‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 189 sur 317 · III. SEMAINE · texte numérisé non relu

III. SEMAINE

Du Jeudy 24. Février 1667.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Helas ! que de mines contrites On voit déjà dans vôtre Cour Pour n'avoir fait maigre qu'un jour ?

On nommeroit à tort les François hypocrites ; 5 J'en connois , à les voir marcher ,

Qui feroient un scrupule extrême De rompre chez eux le Caresme Et qui ne voudront pas seulement y toucher.

Balet , Bals , Mascarade , Courses , >o Et d'autres plaisirs infinis ,

Qui remplissent l'esprit en vuidant bien des bourses . En ce temps-cy, Seigneur , seront-ils tous bannis ? On dit que nôtre grand Monarque , Qui les a déjà fait cesser , »5 Attendra pour le moins , s'il faut qu'on s'y rembarque ,

Jusqu'à la My-Caresme à les recommencer.

Hé ! mon Dieu , si Ton recommence , Que ce soit par nôtre Balet ;

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Je croy qu'il n'est personne en France *o Qui n'en soit revenu de tout point satisfait ;

Mais pas tant toutefois que Monsieur de Lyonne. Un Roy qui mieux que tous sçait porter la Couronne , A luy seul , à ce que je vis , Dit , luy faisant une agréable avance : >5 « Monsieur un tel , je suis de vos amis ,

» Et je donne la survivance [de la charge de secrétaire d'état et de»

—^ ^ ^ , commandements de Sa Majesté]

» De votre Charge a V0TR,E Fils. [le marquis de Bemy]

» Cherchez l'un de ces jours en France ,

» Pour vôtre Fille , un des meilleurs partis , 5o » Et n'appréhendez point de manquer de Chevance. »

On seroit satisfait à bien moins que cela ; Aussi ce grand Ministre a bien sujet de l'estre :

Il n'a jamais connu peut-estre

Deux amis comme celuy-là.

35 Sortant de ce Balet , plus doux que le Caresme ,

Sçavez-vous ce qu'on fit encor ?

On maria Branquette au Comte de Mont-Lor. ^

Branquette , ce Tendron ? ouy, Branquette elle-mesme :

Elle est Princesse , & tient un Mary si charmant 40 Que plus de cent Beautez en auront de l'envie.

Mais à quoy songe-t'on ? Hélas ! la pauvre Enfant ,

Elle a bien acheté la gloire de sa vie.

Elle ne dormit point la nuit du Samedy,

A cause du Balet où l'on la vit dansante ; 45 Dimanche elle épousa l'Amant que je vous dy ;

C'estoit pour moins dormir encor la nuit suivante.

Jugez , en achetant cela si chèrement , Si le bien luy vient en dormant.

Le Prince d'Harcourt, son Beau-Pere, 50 Luy demanda , dit-on , le lendemain matin ,

S'il faisoit bon coucher avecque son cousin ; Vrayment , c'estoit un beau comte à luy faire ; Qui ne sçait pas qu'aujourd'huy, chez les Grands , Le plaisir est charmant d'une double manière 55 Lors qu'on le communique à ses proches Parens ?

Au reste , Monseigneur , ce couple inestimable Pourra passer la vie ensemble sans ennuy : La charmante Brancas est jeune & plus qu'aimable , Et MoNT-LoR n'en voit point qui soient mieux faits que luy. 60 D'ailleurs nôtre Puissant Monarque

A , dit-on fait, voir une marque , Des Royales bontez qu'il a En faveur de cet Hymen là.

Le Comte de Brancas ne les peut reconnoistre : 65 Une Auguste Maistresse autrefois , par sa mort ,

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L'avoit mis en estât de se plaindre du sort ;

Mais on ne perd pas tout quand il reste un bon Maistre.

Branquette n'est pas seule au monde Qui , depuis que je suis mariée avec vous . 7® Ait pris cet exemple sur nous ;

^ La Noire , la Brune et la Blonde

Ont toutes souhaitté de se voir des Epoux. FouiLLOux a commencé de prendre , la première . D'Alluy, l'Illustre fils du Marquis de Sourdis , 75 " Sauf à ce bon deffunt de Père

D'en gronder, s'il le veut , là-haut en Paradis ;

Mais , quoy qu'il dise ou quoy qu'il gronde , Cet Amant a ce reconfort Que celuy qui veut qu'il ait tort ^° N'est point du tout homme du monde.

A Tenvy de Monsieur d'Alluy, Le Marquis de Renty, qui ne vaut point son Père (Et cecy sera dit , Seigneur , sans luy déplaire , Car personne ne croît qu'il soit Saint comme luy) , 85 A pris femme & femme fort belle.

Menneville , autrefois le charme de la Cour,

Pourroit bien l'accuser d'estre Amant infidèle ,

De l'avoir là laissée après trois ans d'amour ;

Mais quoy ? tous les Brions ne sont pas morts pour elle,

9» Launay-Gravé , fille d'une Maman

Dont l'œil fait encor bien des siennes Et qu'on nomme en tremblant la Marquise de Piennes , " A pris pour son Epoux Monsieur de Nerestan. Montbron , le Lieutenant de Monsieur de Vandieres , ->> Commandant des Noirs Mousquetaires ,

A pris pareillement une jeune beauté.

Je ne vous déduis point une longue enfilade De gens qui s'en sont mis autant à leur costé. Si j'en croy mesme un bruit , Monsieur de la Feuillade 'oo A son mariage arresté.

Pour ce dernier, mon petit Maistre, Il surpren droit fort tout Paris :

Comme on l'a tant chanté pour l'effroy des Maris , On ne croyra jamais qu'il se resoude à l'estre.

îo-.

Mais c'est assez parlé d'Hymenée & d'Espoux ; Causons de quelqu'autre nouvelle Qui nous touche & qui soit de vous.

La Feste de Versaille estoit illustre & belle ; Les ajustemens dififerens ' '<^ De ceux qui coururent les testes

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Estoient , dit-on , assez honnestes :

Le moindre d'eux coustoit quarante mille francs.

Le Roy sembloit un Alexandre Sous un habit Persan qui lui seioit fort bien : 115 Quand ce Héros forçoit l'Univers à se rendre,

Il avoit tout son air, son port & son maintien.

Lorsque la course fut finie , Vous vous plustes bien , que je croy , A voir l'illustre compagnie »2o Qui s'alla rendre chez le Roy.

Les Dames , tantost Persiennes , Tantost Grecques , tantost belles Egyptiennes , Estoient sur toute chose un spectacle charmant ; Mais , sous la dernière figure , >a5 Je croy que bien des gens leur furent franchement

Demander la bonne aventure.

On dit que vous aviez un habit de satin De la mesme couleur dont Arlequin s'agence ; On pouvoit donc bien lors , sans vous faire une offence , 130 Dire que vous estiez un plaisant Arlequin ,

Car vous plaisez toujours & de toute manière. Vous faites à dessein rire ainsi vos amis , Jusques à ce qu'un jour vôtre mine guerrière Fasse pleurer nos Ennemis.

Ji5 A ce mot d'Ennemis, souffrez que je demande

Si Monsieur le Milord Germain Est venu pour traiter icy de Paix sous main Avecque Nous & la Hollande.

Ces jours passez , un Hollandois MO Me fit voir une lettre où , pour nouvelle vraye ,

On assuroit qu'enfin le Potentat Anglois Pour lieu de Conférence avoit nommé la Haye.

Sur ce pied, si je m'y connoy, Nous pourrons estre en Paix la Campagne prochaine 145 Par bleu ! si la chose est certaine ,

Ce Monarque est adroit & digne d'estre Roy.

Je souhaitte que l'on s'accorde , Afin que, dans ces premiers mois , On puisse secourir le pauvre Polonois , '50 Qui périt sans miséricorde.

Ce Prince , des plus malheureux , Voit quatre-vingts dix mille traistres Qui , de mauvais Sujets voulant estre ses Maistres, Permettent que le Turc pourtant règne sur eux. 15s Contre un si grand Torrent la résistance est vaine ;

Quoy qu'on puisse opposer, il n'est rien qu'il n'entraîne. Le Wayvode Sedominski ,

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Celuy dont je parlois la semaine passée ,

Qui pensa le rompre & par qui 160 J'en crus la course traversée ,

N'en fit point tant qu'on avoit dit ; Il ne peut presque rien contre un sort si maudit. Prés du Fleuve Nieuper , les rebelles infâmes

Ont tué plus de dix mille âmes 165 Et fait plus encor de captifs ,

Dont les cris tristes & plaintifs ♦ Comme on les emmenoit la nuit chargez de chaînes ,

S'entendoient des Villes prochaines.

Vous sçavez que Lubomirski 1 70 Fut tué par je ne sçay qui ,

Dans une émeute populaire ?

Estrange Jugement de la Divinité !

Il n'estoit plus rebelle , il estoit débonnaire : Il n'a sceu pourtant vivre avec impunité.

1 75 Le Toscan , Malthe & le Saint Pbre

Secourent Candie au Printemps

Et fournissent à leurs despens

Jusqu'à leur dernière Galère.

Comme il est seur, tout bien pense , 1 80 > Qu'elle ne sera jamais prise ,

Je voudrois , par ma foy, pour l'amour de Venise ,

Que le siège en fut commencé.

Le Grand Visir, à ce qu'on manae .

Fait tout ce qu'il faut pour cela 163 Et sa diligence est fort grande.

Des Chrestiens Renégats qu'il a fait passer là Luy font mille feux d'artifice , Et , d'autre part , il rend justice En faisant decoler Officiers & Bassas 190 Qui n'ont pas bien agy dans les derniers combas.

Il avoit , disoit-on , fait accourcir la taille , Dans la neuve Candie , au Bassa de ces lieux • On , quand il voudra , dira mieux ; Il ne dit alors rien qui vaille.

?95 Ce Gouverneur s'estoit sauvé je ne sçais où .

Où véritablement le Turc luy fit escrire Qu'il se vînt vistement faire couper le cou ; Mais la vérité pure est qu'il n'en fit que rire.

Le papier nous presse , achevons

200 Les Nouvelles que nous sçavons. y

, A CoRFU , Monseigneur , un tremblement de terre J

A renversé les murs depuis les fondemens <

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Et fait d'étranges changemens.

A Naples, la tempeste & les coups du Tonnerre 105 Ont emporté le faiste , avec beaucoup d'éclat ,

Du Palais du Vicariat.

A Rome , le Tibre en furie

A renversé pareillement ,

Par l'efifort du débordement , aïo Campidogle , un Palais de rare simetrie.

Le Duc DE Ghaune, au mesme lieu, A donné ces jours-cy d'un air très magnifique A plusieurs Cardinaux & Ballet & Musique

Et la Comédie au milieu.

ai5 A Lisbonne , la paix ne fait aucune envie ;

On aime mieux la guerre au prochain renouveau Le Roy de Portugal , allant à son Chasteau , Est cheu dans un bourbier au péril de sa vie ,

Et , sans l'extrême profondeur aao Que le bourbier avoit à l'endroit de sa chute ,

Son Cheval ayant fait sur luy la cullebute , Ce Roy seroit pery par ce fascheux malheur.

Pour finir enfin cette lettre Par quelque beau Balet, comme j'ay commencé , aaj A Vienne celuy des Chevaux fut dansé.

A Dieu , mon charmant Petit Maistre.

A Paris, Cfie^ Pierre Le Monnier, rue des Mathurins, au Feu Divin, 1667. Avec Privilège.

(La Muse Dauphins, etc., 1667 — voy. le n^ 209 , col. 640 — , pp. 25-36.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.]

Du 27. Février 1667.

Princesse en qui Ton void tant de charmes Vainqueurs Et qui mériteriez , selon le commun dire ,

D^estre la Reyne d'un Empire,

Ainsi que vous l'êtes des Cœurs ;

Altesse du Degré suprême ,

Quoi que nous soyons en Carême , Je vais à mes Lecteurs faire encor faire gras ,

lO

21 5. — Du 27. Février 1667 (Robinet)

Car les choses que je doi mettre En la présente Epître en Métré Sont de ce Carnaval encor autant de Plats.

Mais aux mêmes Lecteurs j'ose bien protester Qu'ils peuvent , sans en faire aucune Conscience

Et ni blesser leur Innocence ,

En toute asseûrance en goûter ; Que si durant le temps de la Quadragesime Ils veulent de l'Eglise observer le Régime , Ils n'ont qu'à toujours prendre un pareil Aliment,

Et qu'à Pasques ils pourront même Se vanter hautement D'avoir mieux qu'un Chartreux jûné tout le Carême.

Nôtre Cour éclatante & gaye , Ayant à Saint Germain en Laye Encor vu , Samedy dernier, Avec un plaisir singulier ,

25 Le Grand Balet de ces Neuf Belles Qu'on nomme les Doctes Pucelles, En partit , Dimanche-matin , Sans oublier son beau Dauphin , Pour aller faire dans Versailles

30 Du Carnaval les Funérailles , Avec tant de solennité Qu'il se peut dire , en vérité , Que l'on n'en veid jamais de telles , Ni si pompeuses , ni si belles ,

35 Et , bref, où l'on fût plus joyeux. Madame , vous le sçavez mieux Que je ne puis ici le dire ; Aussi , ne vais-je le décrire Qu'en faveur des Lecteurs Amis

40 A qui , certe , je l'ay promis , Car, Altesse d'Attrais pourvue , Chose promise est chose due.

D'abord qu'on fut en ce Château, Si mignon , si riant , si beau ,

45 Que l'on diroit (à tous j'en jure) D'un Paradis en migniature , On trouva la Table du Roy Servie en magnifique arroy, Avec des Couverts deux fois douze ,

50 Tant pour lui que pour son Epouse, Comme aussi , Madame , pour vous , Pour Monsieur, vôtre aimable Epous, Pour l'aliguste Mademoiselle , Et, bref, pour toute la Séquelle

55 Des Dames à Principauté Ou de la haute Qualité.

Je ne parle point des Services Dont l'on faisoit des Sacrifices Au Goût friand & délicat ,

60 Et dont la Vue & I'Odorat Avoyent leur part délicieuse Et tout à fait voluptueuse , Par l'Ordre éclatant & pompeux De ces Mets exquis & nombreux

65 Et par cette Odeur ravissante Qu'exhaloit la Viande fumante.

Le Tact, confondu dans le Goût , De même, y trouva son Ragoût , Et, pour tout dire enfin , I'Ouye

70 Y fut pleinement réjouiç Par les Harmonieux Concerts Où l'on oyoit maints nouveaux Airs.

Le soir, ce fut la même Chère Et , pour une Alaigresse entière ,

75 A ce Régale sans égal On ajouta de plus un Bal, Efaçant celui des Etoiles , Alors que , sans Ombres ni Voiles , Nous les voyons dancer aux Cieux

80 Dans leur Eclat plus radieux.

Nôtre rare & merveilleux Sire , Qu'en toutes façons on admire , Etoit travesti cette fois Moitié Persien , moitié Chinois ;

85 Mais dans la Perse & dans la Chine On n'en void point de cette Mine , Et chez nul des Peuples divers Qui composent cet Univers

21 5. — Du 27. Février 1667 (Robinet).

On ne peut trouver un semblable 90 A ce Potentat adorable.

La Reyne , que pour lui les Dieux Ornèrent de Dons prétieux Et firent aussi sans Seconde Chez tous les Habitans du Monde , ^5 Avoit un Habit assorti , Ainsi que le Roy, mi-parti ; Et Monsieur avecque Madame, Pareillement, de Corps & d*Ame, Les deux plus beaux Individus 100 Qu'au Lien d'AMOUR on ait vus , P Etoyent, sous des Atours semblables,

Couverts de Perles innombrables.

[ademoi- La Grande Souveraine d'Eu , selle Q^ y^^ ^qJ^ ^^^^ jg divin Feu ,

'05 Etoit , quoi que bonne Françoise Aussi lors Persienne & Chinoise, Ainsi que le Reste de ceux Qui composoyent ce Bal pompeux Où tous nos Dieux & nos Déesses ,

' îoTous nos Princes & nos Princesses, Et les Objets les plus poupins Tracèrent de leurs Escarpins Tout ce qu'a de rare la Dance , Et, pour ce Jour, c'est tout, je pense.

n5 Le lendemain, sur nouveauxFrais, Tout de plus belle on fit Flores Et l'on eut , après grand Convive (Dont la Description j'esquive) , Un Carrousel des plus charmans ,

120 Tel qu'on en void dans les Romans. C'étoit devant TOrangerie Que , pour cette Galenterie , Le Camp avoit été dressé Par un Mortel sage & versé

'23 En pareille Mathématique , Et qu'admire le plus Critique ; Jugez si vous direz nenni , Car c'est le Sieur Vigarani.

La Reyne, ou bien la même Grâce,

'30 Se rendit en ladite Place Avec un nouveau Vestement Fait pour ce Divertissement, Tout bluettant de Pierreries , Parmi les riches Broderies ,

'35 Cachant dessous un Masque à lors De I'Amour mille chers Trésors.

Cette charmante Couronnée Etoit fort bien accompagnée

emoi-

De r Altesse de Montpensier ,

128 ViOARINt.

«40 Dont la Taille & l'air doux & fier Nous dépeint bien ces Amazones Qu'autres-fois ou veid sur les Trônes.

Mais la Princesse en ce moment Montroit , en son Déguisement ,

• 45 Une Turque des mieux Vêtues, Car, comme j'ay les choses sceues , Son Habit revenoit à plus De dix ou douze mille Ecus.

Maintes Dames défrancisées

«50 Et de la sorte turquisées

Accompagnoyent la Reyne aussi . Lestes , non pas cossi cossi ; Et , dés que cette Souveraine De se placer eut pris la peine ,

«55 Au milieu des autres Beautez Séantes à ses deux Costez , On ouit les fines Fanfares Et plaisans Tara-tanta-rares , Dont les Trompettes & Clairons

'60 Remplissoyent l'Air aux environs , Devançans une Grosse Troupe , Laquelle avoit le Vent en Poupe :

C'étoit celle des Chevaliers , Ou , si l'on veut , Avanturiers ,

•65 Conduits par cet auguste Sire De qui le triomphant Empire S'étend , comme sur les Humains , Sur la Fortune & les Destins.

Sa noble Majesté Françoise

•70 Etoit vêtue à la Hongroise Avec un éclat nompareil , Si ce n'est Celui du Soleil , Qui sert de Corps à la Devise Qu'à si juste Titre Elle a prise ,

ï 75 Et d'ailleurs montoit un Cheval Bien plus noble que Bucéphal , Portant bien plus qu'un Alexandre , Ce qu'il sembloit aussi comprendre, Tant il montroit de fierté

'80 Sous cette Auguste Majesté.

Saint Agnan, ce Duc qu'on estime Et de qui la gloire est sublime , Avoit devant Elle son Rang De digne Maréchal de Camp ,

•85 Brillant des Pieds jusqu'à la Teste , Et monté dessus une Beste Qui ne faisoit que se carrer Et même souvent se cabrer.

Le charmant Philippes de France,

> 90 Désignant un Turc d'importance , Et même plus beau que I'Amour .

Ayant un Habit en ce Jour

GénértI

21 5. — Du 27. Février 1667 (Robinet).

Plein de Perles Orientales Et point du tout Occidentales ,

'93 Conservoit , en tres-bel arroy, Son Rang de seul Frère du Roy, Marchant proche de ce Monarque , Dessus un Cheval de remarque.

Le jeune & brillant Duc d'Enguyen,

200 Qui passoit pour un Indien De tres-noble & riche Famille , Où la vertu des Héros brille , Costoyoit familièrement Ce Turc si noble & si charmant ,

205 Et le Reste de la Pelote ,

Dont en marge les noms je cote , Marchoyent après , représentans , Sous divers Habits éclatans, Autant de Nations du Monde ,

2»o Dont en si grand nombre il abonde.

Or tous ces illustres Héros

Etoyent suivis d'un autre Gros

De Beautez jeunes & brillantes,

Des plus lestes & plus galantes ,

2'5 Qu'escortoyent les Jeux & les Ris , Aussi sur des Coursiers de Prix , Toutes en Mante & Capelline , Conduites par nôtre Héroïne , Ou bien par Madame autrement , 20 Et , disant ce Nom seulement , Je fais d'un seul Trait la Peinture D'un Chef-d'Œuvre de la Nature , De I'Amour & des autres Dieux , Qu'on peut adorer ainsi qu'eux.

^25 Quand ces deux Troupes si pim- Si belles & si triomphantes, [pantes, Eurent du Camp fait le Contour Pour rendre hommage tour à tour A la nompareille Théréze ,

" )o Qui le receut tout à son aise , Louis commença le Tournoy Et, selon qu'on m'en a fait foy Et qu'il est aisé de le croire , Ce cher Favori de la Gloire

^^5 Y fit trois Courses , d'un tel air Qu'on ne put assez l'admirer, Soit lançant le Dard à des Mores , Soit en suite abatant encores Des Testes de son Pistolet , 40 Soit ( pour faire un Récit complet ) En faisant choir sous son Epée Mainte Hure d'Hydre coupée.

206 Les noms qui devaient se trouver à la marge ont été omis par l'imprimeur.

Les Seigneurs qui l'accompa-

[gnoyent , L'imitans du mieux qu'ils pou-

[voyent ,

245 Firent aussi chacun leur Course , Et , du Jour la brillante Source Commençant lors de s'éclypser Pour en autre Horison passer, Les Chevaliers & Chevalières ,

250 S'étans rejoints hors des Barrières , Firent encor le tour du Camp Pour saluer tous , en leur rang , Derechef nôtre Souveraine ; Après quoi, chacun prit la peine

255 De s'époufer deçà , delà , Et le Souper suivit cela.

Le Jour suivant, après la Chère Qui fut encor plus que pléniére , On balla neuf heures durant ,

260 Et le Concours y fut très-grand

Des Masques de nôtre Lutéce, ^

Qu'on receut avecque liesse Et qu'on traita splendidement ; Car, par Royal Commandement

265 On avoit dressé quatre Tables Qu'on servit de Mets délectables , Tous les trois jours, soir & matin.

Voilà du Carnaval la fin ;

On le veid au Cercueil de la sorte des-

[cendre

Et dés le jour d'après , il fut réduit en

[Cendre.

A propos de Cercueil , la Mort, Qui prend & le Foible & le Fort , L'Ancien, le Jeune, Pauvre & Riche, Le dix-neuf de ce mois , fit niche

275 Au cher Prince de Guiménée.

Par Elle son Sort fut borné , En faisant remonter sa Goûte Qui des Pieds au Cœur prit sa route.

Mais , approchant des Octante Ans .

280 Ce Seigneur avoit fait son temps , Et, comme on nous l'a fait entendre, Chacun retourne dans la Cendre Tout ainsi qu'il en est sorti.

Mais tel Discours , mal assorti

283 Avecque celui de Versaille , Ne releveroit pas la Paille ; Il vaut donc mieux , Morale à part, Dater enfin, puis qu'il est tard.

693 21 5. — Du 27. Févier 1667 (Robinet). 694

Je terminé ces Vers pour la Grande Henriette , 290 Le quatrième Jour de la longue Diète.

A Pnrti . Cke^ F. Muguet , rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine , 296. A^. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 1802. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LA MUSE DAUPHINE

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