‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 182 sur 317 · Du 6. Février 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 6. Février 1667 (Robinet

Avoit senti le mortel Dard , [part. Dont ne nous couvre aucun Rem-

^43 Son Mal , qui venoit cI'Ordinaire , Petit à petit , dégénère , Si que dans peu sa Majesté Aura sa pristine Santé Et pourra bien , par avanture ,

250 Au gré de Madame Nature , Augmenter par de doux efforts Les Vivants & non pas les Morts ,

Jeudy, nôtre adorable Auguste , Où tout est grand , tout est auguste,

235 Ayant sans doute dans le Sein Quelque magnanime Dessein , Vint encor en Campagne unie , Suivant son Martial Génie , Voir les Troupes de sa Maison ,

260 Que l'on croid sans comparaison Et propres à toute Conqueste , Ayant ce Monarque à leur Teste , Tant Elles ont de fierté A l'aspect de sa Majesté.

^^3 Mercredy, le Duc de Chevreuse , Couronnant sa Flâme amoureuse , Fiança cet Objet charmant Qui de son Cœur étoit l'aimant , C'est à sçavoir la Fille Aînée

270 Que l'on tient tout-à-fait bien née , De l'illustre Monsieur Colbert Qui le Roy si sagement sert, [me , En même temps , & chez lui-mê- Par un autre bon-heur extrême ,

273 Le cher Marquis de Lavardin , Qui ne manque pas de Dindin , Fiança la belle de Luynes , PucELLE à lors des plus poupines, Et nôtre admirable Prélat ,

280 Qui fait tout avec tant d'éclat , Fit la belle Cérémonie , Devant nombreuse Compagnie Qui n'étoit toute que de Grands Tant des Amis que des Parans ,

283 Comme vous le voyez en marge , Et tout du long & tout du large.

De Duc et la Duchesse do Luynes, la Duchiesse de Chevreuse, la Princesse de Guyraené, le Duc et la Duchesee de Soubise, la Duchesse de Pequigni, la Princesse de Bade, le Duc et la Duchesse Mazarin . le Duc et la Duchesse de Saint Agnan , le Chancelier de France , l'Evesque du Mans [Philibert- Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin] et plusieurs autres Personnes de marque.

Après, vmst la Collation Qui , sans amplification , Aux plus belles étoit égale ,

200 Et Lambert, dedans ce Régale , Mêlant un Plat de son Métier, Sceut vsi noblement marier Sa Voix & son Théorbe ensemble ( Et je croi l'ouir, ce me semble) ,

293 Que ses Auditeurs ébaudis

Se creurent dans le Paradis. [Ange, Mais en ce Lieu , non plus qu'un Aucun ne boit , aucun ne mange , Au lieu qu'Ici , sur nouveaux frais ,

300 L'on se repût de friands Mets [mes Qu'en un Souper fait dans les For- On servit en maints Plats énormes ; Pendant quoi divers Instrumens Faisoyent par leurs Accords char-

30=, Une excellente Mélodie. [mans

Après , on eut la Comédie , Et lors , étant plus de Minuit , Le Dieu d'Hymen enfin unit Ces deux jeunes & brillans Couples, 310 Aux Loix de I'Amour des plus sou- Qui s'en allèrent prestement [pies , Chacun en son Appartement Pour exécuter ces Paroles , Qui n'ont point certe été frivoles :

315 CrESCITE , MULTIPLICATE.

Or, pour dire la Vérité , * Ils s'en seront tous , que je pense , Acquitez en leur conscience , Voire mêmes comme à l'envi , 32oDequoi , pour moy, je suis ravi.

Souhaitons que deux beaux Chefs-

[d'œuvres Dans neuf mois sortent de leurs œu-

[vres

Là-dessus je clos mon Ecrit Et dit Bonjour à l'Héroïne 325 A qui de cœur je le destine ,

315 CrESCJTE & MULTlPLICATE.

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Et je voudrois qu'il fut digne de son Esprit.

Tel qu'il est , Février étoit au jour cinquième Quand il eut l'Onction extrême.

.4 Pans , Che^ F Muguet , rut de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Ro}-.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rcs. — Biblioth. Mazarine , 296. A^. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. l 1802. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET]

Du i3. Février 1667.

Je n'oserois me rien promettre :

Mais quoy ? selon que je me sens , Je croirois quasi que ma Lettre Ne sera pas de mauvais sens ;

5 Qu'on y verra flame & lumière

Et quelque nouvelle manière Qui chatouillera le Lecteur , Et que , quoi qu'on ait dit de mes derniers Ouvrages Qu'on dira , de belle hauteur ,

10 Qu'ils doivent tous céder à ces nouvelles Pages.

Toutesfois , je ne veux rien croire , De crainte de me voir trompé Et puis que , sur ma sote gloire , Je ne sois justement drapé.

15 Clion, qui me fait bon visage ,

Peut , comme un Cosaque volage , Me tourner le Dos en chemin.

Ah ! je me dédis donc & croi que mon Epitre De beauté n'aura pas le brin ,

20 Et qu'on n'y verra pas un passable Chapitre.

Mais je vais faire mon possible Pour empescher un tel mal'heur.

Grands Dieux , qu'il me seroit sensible ! J'en mourrois vraiment de douleur.

2s Quoy ? j'aurois écrit à Madame

Une fois sans esprit , & sans grâce . & sans flâme

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