‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 206 sur 317 · A MADAME LA MARESCHALLE DUCHESSE DE LA MOTTE · texte numérisé non relu

A MADAME LA MARESCHALLE DUCHESSE DE LA MOTTE

Ame grande & Royalle , à qui les justes Cieux , Ne pouvant pas donner une Couronne , Que vous méritez bien autant que vos Ayeux , Ont commis l'Auguste personne 5 D'un DAUPmN plus beau que l'Amour,

Pour apprendre sous Vous à la porter un jour, Ce Dauphin voudra bien , je croy, que ma tendresse Ne soit point tous les jours toute entière pour luy, Et que quelquefois je m'adresse 10 A celle qui fait mon appuy.

Quoy , Madame ? J'apprens que , sans vôtre suffrage , J'eusse fait sans ressource un asseuré naufrage. Comme un autre Arion , je voyois mon Destin D'une Mer en courroux me faire la conqueste , 15 Si vous n'eussiez point fait rencontrer un Dauphin

Qui me rendit au port & calma la tempeste. O ! Dieu , que je vous doy , pour un si grp.nd bien fait ! Puissent les fieres Destinées Me faire vivre cent Années , 30 Pour publier cent Ans que vous me l'avez fait !

Un Astre mal-heureux , sans doute , Regardoit Paris de travers , Quand mes innocens petits Vers Ne prirent point la droite route , 25 Car on vit arriver ailleurs

D'autres effroyables mal-heurs.

Vous connoissez sans doute un homme Que Monsieur de l'Anglade on nomme :

On le connoît , je pense , assez dans vôtre Cour, 30 Et tout exprés , dit-on , pour luy faire justice ,

Ce Proverbe autre fois s'y disoit chaque jour : Dans la petite boëte est la meilleure épice. Dernièrement on m'a conté Qu'un soir, qu'il passoit dans sa chaise

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^^ Vis à vis de la Charité ,

Où vingt chaises de front passeroient à leur aise , Un Cocher, qui sembloit en avoir l'ordre exprès , Avoit poussé sur luy d'une telle furie

Et joint sa chaise de si près , 40 Qu'il en avoit couru grand danger de sa vie.

Si ce galant homme autrefois

A murmuré contre son Père De ne l'avoir point fait plus grand de quatre doigts , Il se gardera bien désormais de le faire. 45 Un père est bon & sage & sçait ce qu'il nous faut :

Si I'Anglade eut esté de quatre doigts plus haut ,

Quand sa chaise fut fracassée ,

Au lieu qu'il n'est estropié ,

A ce qu'on m'a dit , que d'un pié , 50 II eut eu la jambe cassée.

On devroit reprimer un peu ces cochers-là , »

Car, en souffrant leur insolence , On leur verroit bien-tost rouer comme cela

Les moins rouables gens de France.

55 Un autre malheur arriva ,

Presque en mesme temps , à ma veue :

Un grand feu se prit dans ma rue , Au logis d'un Bourgeois , dont rien ne se sauva. Je ne fus jamais plus surprise 60 Que lors que j'entendis crier avec effroy ;

« Au FEU , VOISINS , AU FEU ! toute la chambre est prise , ■» Et c'est chez Dioni , le Menusier du Roy. » A peine fus-je à la fenestre , Que j'en vis la flamme paroistre :

65 La fumée alloit en tout lieu ,

Aveuglant tout le monde , hors les coupeurs de bourse , Et tout se croyoit mort & brûlé sans ressource Dans le quartier de Richelieu.

O bon Dieu , quel spectacle horrible ! 70 Et , si l'on fait comparaison

D'une Ville embrasée avec cette maison , Dont l'incendie estoit un objet si terrible ,

Que LoNDRE aux Anglois malheureux Estoit un tableau bien affreux !

ly En moins d'une heure ou deux , Madame ,

Tout y fut en proye à la flamme , Et tel qui se mêla d'y obrter du secours Y finit dans le feu crufllement ses jours.

Depuis , d'autres malheurs encore 80 Ont affligé nos habilans ;

Mais le moins supportable est un des plus recens :

Une Princesse qu'on adore N'a pas plustost senty venir le renouveau ,

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