‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 212 sur 317 · IX. SEMAINE · texte numérisé non relu

IX. SEMAINE

Du Jeudy 7. Avril 1667.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

J'ay haste & vay viste vous dire Tout ce que je sçay de nouveau , Car, charmant Prince , je désire D'adorer, ces jours-cy , mon Dieu dans le Tombeau. 5 Dans le juste dessein de donner quelque chose

A ce Dieu qui me donne en Vous Un aimable & Royal Espous , Sur qui mon espoir se repose , A ce Rédempteur des Mortels , 10 De qui l'amour pour tous les hommes

Semble exiger qu'au moins dans le temps où nous sommes On n'ait point d'autres soins que ceux de ses Autels , J'avois résolu que ma veine N'interromproit point l'Univers 15 Durant cette Sainte Semaine ;

Mais j'ay trop de quoy, dans mes Vers , Publier son Nom & sa gloire , Pour pouvoir différer à vous dire une histoire , Qui peut aujourd'huy mesme illustrer la Victoire 20 Qu'il remporte sur les Enfers.

Je ne sçay pas , Seigneur , si , parmy les Nouvelles Qu'on débite à vos Courtisans , Ce qu'on dit de la mort du Sophi des Persans Se compte entre les plus fidelles ; 25 Mais , qu'on doute ou non de son sort ,

Il est assuré qu'il est mort , Dans un temps qu'avec une Armée De deux cens mille combatans Il devoit attaquer l'Empire des Sultans , io Et que déjà la Porte en estoit allarmée.

Il a laissé pour Successeur Un Fils qui touche à peine à sa douzième année , Et ce Fils est Chrestien , Seigneur :

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C'est l'aventure fortunée , 3^ C'est le Triomphe singulier

Que je ne pouvois point remettre à publier. Long-temps avant la Mort du Grand Sophi , son Père , Ce Prince avoit esté nourry pour Jesus-Christ Et maintenu dans cet Esprit 40 Par les soins secrets de sa Mère.

Cette sainte Princesse , alors .

Par un trait de sa Politique , Luy faisoit à l'erreur donner tous les dehors, Jusques à ce qu'un jour, le pouvoir Monarchique 45 Estans remis entre ses mains ,

11 pust avec plus d'efficace Et de beaucoup meilleure grâce Faire embrasser aux siens le Sauveur des Humains ; Mais , depuis qu'il s'est veu Monarque , 50 II s'est hautement déclaré

Et , devant tout le monde, il a porté la marque De ce Dieu qu'en secret il avoit adoré. Il a pris pour Garde affidée Douze mille soldats Chrestiens, ^5 Qu'il comble tous les jours de biens

Et qui tous sur l'épaule ont une Croix brodée. Il est vray que l' Estât s'en trouve desuny

Et qu'un nombre presque infiny De ceux dont le bonheur est dans les brouilleries , 60 Donnant à la révolte en cette occasion

Un masque de Religion , Excite des mutineries ; Les Satrapes séditieux , Sur ce prétexte spécieux , 65 Ont déjà mis son Oncle au Trône de soii Père ;

Mais , outre qu'à mon sens ce n'est pas peu d'attaire De dépouiller un Roy qui voit dans ses Estats Presqu'autant de Chrestiens iidelles Que de sujets faux & Rebelles , '70 Quand on a Dieu pour soy , Se[GNEur, on ne cramt pas

Devois-je , à vôtre avis , différer cette histoire , Qui fait voir que ce Dieu de gloire , Qu'aucuns n'estimoient pas le Rédempteur de tous , Est mort pour les Persans aussi bien que pour nous r 75 Ce sont les Doctes Jésuites ,

Ces Propagateurs de la Foy , Qui , par leurs ardantes poursuites , Ont mis ce Prince sous sa Loy.

Ah ! s'il plaist à la Destinée , 80 Ou plustost au Dieu qui la fait ,

La Terre la plus éloignée Deviendra , par leurs soins , Chrestienne tout à tait.

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Je conseille aux Estats des Provinces Unies

De tenir fort secrets ces Pais , grands & beaux , 83 Qu'ont découverts leurs Compagnies ,

En voguant l'an passé sous des Astres nouveaux ,

Car, s'ils estoient connus de ces zelez Apostres ,

Ce seroient dans un an des Païs tout Romains

Et Chrestiens sans erreur, ainsi que beaucoup d'autres , 90 Ce qui ne seroit point conforme à leurs desseins.

Sçavez-vous ce qu'on dit de ces terres nouvelles ? Trois ans se sont passez depuis qu'un grand Vaisseau , Errant à la mercy des Ondes infidelles , Apperceut vers le Nort un large courant d'Eau, 95 Qui , se perdant enfin de veue ,

Toujours entre de grands Rochers,, Fit naistre l'envie aux Nochers De voir où se rendoit cette route inconnue. On entra bien avant dans cet affreux Canal , 'oo Et tant qu'après six jours le Nocher, sans courage

De se voir équipé trop mal Pour tenter un plus long voyage , Se contenta pour cette fois D'en marquer seulement l'endroit & les Estoilles , 105 Et s'en revint , à toutes voilles ,

En avertir les Hollandois.

On en fit un secret jusques à l'autre année , Qu'enfin quelques Marchands , un peu mieux équipez , S'abandonnant en Mer à toute Destinée , 'lo Les Rochers furent ratrapez.

Le Courant se passa ; l'on prit à sa sortie Une Mer jusqu'alors inconnue aux Vaisseaux , Où la Flote , six mois après estre partie , Vit à la fin la terre & des Peuples Nouveaux. '13 On dit que ce sont des contrées

Qui , pour estre du Nort , sont assez tempérées. Les Peuples en sont doux , propres & bienfaisans ; Ils firent aux Marchands aussi-tost des presens ; Mais ils furent surpris, dit- on , de voir sur l'onde '2o Voguer des bastimens flottans,

D'où l'on jugea que , de tout temps , Ils s'étoient crû tout seuls au monde.

Ces Marchands en sont de retour, Afin de préparer une Flotte plus grande , »25 Qui puisse établir là les Estats de Hollande

Et leur Commerce , quelque jour.

Ils n'osent , dit-on , mesme en parler à personne , De peur qu'un Envieux ne leur oste ce bien ; Mais que la peur les abandonne :

<3o Qui que ce soit n'en sçaura rien ,

Que lors que vos Vertus extrêmes , Allant chez les plus inconnus , Ces gens-là , pour vous voir , nous viendront dire eux-mesmes

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Les lieux dont ils seront venus.

î35 Auparavant cette Nouvelle ,

Seigneur , j'ay deu vous avoir dit Que nostre Langue en Perse est dans un tel crédit Qu'on l'y parle quasi comme la Naturelle. Voila de quoy nous sert d'avoir de beaux esprits 140 Dans une Académie Illustre :

Ils l'ont si bien mise en son lustre , Qu'ils l'ont enfin rendue dans une langue sans prix.

Les Muses , en Cérémonie , Gomme vous sçavez , ont offert 145 Une place à Monsieur Golbert ,

Dans cette illustre Compagnie , Et l'on passe en cela , Seigneur , Par dessus la Règle prescrite , Qui veut , au lieu qu'on l'offre à son rare mérite , 150 Qu'on s'empresse long-temps pour avoir cet honneur

Si nostre langue a fait merveilles Jusques à cette heure sans luy, Que sera-ce donc aujourd'huy Qu'il s'en va luy donner quelqu'une de ses veilles ? 135 On suit fort en ce choix mes inclinations :

Je ne connois personne en France Qui puisse avecque suffisance Estendre le François en plus de Nations.

Que dit-on chez vous de la guerre ? '

160 On dit icy que chacun pense à soy

Et qu'en l'incertitude où fondra le Tonnerre ,

Tout le monde tremble d'effroy.

Pour la Paix d' Angleterre , on veut qu'elle soit faite Et que l'on soit d'accord des poincts les plus fâcheux ; «65 Mais , quand ce don de Dieu rendra I'Anglois heureux ,

Ce ne sera jamais si-tôt qu'on le souhaite.

Dites à Monsieur de Grammont f

Que quelque Adroit a sceu luy faire , •

Dans Paris , une étrange affaire ; ;

170 Tous les jours cent Contes s'y font , ^

Tres-fascheux pour sa renommée , *-

De ce qu'au milieu de l'Estat ;

Il a bien eu l'audace , en teste d'une Armée , |

De livrer à son Roy hautement le Combat. 175 Encor ce matin , une Belle

Disoit : « à qui se fira-t'on , » Si ce Mareschal de Grammon , » Que Le Roy croyoit si fidelle ,

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