‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 122 sur 317 · Du 14. Octobre 1666 (Subligny). 38o · texte numérisé non relu

Du 14. Octobre 1666 (Subligny). 38o

Tu verrois par luy seul la terre possédée , Car c'est la posséder que d'en estre l'effroy; Tu publierois encor qu'enfin sa destinée

Seroit tellement enchaisnée

A des bon-heurs perpétuels Que , quand il pourroit mesme éprouver quelque orage , Il tireroit dequoy s'agrandir d'avantage

Des desordres les plus cruels.

Mais vous demandez des nouvelles,

Je le voy bien , Dauphin charmant ;

Encore , de grâce , un moment

Et vous en apprendrez de belles.

Laissez moy dire encore à nos Peuples François

Ce que je croy leur devoir dire.

Patience pour quelques mois , Peuples , & vous serez sous un fort doux Empire

Louis est fier, jeune , vaillant ,

Actif , robuste , vigilant ,

Pénétrant & grand Politique ;

Il aime l'honneur & s'en pique ,

Il est puissant & tres-heureux ,

Il est juste , bon , généreux ,

Et nous venons mesme d'apprendre

Qu'aux mal-heureux son cœur est tendre :

Sous un semblable Potentat

On doit avoir ce qu'on souhaite.

Laissez-le guérir vostre Estât , Vous scaurez ce que c'est qu'une santé parfaite.

Vous a-t'on dit , Dauphin charmant ,

Que , cette dernière semaine ,

Le fier Gendarme Trois Fontaine

Eut sa grâce assez galamment ?

Comme le Prévost des Gend'armes

AUoit le dégrader des armes

Pour l'exiler, conformément A l'Arrest prononcé de son bannissement ,

Arriva Monsieur de la Sale , Sujet tres-innocent de ce qui s'estoit fait , Qui luy dit que le Roy, par sa bonté Royale ,

Luy faisoit grâce tout-à-fait.

Quelque temps après , le Roy mesme

Luy vint dire luy-mesme aussi Que ce brave la Sale , avec instance extrême, L'avoit cent fois prié de la luy faire ainsi ;

Qu'il luy devoit toute sa grâce ,

Et qu'au reste il reprit sa place ,

Adjoustant ces mots : « va , sers moy, **^ » Et croy que j'auray soin de toy. »

L'envie ne fait pas mon vice

97.98 A Cela soit dit suffisamment. l On m'apprend que . cette semaine

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Et je voy sans regret Trois Fontaine content ; Mais je voudrois, sans préjudice , ao Que le Roy m'en eut dit autant.

On dit qu'une aimable Personne , Dont le mal va vous allarmer, Partit ces jours passez pour aller à la Mer : C'est la Comtesse de Vivonne.

125 Elle est de ces femmes sans pris

Qui choississent plutost , dans le siècle où nous sommes , D'aimer des chiens que d'autres hommes , En l'absence de leurs Maris.

Elle en aimoit un à l'extrême , 130 Qu'elle mitonnoit dans son lit

Avec plus de soin qu'elle-mesme , Et cet enragé la mordit.

En vérité , Dauphin , l'on ne sçait comment faire : Aimez un homme , il peut changer ; 135 Un chien vous peut mettre en danger ;

Et , de quelque façon qu'on fasse cette affaire , On court risque d'en enrager.

Rien n'est plus vray, sur ma parole , Et voicy l'exemple tout frais 140 De l'illustre Anna Bonarolle ,

Qui , peut-estre , en enrage à présent pour jamais. Je vous parle , Dauphin , d'une Vénitienne Qu'on pouvoit appeller une aimable Chrestienne Et dont les yeux, à tout moment, 145 Prenoient un cœur très hardiment.

Elle estoit Noble de Venise , Quant aux escus femme de bien ; Quant au reste , je n'en dis rien , A cause qu'un Galant luy donnoit sa chemise. 150 On dit qu'elle aimoit ce Galant ,

Et mesme d'un feu violent Et tel qu'enfin le veut Venise ou I'Italie , Où , n'estant pas des plus permis De faire impunément folie , 155 On aime ainsi , dit-on, ceux qu'on s'est fait amis ;

Encor ce que je dis n'est-il que pour les femmes ,

Car pour les hommes , Dieu-mercy, Y pouvant sans péril se prendre en d'autre fiâmes , Ils y sont inconstans autant ou plus qu'icy, 160 Celuy dont je parle , le preuve.

Il fut inconstant , & si bien , Qu'Anna n'estant pas à l'épreuve D'un changement tel que le sien , Elle en cacha si mal sa haine & sa colère

is8 A Pouvant facilement.

383 i82. — Du 14. Octobre 1666 (Subligny). 384

,63 Que le SIEUR Bonarolle apprit toute l'affaire.

On se doute , je croy, de ce qu'il fit après ; Il choisit un poignard ou le fit faire exprés , Et dans le sein dolent de sa femme infidelle Fit une blessure mortelle.

170 Ce procédé seroit condamnable à Paris ,

On y plaindroit fort cette Dame ; Mais , comme dans Vï:nise il sied bien aux Maris , On n'y dit rien , sinon : « Dieu veuille avoir son ame ! »

Ailleurs tous les Vénitiens ,75 Ne tuent pas ainsi leurs femmes ,

Mais plutost jettent feux & fiâmes A battre en leur pais les Turcs comme des chiens.

Cette Nation tres-damnée ,

Estant fiere dans la Cannée 180 D'avoir veu le siège levé

De devant la Neufve-Candie ,

Et par un secours arrivé

Se rendant deux fois plus hardie ,

Entreprit , dit-on , un beau jour 185 D'attaquer la Vieille à son tour.

On l'y receut de bonne grâce

Avec grande joye & bon feu ,

Et si bon que , n'estant pas jeu , On y coucha du moins mille Turcs sur la place , 190 Y tuant encor à plaisir

Un des Neveux du Grand Visir.

Un autre que moy pourroit dire

Que ce grand Visir , prenant feu En apprenant la Mort de Monsieur son Neveu , ,95 Aura beau sujet de maudire ;

Mais j'ayme mieux n'avancer rien.

Pour peu qu'un Turc ait d'opulence ,

Il luy naist je ne sçay combien

De Neveux de cette importance ; 200 Et , comme il faudroit du loisir

Pour connoistre une graine en tant de gens féconde ,

Peut-estre que le grand Visir

N'a jamais sceu qu'il fut au monde.

Ce grand Ottoman est toujours 205 A Thebes, avec son armée ,

Et mainte Ville est allumée , Ne sçachant en quel lieu ce torrent prendra cours. On ne sçait si la Dalmatie , Si Cerigo , Cephalonie , 210 Ou Zante en doit estre l'Objet.

Douze mille Chevaux font sa Cavallerie , Vingt & deux mille Turcs forment l'Infanterie Et doivent en tout cas commencer le Projet.

170 5 C comdamnable.

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Au reste , j'ay sceu la Nouvelle ai5 Que l'Amiral Ruiter , incommodé de l'Eau

Qui rend sa langueur plus cruelle , Partit pour Amsterdam , de la Meuse, en bateau. Les EsTATS ont mis en sa place Ls Pensionnaire de Wit , aao Sous lequel la Flotte obéit

Jusques au jour qu*elle repasse.

Elle tient encore les flots , Et la Flotte de I'Angleterre , Qui , malgré le mal-heur qui se mesle en sa guerre , 225 Met encor son espoir en ses bons Matelots ,

Plus fiere que ses infortunes , Veut sortir encor de ses Dunes.

Je luy conseille , toutefois , De retourner plutost au fond de la Tamise 230 Jusqu'à ce que sa Ville en estât se soit mise

De la remettre en Mer une seconde fois ,

Car, dans un destin si funeste , Elle feroit tres-mal de jouer de son reste. Je finis & ne dy plus rien , 23c Sinon que Brème est assiégée ,

Mais qu'elle se deffendra bien Avant que Wrangel l'ait rangée.

Et qu'on dit que , dans peu de jours , Elle attend un puissant secours.

240 Adieu donc , DAUPmN que j'adore ;

Mon sang s'échauffe en écrivant ,

Et je craindrois qu'en poursuivant *

Ma Fièvre ne revint encore

de subligny.

A Paris , Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rue Daiiphine , devant le Pont-neuf, Avec Priv:lège du Roy.

Extra icT du P ri vi lege du Roy.

Par Lettres Patentes du Roy signées & scellées du grand Sceau de cire jaune, en datte du quatorziesme Avril 1666, il est permis [poy. tome I, col, ço^y.)

La signature de l'auteur, l'adresse du Libraire et /'Extraict du Privilège ne se trouvent que dans A. — B C placent ici la date

{A La Muse de Cour iô66 (vry, lome I. coL Q09) pp. 165-172. B La Muse Dauphine 1667 — 185- 191.

C La Muse Dauphine 1668 — 183 191.)

210 Ce vers m. dans B C 221 A Dessous qui.

[Par Charles ROBINET.]

Du 17. Octobre 1666.

Objet brillant & glorieux Pour qui je fais rouler la Presse , Je doi préparer vôtre Altesse A prendre tout son Sérieux , Car je débute , en cette Epître , Certainement par un Chapitre Qui sera plein de gravité.

Mais je suis prié de le mettre , Et même l'on a crû que vôtre Pieté

Le pourroit bien permettre.

Madame , je n'en doute point ,

Je n'ay nule peine à le croire

Et je sçai que vous faites gloire

De vous signaler sur ce Point ;

Mais je dis , moy, que ces Matières

Ne sont nulement Gazetiéres

Et qu'on doit les traiter ailleurs.

Nonobstant pourtant tout scrupule , Et quoi qu'en puissent dire & maints & maints Lecteurs , La chose va passer sans plus long Préambule.

A RoYE , au Climat des Picards , Qui la plusparî sont de francs Gars .

Et de Conscience sans fraude, Hors-mis qu'ils ont la teste chaude , 25 Un Soldat de la Garnison Etant, ce dit-on, sans raison Condamné , par un fâcheux rôle, De faire en l'Air la capriole , Madame Une Dame dc probité Et d'une haute pieté , Bien instruite de son Affaire , Lui fit prendre le Scapulaire , Dont l'on ne peut trop la louer, , Et l'obligea de se vouer, 35 Tenant lors en sa main un Cierge , Avec confiance à la Vierge.

En suite , cet Infortuné Sans grâce au Supplice est mené .

de Gavoye

Et le Carnifex , certe habile

40 Autant qu'aucun d'une autre Ville , Fait si bien sur lui son devoir Que mort à tous il le fait voir.

De plus , le pauvre Corps demeure Au Bois funeste plus d'une heure ,

45 Tandis que , pour entièrement Exécuter son Jugement, On s'en va quérir une Claye ( Cette circonstance est tres-vraye ) Pour le traîner par la Cité

50 En Duéliste détesté , Puis le jetter à la Voirie , Où finit la Cérémonie.

Néantmoins , trois heures après , Quelques Soldats allans exprés

55 Pour lui donner la Sépulture ( O la merveilleuse Avanture!)

i83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinet).

Apperçoivent dans ce moment Encore en Lui du mouvement , Et , dedans le plus proche Giste

60 Le portans ensemble au plus viste , Il n'est pas là si-tôt saigné Qu'à la Vie il est ramené ; Et , dés le lendemain , Dimanche , Ayant pris sa Chemise blanche ,

65 II fut à la Messe , en santé , Comme si de rien n'eust esté.

Chacun là dessus l'apostrophe, Notaire, Avocat, Philosophe, Officier, Soldat & Bourgeois ,

70 L'interroge cent & cent fois ,

Du Mont Et , lui , répond que nôtre Dame ,

caruiei q^^ toùjours dcpuis il réclame ,

Etant entrée en sa Prison ,

Comme il étoit en Oraison

75 Et revêtu du Scapulaire .

L'avoit, d'une voix haute & claire, Asseuré qu'il n'en mourroit point.

On dit même que, sur ce Point , Dont je croi que le Prêche endesve , Fauîref ^^^ Prélats d'AMiENs & Glandesve Jean-Dû- L'out exactement entendu , Et le Miracle reconnu.

minique Ithier]

On écrit encor , de Corbte , Qu'un épouvantable Incendie ,

83 Qui s'en alloit mettre en Tisons D'un bout à l'autre les Maisons , S'étoit éteint aussi, n'aguére, Par la Vertu du Scapulaire Qu'un Soldat de cette Cité

90 Avoit dans les fiâmes jette , Et qui fut , après l'Avanture , Retrouvé mêmes en nature.

Je le croy, mais le croira-t'on Chez nos Messieurs de Gharenton

95 Et parmi nos fortes Cervelles ?

Diable-zot , ouida , bagatelles !

Mais , à propos d'embrasement , On va travailler promtement ( De cela je puis vous répondre )

100 A remettre sur les pieds Londre , Et bien plus belle , en vérité , Qu'elle n'a point encor été.

Tout sera de Pierre & de Brique , Tant pour faire à tel Feu la nique

103 Que pour la pompe & pour l'éclat ,

Et c'est de quoi l'on fait état Dans une tres-ample Ordonnance , Où parêt beaucoup de prudance , Ainsi que beaucoup de bonté ,

iioDe I'Anglicane Majesté

Pour ses Peuples, dans leur desastre, Qu'on attribue à ce faux Astre , A ce grand Comète dernier , Dont l'Aspect flamboyant & fier

115 Lorgnoit plus qu'aucune autre Terre Tout le Canton de 1' Angleterre.

Quoi qu'il en soit , je suis d'avis ( Et de bon cœur ceci je dis ) Que , pour r'édifier à l'aise

1 20 Cette Ville qu'on void en braise Et pour en mieux trouver les frais , L'Anglois fasse avec nous la Paix , Y compris , afin qu'on l'entende , Nos chers Alliez de Holande.

123 Mais , sur ce , j'entends certain bruit Qui , bonne foy, me réjouit ; Oui , j'en tire un aimable augure Qu'on pourra cette Paix conclure Et que , cessans d'être Ennemis ,

i^oNous vivrons enfin bons Amis.

A regret je vais vous apprendre

Qu'une Belle à rendre un Cœur ten-

Fut-il Turc ou je ne sçai Qui [dre ,

(C'est la Duchesse de Créqui, 133 De tant de doux Appas pourvue),

Est des Eaux tres-mal revenue ,

Avec ce Mal des plus mahns \éroi'e^

Lequel déteint les plus beaux Teints.

Quelle funeste Compagnie !

140 A quoi, dites-moy, je vous prie ,

Pensiez-vous lors , beau petit Dieu ,

Qui la suiviez en chaque Lieu ,

D'avoir laissé libre passage

A ce Mal sur son beau Visage ?

143 Ah! du moins , mon petit Amour,

Si vous voulez plaire à la Cour ,

Prenez garde que rien ne reste

De ce Mal cruel & funeste ;

Défendez-en sur tout ses Yeux , 130 Où vôtre Feu brilloit des mieux ,

En Ami , je vous le conseille ,

Comme aussi sa Bouche vermeille

Et si petite que rien plus ;

Enfin , sans discours superflus , 135 Défendez-en tout son Visage ,

Ou l'on fera contre vous rage ,

i83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinet).

S'il lui manque un seul des Appas Qu'elle eut avant ce fâcheux cas , Et s'il faut que l'on dise d'EUe 160 Qu'auparavant Elle étoit Belle.

Mais partageons nôtre Soucy :

J'en dois une partie aussi Au beau Chevalier de Lorraine , Qu'on m'a dit être en même peine, j 63 Ha ! quelle Disgrâce pour Luy !

Quel Déplaisir & quel Ennuy, S'il faut qu'après sa Maladie On chante la Palinodie , Monsieur Et que I'Apollon de la Cour , Beuserade Quî douue aux Vers un si beau tour, En fasse en sa noble Ecriture Une moins flateuse Peinture !

Mais si la chose arrive enfin , Plusieurs rendront grâce au Destin 175 D'une telle Métamorphose, Et vous en devinez la cause.

C'est qu'il faisoit trop de Jalous , Et que , tant Galans comme Epous, N'étoyent jamais en asseurance 180 Contre son aimable influance.

En foule viennent les Mal-heurs Et les tristes Sujets de Pleurs.

J'en vais dire un dont je frissonne :

C'est que Madame de Vivonne

183 A vu son beau Corps outragé Par son petit CmEN enragé , Si que la belle Désolée Est à la Mer bien viste allée Pour y plonger tous ses Appas

190 Et se garentir d'un Trépas, Des Trépas le plus redoutable , Ainsi que le plus éfroyable.

Les Dieux l'en gardent par bonté Et veillent qu'en pleine Santé ,

193 Pour nous épargner bien des larmes, Ayant à nud montré ses Charmes Aux NÉRÉIDES & Tritons , Promptement nous la revoyons !

L'autre Jour, nôtre belle Reyne , 200 Dans le Petit Parc de Vincenne Ayant assamblé les Beautez Qui sont toujours a ses cotez , Les fit danser sur les Fleurettes ,

Au Concert des douces Muzettes , 205 Et la charmante de Toussi , Déjà de maints Cœurs le Souci ,

Fille de

Madame

„ la Mare

De ses beaux Pieds fit des Merveilles^^^JJ^^^d^ei Qui passèrent pour nompareilles.

Jugez ce que ne feront pas 210 Ses Yeux & ses autres Appas.

Hier, nos deux Porte-Couronnes, Qui sont d'admirables Personnes , Prirent ensemble le Chemin De leur Château de Saint-Germain , 213 Et Monsieur avecque Madame , Bien assortis de Corps & d'Ame , Vinrent ici dans leur Palais , Où bien- tôt les voir je m'en vais.

Un certain Collecteur de Taille, 220 Ayant Femme de belle taille Et de visage assez mignon , En étoit Jalous tout de bon , Comme un Gueux l'est de sa Besace, La suivant par tout à la trace. 225 Néantmoins I'Officier fiscal , Féru de cet Objet rural , Lui poussant par fois des Fleurettes, Fit tant dedans ses amourettes Qu'elle voulut bien , par pitié , 230 De son mal prendre la moitié Et souffrir, en cette Avanture , Qu'ensemble ils en fissent la Cure.

Mais , désirans , d'un soin pareil , Poser le premier Appareil , 233 D'un Onguent, non miton-mitaine, Ains excellent , chose certaine , Pour la Brûlure de l'Amour, Il se passa maint & maint jour Sans que Madame la Fortune 240 A leur dessein fut opportune ,

L'Epous, plus clair- voyant qu'ARGUS Avec tous ses cent yeux aigus , Empeschant , par sa Vigilance , Qu'ils entrassent en Conférance.

243 Mais enfin l'Officier fiscal ,

Ne pouvant plus souffrir son mal ,^ Qu'un si long-temps rendoit extrê- S'avisa de ce Stratagème. [me,

A minuit , l'Amoureux menteur 250 Va heurter chez le Collecteur Et finement luy fait entendre

1 83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinet).

Qu'un Tel a dessein de le prendre , Et ce Tel est l'un des Huissiers Chargez de faire Prisonniers

255 Ceux qu'on employé à la Collecte, A qui leur Race est fort suspecte.

Le pauvre Diable épouvanté , Croyant que c'est la vérité , Sans croupir au Lit davantage ,

260 Déniche viste du Village ,

Un pied nud & l'autre chaussé , Et presqu'à demi trépassé , Tant il craint de jouer le rôle D'un Homme logé dans la Geôle.

263 Cependant , le Donneur d'avis Et la Collectrice , ravis De pouvoir commancer leur Cure , Y travaillent selon Nature , [mieux ; N'en doutez point , tout de leur

27c Mais , foin ! le Destin , envieux Des plaisirs naissans de ce Couple , Au doux Manège alors si souple , Ne les laisse guère durer, Et les en vient ainsi sevrer.

275 Le susdit Sergent de la Taille , Ayant toute nuit fait gogaille , S'avise , dans sa belle humeur ,

D'aller chercher le Collecteur, Deux heures avant que I'Aurore

280 Eust fait le Point du Jour éclore , Afin de ne le manquer pas.

Il y va donc tout de ce pas , Et d'abord , avec sa Cohorte , Ayant mis bas la foible Porte ,

285 Tout de plein-pied s'avance au Lit Et du Vice-Epous se saisit.

Le Gaillard a beau se défendre Et lui faire le Cas entendre , Comme de Nuit tous Chats sont gris,

290 Pour Dupe à son tour il est pris , Et , sans qu'on lui fasse de grâce , Pour s'être ainsi mis en la place Du pauvre cornu Collecteur, Il faut que de belle hauteur

295 II paye ( dont bien on le raille ) Son Plaisir furtif & la Taille, A cet effet , il est , dit-on , Encor coffré dans la Prison , Où^ontre qui voudra je gage

300 Qu'il a bien changé de langage , Et qu'il n'y dit pas , comme nous ,

Que les Plaisirs dérobez sont bien dous.

Celui qui m'est permis , d'écrire à ma Princesse , Me comble tous les jours de gloire & de liesse.

305 J'ay fait cette Légende , en remuant les doigts ,

Justement au milieu du dixième des Mois.

300 bien est suppléé.

A Paris, Che:( F, Muguet, rue de la Harpe, aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Bibliot. nat., Lc2, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine , 296. A^. — — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU de SUBLIGNY.J

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