‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 145 sur 317 · Du 21. Novembre 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 21. Novembre 1666 (Robinet

250 Contenant la Trahison noire D'un Ariste , son Accordé , Qui , par un tour de Débordé , Après son Contract l'a quittée , Et qu'ainsi , d'une ame irritée ,

255 Elle va cherchant , à dessein De lui mettre un fer dans de sein.

Elle en auroit dit davantage , Sans qu'il survint un autre Orage , Nommé I'Orage des Filous ,

26oAusquels il falut, filant doux , Sacrifier deux ou trois Bources , Qui pour l'heure étoyent leurs re-

[sources.

Ensuite , un terrible Taureau , Bien moins agréable & moins beau

263 Que celui qui dessus sa crôpe Ravit jadis la Nymphe Europe , Vient tout à travers les Guerez , Guidé par le Destin expréz , Qui , de ses deux Cornes mortelles ,

270 Eventre une des Arridelles Par qui ce Coche infortuné Est langoureusement trainé.

Malgré pourtant sa tricherie , On arrive à l'Hôtellerie ,

275 Où chacun se propose enfin D'adoucir un peu son chagrin ; Mais à grand'peine est-on à Table

Qu'avec un bruit épouvantable Une Troupe de Cavaliers ,

280 Ayans quité leurs Etriers , Entrent & sans cérémonie Lorgnent toute la Compagnie , Qui , les prenans pour des Voleurs , Par ses cris explique ses peurs.

285 Mais Elle en est bien-tôt remise , Passant des peurs à la surprise , Quand l'un d'eux, prenant au Collet Tant l'Hermite que le Cadet , Leur dit à peu prés ces paroles :

290 « Ah ! vous voici donc, bonnes Foies » Que nous cherchons depuis deux » Et voila de vos galans tours, [jours, » Sus, venez, mes Dames nos Filles, » Tristes Fléaux de deux Familles ;

295» On s'en va vous mettre en un

[Lieu »

Sans achever, il dit Adieu Et se retire de la Sorte Avecque toute sa Cohorte , Et ce qu'icy j'ajoute encor

300 Est que ladite Arthemidor Est de Fontainebleau Native.

Là s'achève ma Narrative , Et , quand le surplus je sçauray , Mes Lecteurs j'en informeray.

Les trois cent j'ay passé sans doute , Mais quoy? je ne sçaurois finir Quand vôtre belle Altesse ou me lit ou m'écoute , Et je voudrois pouvoir toujours l'entretenir.

J'ay conclud ces Récits le vingt du Mois Onzième , Quelques Ans après mon Bâtême.

4 Paru, Che^ F. Muguet , rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LA MUSE DE LA COUR

[ Par PERDOU de SUBLIGNY. ]

XXVn. SEMAINE.

Du Jeudy vingt -cinquiesme Novembre 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Je vous écris à Saint-Germain Ce que je vous dois d'ordinaire , Mais c'est d'une étrange manière :

Je trace mes vers d'une main 5 Et , de l'autre , je voy les pièces d'écriture

D'un procez qu'on me fait par méchanceté pure. Sollicitez pour moy, vous dirois-je aujourd'huy ; Mais j'ay qui me peut rendre un bien meilleur office Et qui , sans vous choquer, fera mieux mon appuy : 10 J'ay la Candeur du Juge & sa rare justice.

Je devrois bien vous aller voir Et m'acquitter de mon devoir Vers vostre Maman Mareschale.

Je vous néglige par excez ; 15 Mais quand vous aurez des procez ,

Je vous permets , Seigneur , une paresse égale.

Ne laissez pas que de m'aymer :

Je seray bien-tost hors d'affaire ; , Mon sort n'aura plus rien d'amer, 20 J'auray mieux le temps de vous plaire ;

Je n'auray plus à me crotter Le long du Quay, des Galleries , Quand il faudra solliciter Pour répondre à des fourberies.

25 Par parentese , Monseigneur ,

On connoist bien-tost ceux qui sont de la faveur, Car on n'oblige pas le Roy comme les autres De faire balayer devant son bastiment , Et l'on le fait exactement 30 Tous les matins devant les nostres.

BC portent simplement \XV\. Semaine. ( 14^ Car je vous néglige à l'excez.

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Mais revenons à nos moutons.

Je ne seray donc plus si maigre ny si mince , Et peut-estre alors , mon beau Prince , Vostre Muse aura des tétons.

35 Nous dismes fort peu de Nouvelles ,

S'il m'en souvient , Jeudy passé ,

Mais aussi je fus traversé

D'avantures je ne sçay quelles ,

Qui fatiguent jusqu'à l'excez 40 Quiconque songe à des procez.

Disons-en cette fois de belles

Pour reparer ce deffaut là :

J'ay tout ce qu'il faut pour cela ,

Jusqu'aux Nouveautez de Ruelles.

45 Enfin Monsieur de Carcavy

A donc les Médailles en garde ?

Hé bien , Prince , j'en suis ravy.

Qu'à jamais le bon Dieu le garde

Du sort étrange & bien nouveau

Du mal-heureux Abbé Bruneau !

Je manquay bien , je vous l'avoue , Quand je vous dis que cet Abbé Avoit , l'autre jour, succombé »

Sous trois voleurs , dont l'un seroit mis sur la roue. 55 Un meurtrier tout seul , que mesme on croyoit fou ,

Pour le moins , autant que filou , Fit ce massacre épouvantable , Et j'allois pour vous en conter L'histoire toute véritable 60 Quand un petit Barbon me la vint contester.

« Ils estotent trois », dit-il ; « j'en viens de voir moy-mesme » Un qu'on a pris ; l'autre est sauvé

» Et l'autre , S'ÉCHAPPANT d'uNE VITESSE EXTREME ,

» De trois coups de Mousquet est chu sur le pavé. » 65 « C'est donc la vérité , » luy dis-je ?

« Oui » , répondit-il , « tout de bon. » Or jugez si l'erreur est un si grand prodige ,

Et qui ne croiroit un Barbon ?

Je n'en croiray plus que moy-mesme.

70 Changeons cependant d'entretien.

On dit que I'Anglois ne vaut rien , Qu'il est plein d'un orgueil extrême , Et que son extrême fierté

\p4 ^ On i"e pourra voir des tétons.

39 Â jusques à l'excez.

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