II
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Aurons-nous la Paix ou la Guerre ?
Oui , nous aurons l'une des deux , Croyez-moy sur cette Matière ; Car vous dire autre chose , hélas ! je ne le peux : 160 Trop courte est là-dessus ma petite Lumière.
Quoi qu'il en soit , les Avances civiles de la France & des Provinces-Unies , avec les bons Offices de la Suéde , ont engagé l'Angleterre à faire aussi quelques nouvelles Démarches , par le Chois de Breda pour y travailler à ce pénible Ouvrage de Paix , & les Estats Généraux ont déjà envoyé des Passe- 165 Ports au Roy de la Grand' Bretagne pour la seurté de ses Ambassadeurs , qui sont Milords Hollis & Conventry.
Ajoutez à cela les Destins de Louis , Maîtres de la Terre & de l'Onde , Qui rendent , chaque jour, sa Gloire sans seconde 170 Par des Prodiges inouis :
Vous pourrez seurement conclure Qu'eux , dont tout l'Univers reçoit sa Tablature , Trancheront le Nœud Gordien , Et que , malgré tous les Obstacles , 175 Le Belge aura la Paix , sans qu'il en coûte rien
Que le moindre de leurs Miracles.
Je ne touche point aux Dévotions de nôtre Cour pendant la Semaine-Sainte. Il y a long-temps qu'on sçait que nos Majestez y vivent d'une Pieté exemplaire ; qu'elles y retracent cette Action d'humihté où le Dieu fait Homme 180 lava les pieds à douze Hommes ; qu'elles ne s'y nourrissent , le plus Saint des Vendredys , que comme autre-fois se nourrissoit le Prédicateur du Désert , de simples Racines ; que nôtre charitable Monarque y touche quantité de Malades ; & dire toutes ces belles choses est ne rien dire de nouveau.
Seulement , ici , je remarque 185 Que l'illustre Abbé le Tellier ,
A la Cène , prescha devant ce grand Monarque , Avec un Talent singulier De périodique Eloquence Et de merveilleuse Science , 190 Et que ce Dauphin plein d'appas ,
Qu'on void aussi beau que sa Mère , Et qui ne sera pas moins Héros que son Père , Comme un autre y portoit les Plats.
J'ajoute que I'Abbé le Maire , 195 De nôtre auguste Reyne annuel Orateur
Et bien Sorbonique Docteur, Fit , à sa Cène aussi , son Sermon ordinaire.
Je ne puis oublier que l'éloquent Mascaron , qui a distribué la Manne Evangelique à nôtre Cour durant la sainte Diète , y termina sa Carrière par 200 le Sermon du Divin Crucifié & par celui de sa Résurrection ,
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Avec beaucoup de Gloire Et d'applaudissement du Royal Auditoire.
Le Grand Général des Feuillans , qui avoit ici fait les Prédications de la même Diète , en l'une de nos plus fameuses Paroisses , ayant esté suivi de la 205 plus belle & plus brillante foule de cette Ville , eut l'honneur de la voir augmenter, le jour de la Passion ,
Du beau Premier Monsieur de France ,
Qui , par chois & par préférance ,
Vinst pour l'ouir, avec grand Train , 3>o Expressément de Saint Germain ,
Et l'élogisa de manière
Que j'en voi sa gloire pléniére.
Mais , pour tout dire en peu de mots ,
Cet aimable & brillant Héros , 3» 5 Etant venu chez les bons Péres
En suite faire ses Prières ,
DoM-CÔME vinst diligemment ,
Par un tres-poli Compliment ,
Lui rendre honélement le Change 220 De son obligeante Louange.
Etant si avant sur le Chapitre des Prédicateurs , je ne sçaurois obmettre , sans être injuste envers la Pieté de la-Reyne d'Angleterre & le Mérite du Père de Saillant, que cette grande Princesse a esté plusieurs fois ajouter ses Applaudissemens à ceux de son Auditoire.
235 Chacun ne conêt pas ce Père de Saillant,
Dont en Discours sacrez la Bouche est si fleurie ;
N'aguére il commandoit à la Cavalerie Et même étoit , sans doute , un tres-rude Assaillant ; Mais il n'a pas perdu sa vertu Militaire : 230 II l'exerce encor, dans la Chaire ,
A foudroyer le Vice & vaincre les Démons , Et la Merveille est singulière , Ou du moins tres-peu familière , Qu'un Homme de Combats fasse ainsi des Sermons.
335 Nôtre Lieutenant de Police , [l« Reynia
Aimant la Mesure & le Poids ,
Ne sçauroit souffrir qu'il s'y glisse
Aucun abus contre les Loix.
Je vous le di , sans flaterie , 24*> Il n'entend point de raillerie
Sur ce Point, des plus importans ,
Et de certaines Gens , n'aguére ,
Payèrent bien la foie Enchère De s'être rencontrez en fraude à contre-Temps.
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245 C'estoyent des Boulangers & Chandeliers mal moriginez , du Faux-bourg
5. Germain, dont il envoya le Pain & la Chandelle aux Prisonniers, qui, se trouvans fort bien des mêmes choses dont les autres se trouvoyent mal ,
Crièrent cent fois : « Dieu bénie » L'Equitable de la Reynie ! »
250 Le Public en disoit autant ,
Et, de tous costez l'exaltant, Changeant le Proverbe , en son zélé , S'écrioit que son Jeu valoit bien la Chandelle.
De vrai , cette petite Sévérité , exercée avec la douceur qu'il y mesle , & qui 255 gagne même le cœur de ceux qu'il punit, contiendra chacun dans son Devoir:
6, sur tout, le menu Peuple qui souffre le plus du faux Poids & de la fausse Mesure , en sentira les bons & utiles Effets.
Pour passer à d'autres Nouvelles , J'en tiens une au Collet qui n'est pas des plus belles , 260 Puis que c'est nouvelle de Mort ,
Mais qui peut nous instruire , en somme , Du triste & pitoyable Sort De l'Homme.
Le Comte de la Trinité , qui venoit Ici , de Savoye , en qualité d'Ambassa- 265 deur , n'y voulant parêtre qu'avec un Equipage digne de la magnifique Passion qu'il avoit de soutenir son Caractère avec un éclat hors du commun , attendoit depuis quatre mois une superbe Tapisserie de Milan , avec plusieurs autres choses qui devoyent servir à la décoration de son Palais & à la Pompe de son Entrée. Enfin , selon les mesures qu'il avoit prises , tout s'étant trouvé en 270 estât, il arriva en cette Ville le 7. de ce mois , en la plus belle disposition du monde , & triomphant en lui-même de ce merveilleux Appareil ;
Mais des Parques la plus cruelle , De ses nobles Desseins souriant à part-Elle , L'attendoit de pied-ferme , en son superbe Hôtel, 375 Et la Laide , avecque furie ,
Le perça de son Dard mortel , Comme il s'applaudissoit sur sa Tapisserie.
Hé bien , cher Lecteur , que dis-tu D'un si déplaisant in-promptu ?
280 Cela veut dire que l'Homme , qui se dit le Roy de la Nature , n'en est que le simple Jouet ; qu'il n'a rien d'asseuré que la Misère & le Trépas , & qu'en vain il forme de vastes & de présomptueux Desseins, puis que l'exécution n'en est pas en sa puissance. Mais cette Morale est trop sérieuse & trop poussée dans une Lettre historique ; passons donc à un autre Chapitre.
285 Le rare Abbé de la Roquette f
Porte sur son habile Tête ,
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Où l'on ne loge rien de commun , La brillante Mytre d'AuTUN.
De Sens le fameux Archevesque ^^°Go'?rin? '^*
390 Sacra , Dimanche , cet Evesque ,
En un Monastère pieux, des pmes Jacobines
T^ 1 T^ ^ • 1 ir du Faux-bourg
Dont la Pompe surprit les Yeux , s. Antoine
Et maints Prélats , Princes , Princesses , Du Rang des premières Altesses , 395 Firent en ce Sacre nouveau ,
Certe , un Concours nombreux & beau.
Le bruit a couru que Molière Se trouvoit à l'Extrémité Et proche d'entrer dans la Bière :
300 Mais ce n'est pas la vérité.
Je le connés comme moy-même :
Son mal n'étoit qu'un Stratagème Pour jouer même aussi la Parque au Trait fatal. Hélas ! c'est un étrange Drôle :
305 11 faut qu'il exerce son Rôle
Sur le Particulier & sur le Général.
Parbleu , quoi qu'il en soit , ce seroit grand dommage Que la gloutonne Antropophage Eût dévoré ce bon Chrétien.
3Ï0 Je lui souhaite longue Vie :
De mainte autre elle est le Soutien , Et , s'il meurt , nous mourrons tous de Mélancolie.
Madame , vous serez de cet Avis , je croy. Là dessus , donc , je vais dater l'Epître mienne; 315 Le Ciel à vôtre Goût veuille qu'elle revienne ;
J'en seray bien ravi , ma foy.
J'ay fait cet Ambigu , tant de Vers que de Prose , A la veille de Pâque close.
A Pans, Che^ F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.
(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296 A^ — Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802.
— Biblioth. de M le baron James de Rothschild.)
8ii
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 24. Avril 1667.
Altesse , plus belle cent fois Que Nocret ne sçauroit vous peindre , .Quoy que , le Pinceau dans les Doigts , Il n'ait de ses Rivaux que la Nature à craindre ;
Altesse , bien plus sage aussi Qu'en Prose & Vers on ne peut dire , Quoy que l'on mist tout son Souci A dire sur cela ce qu'en vous on admire ;
Altesse , d'Ame grande encor Plus qu'on ne sçauroit le comprendre , Quand on feroit tout son effort Pour aller aussi loin que ce Point peut s'étendre ;
Altesse d'Esprit élevé Comme une pure Intelligence , En un mot , Ghef-d'Œuvre achevé ,
Où les Dieux font briller leur adorable Essence , Voicy ce qui vous appartient
Et que Clion vous doit , lors que Dimanche vient.
Ayant, comme j'ay dit, Commerce Dans la Cour du Sophy de Perse , Où va ma Lettre , en son Circuit , J'ay sceu qu'il n'étoit rien du Bruit Qu'on faisoit courir que la Parque Avoit moissonné ce Monarque , Et que son Fils & Successeur, Ayant abjuré son erreur , Dedans la Capitale Ville , Pour suivre le Saint Evangile , Le Peuple , en Lutin dechainé ,
3oS'étoit contre luy mutiné.
J'aurois voulu que la Nouvelle Eut esté vraie autant que belle ; Je l'écrirois en bon Chrétien , Ainsi qu'en franc Historien :
î5 Je vous dis , d'une ame ingénue , La Chose comme je l'ay sceue ,*
Et comme elle est certainement Par un infaillible Argument , A sçavoir que les Jésuites ,
40 Ces grands & sages Casuites , Ne sçavent rien , en vérité , De la susdite Nouveauté , Quoy que les chers Missionnaires De ces zelez & fameux Pères
45 Soyent là , dedans Hispan , postez , Pour, de leur zèle transportez , Tâcher, par maint & sçavant Prône , D'élever la Foy sur le Trône.
A propos de Religion , 50 La fâcheuse Combustion
Qu'elle causoit dans la Russie , Où l'on croid au divin Messie ,