Du 24. Décembre 1666 (Subligny
Avez-vous sceu la repartie
Que fit ce jeune Prince au Roy,
Lors qu'il luy demandoit à quoy
Il pretendoit passer sa vie ?
« Envoyez-moi sur Mer, » dit-il, « avec vos gens, ^> Et pour l'Esté prochain agréez mon service; » Et comme ce grand Roy l'eut remis à deux ans : « Faites-moy , » reprit-il , <c un peu plus de justice ;
» Vous le voudrez lors sans effet ,
» Et les autres auront tout fait. »
Je souhaite. Seigneur, plus qu'on ne le peut croire,
Qu'il ait bien tost de beaux emplois :
Ce sera , je croy, cette fois Qu'il me pourra venir de beaux sujets d'Histoire.
Je ne sçay quel bruit court du Comte de Quelus , Que l'on croit tout d'abord & puis qu'on ne croit plus. On veut qu'on l'ait sauvé des mains des Mousquetaires
Qui le conduisoient aux grands Jours.
Mais ce sont de grandes affaires :
J'en croy d'autant moins ces discours Qu'il faudroit , pour un coup de cette force extrême , Qu'un mortel eut osé se jouer au Roy même.
Hé Dieu ! quand je lis quelquefois
Les Annalles de Henri trois , Où Tun de ces Quelus meurt tout couvert de gloire , Au retour d'un Duel entrepris pour son Roy ,.
O fortune ! dis-je , ô Histoire , Combien differes-tu de tout ce que je voy !
Adieu ; je n'ay plus de Nouvelles , Du moins que j'estime assez belles ,
I ,6 A Qu'il fit ces derniers jours au Roy.
162 A « Ah I FAITES MOY, )) dit il.
16s A Je souhaite , ma foy. [la Cour ?
169-176 A Parle-t'on quelquefois de Quelus à Y sçait-oQ, Monseigneur, le bruit épouvantable
Qui court icy depuis un jour
De cet infortuné coupable ?
Je tremble à vous le raconter.
Comme pour le reconfronter [Dame,
On l'eut , dit-on , conduit au Puy de Nostre- Le Marquis d'Espincha , doutant que les
[témoins Ne pussent à la fin perdre une si grande ame,
Quand elle le craignoit le moins ,
Ramassa beaucoup de Noblesse
Du voisinage d'alentour , Alla sur le chemin l'attendre à son retour Et , ne consultant rien pour lors que sa foiblesse,
Qui le faisoit se deffier Que Monsieur de Quelus se pût justifier,
Au mépris de vingt hallebardes ,
De plus de trente Fuzilliers
Et de plus de cent Cavaliers ,
Mit en pièces toutes ces Gardes ,
Tua tant qu'il n'en trouva plus Et leur osta des mains le Comte de Quelus. Il auroyt esté vray si ce fameux coupable
Se fut alors trouvé capable
De jouir d'un semblable sort ;
Mais d'EspiNCHA ne l'eut que mort , Et ce que les Archers des Grands jours de
[Narbonnf.
Avoient fait tout d'abord qu'ils virent le combat
Avoit esté l'assassinat
De ses fils & de sa personne.
180/^ Dans un fameux duel.
583 202. — Du 24. Décembre 1666 (Subligny). 584
183 Pour vous pouvoir entretenir.
Pourtant I'Imperatrice , à la fin , est venue Où depuis plus d'un an elle en vouloit venir ; A son gré Vienne l'a veue.
Son Entrée a charmé les yeux 190 Des peuples arrivez de mille & mille lieux ,
Et fort contenté tout l'Empire.
C'est une Nouvelle à vous dire.
Menise , un certain Espagnol , A sevré le Roy Catholique 195 D'un Royaume dans I'Amerique ;
Il s'en fait , dit-on , Roy luy-mesme : est-il fol ?
Encore un coup , adieu , mon Prince ,
Car je n'ay plus rien de nouveau
Dont l'espèce ne soit fort mince.
200 On voit tous les jours croistre l'Eau ;
On fait observer la Police
Avec une exacte Justice ;
On tient toujours Paris fort net ;
Les Nuits y sont bien éclairées 205 Par les Lanternes qu'on y met ;
Règlement toutes les soirées
Personne n'ose aller sans feu.
Mais c'est trop lanterner , Adieu.
de SUBLIGNY.
EXTRAICT DU PRiyiLÈGE DU ROY.
Par Lettres Patentes du Roy, signées & scellées du grand Sceau de cire jaune , en datte du quatorziesme Avril 1666 , il est permis à Alexandre Lesselin... [Foy, tome /, col. po5J.
A Paris , Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphtne , devant le Pont-neuf.
L'Extrait du Privilège, la signature de l'auteur et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — B C pincent ici la date. — B se termine par le texte du privilège rapporté ci-dessus.
192 A Et c'est une Nouvelle à dire. | 196 A II est fol.
{A La Muse de Cour 1666 fvoy. tome 1 , col. 909), pp. 245-252. B La Muse Dauphine 1667 — 282-290.
C La Muse Dauphine 1668 — 282-290).
[Par Charles ROBINET.]
Du 26. Décembre 1666.
C'est trop faire Quartier , Belle Altesse , aux Douleurs
Le Cœur d'une grande Héroïne
Ne souffre pas qu'elle s'obstine A pousser des Soupirs & répandre des Pleurs. L'Amour voudroit aussi vous voir d'une autre sorte Employer ces beaux Jours que le Dueil vous emporte Par Exemple à refaire un aimable Héros. Pour le Bien de l'Estat & vôtre propre Gloire , Faites viste ce Coup : on le juge à propos ; L'on en fera parler la Sujte de l'Histoire. Et cependant voici vôtre nouveau Tribut ,
Après ce beau petit Début.
Précieuse & grande Henriette , On espère que la Diète
•5 Fera du Bien aux Polonois Plus que celles des autres fois.
En ce Lieu, l'on éleut n'aguere Un Maréchal, lequel sçait plaire, Appelle le Sieur Oborski ,
20 Qui n'est pas un Je ne sçai qui , Mais un tres-galant Personnage Intelligent , courageux , sage.
Les Nonces , comme bons Amis , Furent . dit-on , en suite admis
25 A baiser la Main à leur Sire , Apres que Luy, qui sçait bien dire (J'entens ce brave Maréchal) , Eut fait un Discours fort légal.
11 fut suivi de la Harangue
30 Encor d'une autre belle Langue , A sçavoir du Grand Chancelier Dont l'on fait un Cas singulier ; Lequel , par de dignes Semonces , Convia ces Messieurs les Nonces
35 A s'acquiter de leur Devoir
De tout leur cœur & leur pouvoir.
Or, ayans promis de le faire , Nous verrons un peu cette Affaire.
Mais les Polonois sur les Bras 40 Ont encor d'autres Embarras , Car ils ne sont pas encor quites D'Affaire avec les Moscovites , Et l'on écrit de Lieux divers Que leur Traité va de travers , 45 Ces Drôles estans moins dociles Depuis qu'ils ont dedans leurs Villes Etoufé l'intestin Discord Et même conclud leur Accord Avec le Goth & le Vandale , 50 Qui rend leur fierté sans égale.
Un Prince, nommé Locouis, ILobko-witzj Par des Complimens bien construis, Ayant salué , dans Scot-Vienne , L'Impératrice Autrichienne ,
55 Lui présenta maints Cavaliers En bonne mine singuliers, Dont estoit le Seigneur Ignace Qui , seulement pour la grimace , Voulut paréstre Incognito
60 Et passer là pour un Zéro ,
2o3. — Du 26. Décembre 1666 (Robinet).
Devant la Reyne de son Ame.
Mais bientôt à Tillustre Dame Il découvrit , le Chapeau bas , L'humble Esclave de ses Appas.
65 Elle , de parole & de geste , Dans sa gloire fit la modeste , Et receut des mieux dans sa Cour Son noble Prisonnier d'Amour.
Ainsi donc , en cette Avanture ,
70 Tous deux , de bénigne Nature , Se traitans fort humainement , Ils entrèrent ensemblement Et seuls , dans un Lieu de retraite , En Conversation secrette ,
75 Qui dura l'heure entière au moins.
Or , quoy qu'ils fussent sans Té -
[moins, On sçait à peu prés ce qu'ils dirent , On sçait à peu prés ce qu'ils firent.
Ils se parlèrent du Damier,
^^ Et même ils purent y jouer , Car on avoit , en belle game , Pour lors la Principale Dame.
Quoy qu'il en fût, une heure après, L'Empereur quittant ses Attraits ,
^3 Elle parut comme une Amante Fort satisfaite & fort contante.
En cas qu'un Tiers soit survenu (Ce qui sera bientôt conu) Dans leur première Conférance ,
90 Comme il n'est pas hors d'apparance, Le Bassa de Bude vraiment Pourvoid non moins diligemment A tout le petit Equipage Nécessaire pour son Ménage ,
95 Envoyant même un riche Bers Pour bercer le beau petit Tiers.
Cette chose est assez comode , Et ce devroit estre la mode [joints. Que , dés qu'on verroit deux Con-
"oo D'autres prissent ainsi les Soins, Par obligeante prévoyance , D'envoyer avec diligence Tout ce qui pourroit convenir Au petit Poupon à venir.
105 Mais , las ! il est de si sots Hommes Dans le fâcheux Siècle où nous
[sommes, Qu'ils ne pourroyent voir un tel soin Sans en avoir quelque Tintoin , Et , d'autre part , la Médisance
» >o Est si maligne que je pense Qu'elle gloseroit sur ce Point.
Bien donc , qu'on ne le fasse point.
De la Cité du tres-SAiNT Homme (C'est comme qui diroit de Rome)
1 15 On écrit une Nouveauté Qui vaut la peine , en vérité , D'estre dite & d'estre écoutée. Peut-estre vous l'a-t-on contée ?
A tout hazard je vous l'écris ,
120 Comme je la sçais d'une Iris Laquelle a beaucoup de mérite , Et de la sorte me l'a dite.
Des MoYNEs de Camaldolid A Frescati faisans leur Nid
'25 (Ou bâtissans leurs Monastère) , Comme on poussoità fonds l'Affaire Et qu'on fouilloit des Fondemens , Vieux tout au moins de deux mil
[ans, Un Bruit sourd, donton s'émerveille,
'30 S'oid & met la Puce à l'Oreille [leurs. Tant aux Moines qu'aux Travail- Ceux-ci pour lors font les bailleurs, Et ne vont plus (voyez l'adresse) En Besogne que d'une fesse.
^35 D'où vient cet Engourdissement ?
C'est qu'ils croyent très- fermement Que ce Bruit indique une Cache Où quelque beau Trésor se cache , Et qu'ils désirent fort entr'eux
'40 Qu'il ne se montre qu'à leurs Yeux. Mais leur finesse est apperceue , N'estant que de fil blanc cousue , Et les Patres , plus fins que niais , Les font agir de si bon biais
145 Qu'enfin on trouve le Mystère , Mais tout autre qu'on ne l'espère.
On apperçoit dans le moment , Non sans beaucoup d'étonnement , Deux Lumières qui s'éteignirent
i5oSitost que l'Air elles sentirent ; Et c'estoyent de ces vieux Romains , De ces grands Hommes plus qu'hu-
[mains, Deux des Lampes incombustibles , Immortelles, inextinguibles,
"3=i Dont le Secret meurt avec eux.
Or, à la lueur de ces Feux , Reposoit leur fameux Camille, Dont la Gloire en l'Histoire brille ,
2o3. — Du 26. Décembre 1666 (Robinet)
Ce célèbre & grand Dictateur , >6o Dont l'aspect fier fit encore peur A cette Troupe Spectatrice De sa Personne Dictatrice, Qui, dans ces Ombres de la Mort , Sembloit même braver le Sort.
165 On le conut à deux Médales Valans plus de cent Richedales , Où son Buste & sa Qualité Estoyent d'un & d'autre Gosté.
Et c'est comme les plus grands
[Hommes 170 Depuis Adam, mangeur de Pommes, Ont vu terminer leur Destin Et comme passeront enfin (Nécessité certe un peu triste) [piste.
Tous ceux qui viendront sur leur
175 On discourt encor de Débats , De Factions & de Combats , Dedans le Royaume d'Ecosse Où croissent peu de Pois en Cosse.
Des Brouillons se sont gendarmez ,
ï8o Et , ce dit-on , marchent armez De Faulx & de grosse Massue , Crians par tout : mort , teste , tue ! Mais on ajoute neantmoins Qu'on prétend avec quelques soins
185 Dissiper leur fiere Cohorte, Et qu'on s'y prend de telle sorte Qu'on a déjà tué cinq cens De leurs plus vaillans Combatans.
Le dernier Mardi , fut bénie 190 Avec grande Cérémonie ,
illaumePar l'EvESQUE DE PÉRIGUEUX ,
L'Eglise au Bâtiment pompeux Des AuGUSTiNS portans Sandale , De qui l'Ame est toute Royale.
, 195 Le jour d'après , où le Soleil Voulut éclairer l'Appareil ,
rdoain Notre Archevesque Vénérable ,
eflxe] D'une prestance autant Papable Que soit aucun autre Mortel, 200 Au Maître & magnifique Autel , Célébra la première Messe, D'un air qui , je vous le confesse , Comme on conoît sa Probité , Vous inspiroit la Pieté.
[2 «05 Au reste , une grande Musique ,
Sous Ferdinand, Maitre authentique,
La
Rochelle
en
Faisant des Accords tres-charmans Et des Voix & des Instrumens , Du Spectateur charma l'Ouye
210 Durant cette Cérémonie ; Si bien que chacun s'en alla Fort content d'avoir esté là , Hors deux ou trois qui, sans resource.
En ce Lieu . perdirent leur Bource ,
215 Que des Filoux devotieux Par zèle mirent devers eux.
Mais à quoy pensé-je ? j'oublie Le Point qu'il faut que je publie :
Que le Père de nôtre Roy ,
220 Ayant réduit dessous sa Loy Le Boulevard où I'Heresie Entretenoit sa Frénésie , Comme il estoit des plus pieux , Etant de retour en ces Lieux
225 Apres cette pénible Guerre , Fut poser la Première Pierre De ce beau Temple , sous le nom (Qui le rendra d'un grand Renom) De Nôtre-Dame de Victoire,
230 Ce Prince consacrant la Gloire De ses plus célèbres Explois A la Reyne de tous les Rovs.
C'est ce que Louis Quatorzième , A son Exemple , fait de même ;
235 Et c'est d'où vient à cet Estât Tant de Bonheur & tant d'éclat.
Monsieur Colbert dç Saint Pou- Sujet d'une haute Louange [ange , (On en jureroit sur le Nom) , 240 Est digne Evesque de Mascon.
Chez les Religieux d'un Ordre ^e^
/^v i> ^ • . , Minimes
Ou 1 on ne trouve rien à mordre , deia
Vivans saintement à mon gré , ^oyail
Ce nouveau Prélat fut sacré 245 Avec beaucoup d'éclat , n'aguere ,
Comme il sied bien en tel Mystère.
Tout alla d'autant mieux aussi
Qu'un Père, nommé de Furci ,
Qui surpasse tous les Génies 250 Pour de telles Cérémonies ,
S'estoit meslé de Celle-là ,
Et je dis tout, disant cela.
Non, ce n'est pas encor tout dire,
Car je trouve , achevant de lire 255 Le Mémoire qu'on m'a donné ,
2o3. — Du 26. Décembre 1666 (Robinet).
Que d'un tres-opulent Disné Plusieurs Gens à Teste fendue Furent régalez à l'issue ; Entre lesquels , au premier rang , 360 Estoient l'Evesque Consacrant Et les deux Assistans , je pense ; Et voila tout en conscience.
Veillez dire un Deprofundis Pour le Sieur Marquis de Sourdis.
265 Enfin , ce brave Personnage , En I'An quatre-vingt de son Age , A succombé dessous Cloton Qui , las ! lui serroit le Bouton Depuis mainte & mainte Semaine ,
270 Perdant son escrime & sa peine , Tant dudit Seigneur de Sourdis Les jours se trouvoyent bien ourdis.
Mais , comme il faut que tout tre-
[passe Et, bon gré, malgré ses Dents, passe
275 Dessous la Pâte de la Mort , Bien qu'il fut courageux & fort Et qu'il sceût si bien se défendre , Il lui fallut , Mardy, se rendre.
Son Gouvernement d'ÛRLÉANS
280 Vaqua dedans le mesme temps
Au Roy qui voudra le demande ; Je ne croi pas que j'y prétende.
L'auguste Balet des Neuf Sœurs , Où l'on void d'excellens Danceurs ,
285 Divertit toujours à merveille
La Cour des Cours la nompareille , Et , parmi les Objets poupons Lesquels font là des Pas mignons , Toussi , cette Grâce naissante,
290 De plus en plus est ravissante; De Fienne , qu'on ne sçauroit voir Sans mille Attrais appercevoir, Dedans sa Danse parêt telle Qu'on meurt de dancer avec Elle,
295 Et du LUDRE , l'ASTRE LORRAIN
Qui des Cœurs s'empare soudain , Par sa belle & forte Influance , Les prend Illec comme en Cadance.
Divine Altesse à qui j'écris ,
300 Vous sçavez tout ce que je dis ; Mais, comme ma Lettre est publique, Aux Lecteurs aussi je l'indique.
Sur ce , je ferme mon Cornet Jusqu'en Six cens soixante & sept ,
305 Et par là , sans la Date mettre , On peut voir de quand est ma Lettre.
Fille
Mada
la
Marée'
de 1
Uot\
Cesdi
sont 1 1
Madajj
. / Paris , Che:( F. Muguet , rue de la Harpe,, aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.
(Biblioth. nat., Lc^ , 22. Rés. — Biblioth- Mazarine , 296. A2
— Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802.
— Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
305, sans le Daïc
FIN DES lettres EN VERS DE l'aNNÉE 1666.
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET. )
Du 2. Janvier 1667.
Bon Jour, bon An, belle Princesse!
Puissiez-vous , selon mon souhait , Passer tout ce Soixante & sept Avec une pleine alaigresse.
5 Que les Jeux , les Ris , les Amours Fassent pour Vous de tous les Jours Une Trame d'Or & de Joye ; Que tout y flate vos Appas Et que , même en Hyver, on voye
«o Les Fleurs y naître sous vos pas !
Mais ce n'est pas assez encore ; Si le Ciel écoute ma voix , Vous aurez un Fils dans neuf mois , Plus beau que l'Enfant qu'on adore.
15 Auguste & noble Sang des Dieux , Voilà quels sont mes justes Vœux Pour Vôtre Altesse sans seconde ; Apres quoy, je vais parcourir Presque toute la Terre & l'Onde ,
30 Et de cent Peuples discourir.
Dans les Indes Orientales , Comme dans les Occidentales , On se donne maints horions Entre diverses Nations ,
25 Pour la Canelle & pour le Sucre , Dont il se tire un très-beau lucre; Pour la Muscade & le Petun , A présent aimé d'un chacun ; Pour le Girofle & le Gingembre ,
30 Pour le Corail , l'Ivoire , l'Ambre , Pour l'Indigo , pour le Coton , Dont un Coussin est assez bon ; Bref , pour Diamans & pour Perles , Qui n'ont pour rime que des Merles.
35 Mais on dit que certains François Sont là du Commerce les Rois ,
Et, quoy qu'on puisse faire ou dire, Qu'ils ne font que batre, qu'en rire.
Et , pour tout dire rie à rie , 40 Tirer le Profit du Trafic.
Ceux que Sauvages l'on appelle , Peuples de nature cruelle , Les Iroquois & les Japons , Au lieu de Perdrix & Chapons ,
45 Font souvent servir sur leurs Tables, Dans leurs Banquets plus délecta- Les Hommes lardez & rôtis, [blés, O quels Mets ! ô quels Appétis !
Chez ces gloutons Antropophages
50 N'allez pas, si vous êtes sages Et si vous voulez que les Vers Quelque jour dissèquent vos chairs.
Les Chinois, autres Gens barbares, Ennuyez du Joug des Tartares ,
55 Qu'ils voudroyent tous voir au Car- Les devoyent, à ce jour de l'An, [can. Donner au Diable en bonne Etreine.
Je suis présentement en peine De sçavoir ce qu'ils auront fait ;
60 Mais cependant , moy, de bon hait , Ces Chinois au Diable je donne Et pour néant les abandonne , Pour n'avoir pas en temps & lieu Voulu se donner au bon Dieu
65 Par les soins & par l'entremise Des Ministres de son Eglise.
Le Puissant Prince & grand Mogor, Sans prendre hors de chez luy l'es- A tout ce que le Cœur avare [sor, 70 Peut souhaiter de riche & rare :
204 — Du 2. Janvier 1667 (Robinet).
Les Perles , l'Or, les Diamans ; Ses Palais , ses Ameublemens Sont tous brillans de ces Richesses , Et telles en sont ses largesses 75 Que , ce dit-on , ses Courtisans Sont accablez de ses Présens.
Les Vaillans Peuples de la Perse , Dont fut Roy défunt Artaxerce , Etoient venus sur les Mahoms
80 Avec de grosses Légions , Pour reprendre leur Babylône ; Mais ils ont, tout du long de l'aune, Eté pour leur peine batus , Et leur grand Sophy fait victus ,
85 De telle sorte qu'il enrage ,
Apres un tel desavantage,
C'est D'avoir poussé vers Baguedet.
la même , f, '
ville de A la mal heure, son Bidet.
Babylone.
Ces Mahoms ouTurcs (il n'importe) 90 Font de grands Projets à leur Porte. S'il faut qu'ils en viennent à bout , „ . ^®^ Ceux de Saint Marc sont mal par
Vénitiens , . . , /-, r
Je les VOIS privez de Candie [tout ; Et de toute la Dalmatie , 95 Et peut-être Eux mis dans les Fers , Ce qui seroit un grand revers.
Mais , avec un Si , par merveille , On mettroit dans une Bouteille La Terre & les Cieux à la fois ; 'ooEt, pour parler meilleur François , Si la Bouteille peut suffire , Le Miracle s'en va sans dire ; Mais Si... vous m'entendez. Lecteur, Sans trop faire le Raisonneur.
105 Les francs Taupins de Moscovites, Voulans étendre leurs Limites De l'un ou de l'autre costé , Comme ils ont conclud leur Traité Avecque la Cent Suédoise ,
1 10 Veulent avec la Polonoise , Ce semble , encore ferrailler Et, c'est à dire, batailler; Prétendans que son Mal redouble Et pouvoir pescher en Eau trouble.
« 15 En effet , cette Nation
Est toujours dans l'émotion ; Elle a certaine Intempérie Dont l'on ne peut la voir guérie , Et cela luy vient , ce dit-on ,
'2oD'un Mal nommé I'Election, Mal tout-à-fait symptomatique :
On m'entend sans que je m'explique.
Pour promtement la secourir Et , s'il se peut, pour la guérir ,
125 On l'a remise à la grand' Diète.
Sans donc que l'on s'en inquiète, Il faut attendre , & l'on verra Si la Diète la guérira.
Les Danois , par leur Alliance 130 Notamment avecque la France , Qui n'est pas un mauvais Appuy (Et plusieurs pourroyent aujour- Loin sur ce de me contredire, [d'huy, Assez justement le souscrire) , ^35 Sont à couvert à cette fois Du Houragan des Suédois, Qui certe est un étrange Orage , Qui mit à deux doigts du Naufrage, N'aguére , ce RoYAUME-là 140 Et l'écorna , par-ci , par là.
D'une manière assez notable Et que je croi peu réparable.
Mais laissons-là les maux passez ; C'en est sur ce Chapitre assez.
'45 Ces Suédois , Gens plus belliques Dix mille fois que pacifiques, Cherchent par tout maille à partir, Et Brémen l'a bien sceu sentir.
Ah ! des Voisins de telle sorte
'50 Sont bien fâcheux, le Diantre em-
[porte , Et prés d'eux on est peu certain D'avoir , comme on dit. Bon Matin.
Les Impériaux, dontles Aigles [gles Se trouvent beaucoup moins Espié-
^33 Qu'ils n'étoyent dessous les Romains, Sont d'alaigresse aujourd'huy pleins De voir leur jeune Souveraine , Car, enfin , la chose est certaine Qu'à son Illustre Epous , Illec ,
'60 La Belle a dit Salamalec , - Et qu'à Vienne , fort décorée ,