‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 2 sur 317 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

Les nouvelles étrangères tiennent une grande place dans les lettres en vers comme dans la gazette en prose. Ces nouvelles avaient d'autant plus d'intérêt pour les lecteurs que jamais la diplomatie française n'avait joué un rôle plus actif ni plus brillant. Servi par des agents d'un dévouement et d'une habileté incomparable, Louis XIV était alors l'arbitre de l'Europe. Sans connaître le détail des négociations confiées aux Lyonne, aux d'Estrades, aux Courtin, aux Grémonville, aux Retz et à tant d'autres hommes d'une habileté consommée , on pouvait constater l'ascendant que la France exerçait sur la Hollande, l'Angleterre, la Suède, le Danemark, la Pologne, l'Allemagne, l'Italie et le Portugal. Ainsi s'explique la prédilection d'un grand nombre de lecteurs (prédilection à laquelle les gazetiers font eux-mêmes plus d'une fois allusion) pour les informations venues du dehors.

Les nouvelles de l'intérieur concernent spécialement la cour. A côté des menus faits de la vie du roi , du dauphin, de Monsieur, de la reine et des princesses , nous y trouvons des renseignements sur les occupations et surtout sur les plaisirs des courtisans : chasses , bals , concerts , comédies. Les noms de Corneille, de Molière, de Racine, de Visé reviennent fréquemment sous la plume des gazetiers , qui nous parlent longuement à' Attila , du Médecin malgré luy, du Sicilien, de Tartuffe, à* Andromaque , de La Veuve à la mode , etc. Un sujet sur lequel ils ne se lassent pas de revenir, c'est le Ballet des Muses. Les détails qu'ils nous donnent sur ce magnifique divertissement n'ont pas tous été relevés par les historiens du théâtre : ainsi personne , à notre connaissance , n'a cité le passage où Robinet parle des deux pièces composées par Quinault pour le ballet 0).

Parmi les détails curieux pour l'histoire des mœurs nous n'en relèverons que deux : le commencement de la mode du café (2) et l'inauguration de l'éclairage public a Paris (3).

(i) Les deux pièces de Quinault , représentées par les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, ne peuvent avoir été que Les Poètes et Les Oraieurs latins et les Philosophes grecs. Voy. la lettre du 12 juin 1667. col. 878.

(2) Voy. la lettre du 2 décembre 1666, col. 325.

(j) Voy. la lettre du 29 octobre 1667, col. 1068.

AVANT-PROPOS. vu

Les 126 lettres qui composent le tome il sont dues à trois auteurs différents: Subligny, La Gravette de Mayolas et Robinet. Subligny continue la Muse de Cour pendant tout le second semestre de l'année 1666; il se repose pendant le mois de janvier 1667, ou plutôt il consacre tout son temps à la réimpression de ses lettres qui portent désormais le titre de Muse dauphine (0. Il reprend sa gazette ordinaire au commencement de février ; mais , en dépit de la faveur du roi et du •dauphin , il est bientôt obligé de l'interrompre. Les lettres qui nous sont connues s'arrêtent au 7 avril 1667.

Nous ignorons pour quels motifs Subligny abandonna sa publication. Il est possible que sa gazette ait disparu faute de lecteurs , car le poète lui-même se plaint de ce que le public répond mal à son appel (2) ; il est possible aussi que certaines épigrammes sur des personnages haut placés de la cour aient paru inconvenantes dans un recueil dédié au dauphin, et que la Muse ait été interdite par mesure de police. Subligny fait directement allusion à des plaintes qui auraient été portées contre lui (^), et, quand on voit, par exemple, avec quel sans-gêne il parle de la jeune comtesse de Montlaur (4), on n'est pas trop surpris de ces réclamations.

L'hypothèse de la suppression nous paraît d'autant plus probable que cette mesure aurait coïncidé avec l'entrée en fonctions de M. de La Reynie comme lieutenant criminel; or, cet impitoyable magistrat s'occupa tout d'abord de la presse , se fit communiquer des numéros des divers journaux qui paraissaient alors et les soumit à un examen sévère. Il n'y eut pas jusqu'à l'inoflfensif Robinet qui ne tremblât de voir supprimer ses lettres (3). Cette crainte est peut être le principal motif pour lequel le gazetier consacre de fréquents paragraphes à la louange du chef de la police (^).

(1) L'achevé d'imprimer de la réimpression est du 7 février 1667. Voy. tome I , col. 909.

(2) Lettre du 20 décembre 1665 , tome 1, col. 523.

(3) Lettre du 24 mars 1667, col. 749.

(4) Lettres du 24 février et du 17 mars 1667, col. 677, 755 (3) Voy. la lettre du 3 avril 1667, col. 777,

(6) Voy. col. 806 , 875 , 910 , 1067.

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