A MADAME LA MARESCHALLE DUCHESSE DE LA MOTTE
Ame grande & Royalle , à qui les justes Cieux , Ne pouvant pas donner une Couronne , Que vous méritez bien autant que vos Ayeux , Ont commis l'Auguste personne 5 D'un DAUPmN plus beau que l'Amour,
Pour apprendre sous Vous à la porter un jour, Ce Dauphin voudra bien , je croy, que ma tendresse Ne soit point tous les jours toute entière pour luy, Et que quelquefois je m'adresse 10 A celle qui fait mon appuy.
Quoy , Madame ? J'apprens que , sans vôtre suffrage , J'eusse fait sans ressource un asseuré naufrage. Comme un autre Arion , je voyois mon Destin D'une Mer en courroux me faire la conqueste , 15 Si vous n'eussiez point fait rencontrer un Dauphin
Qui me rendit au port & calma la tempeste. O ! Dieu , que je vous doy , pour un si grp.nd bien fait ! Puissent les fieres Destinées Me faire vivre cent Années , 30 Pour publier cent Ans que vous me l'avez fait !
Un Astre mal-heureux , sans doute , Regardoit Paris de travers , Quand mes innocens petits Vers Ne prirent point la droite route , 25 Car on vit arriver ailleurs
D'autres effroyables mal-heurs.
Vous connoissez sans doute un homme Que Monsieur de l'Anglade on nomme :
On le connoît , je pense , assez dans vôtre Cour, 30 Et tout exprés , dit-on , pour luy faire justice ,
Ce Proverbe autre fois s'y disoit chaque jour : Dans la petite boëte est la meilleure épice. Dernièrement on m'a conté Qu'un soir, qu'il passoit dans sa chaise
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^^ Vis à vis de la Charité ,
Où vingt chaises de front passeroient à leur aise , Un Cocher, qui sembloit en avoir l'ordre exprès , Avoit poussé sur luy d'une telle furie
Et joint sa chaise de si près , 40 Qu'il en avoit couru grand danger de sa vie.
Si ce galant homme autrefois
A murmuré contre son Père De ne l'avoir point fait plus grand de quatre doigts , Il se gardera bien désormais de le faire. 45 Un père est bon & sage & sçait ce qu'il nous faut :
Si I'Anglade eut esté de quatre doigts plus haut ,
Quand sa chaise fut fracassée ,
Au lieu qu'il n'est estropié ,
A ce qu'on m'a dit , que d'un pié , 50 II eut eu la jambe cassée.
On devroit reprimer un peu ces cochers-là , »
Car, en souffrant leur insolence , On leur verroit bien-tost rouer comme cela
Les moins rouables gens de France.
55 Un autre malheur arriva ,
Presque en mesme temps , à ma veue :
Un grand feu se prit dans ma rue , Au logis d'un Bourgeois , dont rien ne se sauva. Je ne fus jamais plus surprise 60 Que lors que j'entendis crier avec effroy ;
« Au FEU , VOISINS , AU FEU ! toute la chambre est prise , ■» Et c'est chez Dioni , le Menusier du Roy. » A peine fus-je à la fenestre , Que j'en vis la flamme paroistre :
65 La fumée alloit en tout lieu ,
Aveuglant tout le monde , hors les coupeurs de bourse , Et tout se croyoit mort & brûlé sans ressource Dans le quartier de Richelieu.
O bon Dieu , quel spectacle horrible ! 70 Et , si l'on fait comparaison
D'une Ville embrasée avec cette maison , Dont l'incendie estoit un objet si terrible ,
Que LoNDRE aux Anglois malheureux Estoit un tableau bien affreux !
ly En moins d'une heure ou deux , Madame ,
Tout y fut en proye à la flamme , Et tel qui se mêla d'y obrter du secours Y finit dans le feu crufllement ses jours.
Depuis , d'autres malheurs encore 80 Ont affligé nos habilans ;
Mais le moins supportable est un des plus recens :
Une Princesse qu'on adore N'a pas plustost senty venir le renouveau ,