D'où jepourrois, sans nul sophisme, 240 Conclure, par bon Syllogisme, Qu'il n'est mort que de trop de Feu Et faute d'avoir trouvé lieu

De l'exhaler avecque gloire

Dans le beau Champ de la Victoire.

Un Homme de bonne Maison , Ayant deux Filles en saison De pouvoir goûter les Délices Qu'avec les Déitez propices On goûte après que bien a point

jcqA la Femme I'Homme est conjoint.

Dans l'ordre , avoit pourvu I'Aînée La première par THyménée , Et , comme il le croyoit, fort bien , L'Epous ayant beaucoup de Bien.

253 Mais la principale Monoye Qui devoit produire sa joye Ne se rencontrant pas de poids , Elle en tomba presqu'aux abois , Et de langueur & de tristesse

260 Exhalant des soupirs sans cesse , Faute d'avoir dans son Tourment Le plus petit allégement , Si qu'il fallut, en fin finale , Rompre I'Union conjugale

265 Et la séparer, un beau Jour,

De son faux Monnoyeur d' Amour.

Or, dit le Conte , sa Cadette , Un peu plus fine & plus adrette , Désirant jouer à jeu seur

270 Et se sauver d'un tel mal-heur, Comme un honnête Personnage La recherchoit en Mariage , Elle en fit l'Essay, par plaisir, Et , lui , contenta son désir,

273 Aussi par plaisir, je vous jure , Et vous lui remplit sa Ceinture. Mais , helas ! ce fut à son Dam , Car, au bout des trois quarts d'un N'ayant pas la force de rendre [An ,

280 Ce qu'elle avoit sceu si bien prendre, Elle en trépassa de douleur Et, par cet étrange mal-heur, A son Enfant , au Cimetière , Servit elle-même de Bière.

283 Mais sur deux Sœurs , en vérité , C'est bien de la fatalité ; Toutes deux sont bien mal menées De nos Dames les Destinées.

Le Père aussi ne l'est pas moins ,

290 Qui se void , malgré tous ses soins , Si mal-heureux en chois de Gendre ( Ah ! c'en est assez pour se pendre j

375 i8i. — Du 10. Octobre 1666 (Robinet). 376

Que l'un fait sa Femme jûner, N'ayant pas dequoi lui donner, 295 Et que l'autre , tout au contraire , Fait à la sienne trop grand' chère , En lui fourrant de tels Morceaux

Qu'ils l'étouffent, étans trop gros.

Mais nôtre Lettre est plus que

[pleine ; 300 Sus ! barrons vite nôtre Veine.

Elle est du neufiéme October , Proche Parent de Décember.

4 Paris, Che^ F. Muguet, rue de la Harpe, aux Trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine . 296. A*. — Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802,)

LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU de SUBLIGNY.]

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