S3VS
Où l'on rend rie à rie ses Comptes.
Monsieur son premier Présidant, Dont le mérite est transcendant , Harangua lors d'une manière 280 Qui ravit l'Assamblée entière ;
Mais n'en soyez pas ébahi , C'est l'illustre NicolaÏ.
Or , avant lui , le Sieur d'ALiGRE , Tres-humain , quoy qu'il rime à 285 Et l'AvocAT Général Dreux [Tygre, Firent aussi fort bien tous deux.
Monsieur le Duc , avecque grâce , Aux Aydes alla prendre place , Encor sur le pareil Sujet,
290 Et PussoR , en Stile bien net
Et mêmement rempli d'Emphase , Ravit l'AuDiTOiRE en extase. Apres lui , parlant à son tour, Le premier Chef de cette Cour
295 Fut alors l'Aimant des Oreilles, Par l'effet de ses nobles Veilles , Et , pour achever en un mot , L'Avocat Général Ravot (Car à chaque Saint sa Chandelle )
300 Fit sa Harangue , aussi fort belle. •
Au reste . en toutes ces trois
[Cours , ETnsuite de ces beaux Discours , Par une juste Déférance A la Souveraine Puissance , 305 On enregistra les Edits
l'Edit pour la Réformation des Procédures de Justice , l'Edit pour la réunion à la , Couronne des Domaines allienez, l'Edit pour la suppression des grands et petits Maistres des Eaux et Forets , et un autre portant pouvoir aux Communautez de rentrer dans leurs Usages, avec défenses de saisir les Bestiaux pendant quatre ans .
Dont ces quatre en marge j'ay mis.
[Jacques Amelot]
J'aurois encor bien des Nouvelles , Toutes curieuses & belles , Dont l'une regardoit le Camp 310 Où le RoY s'ébat , en plein Champ,
A revoir ses nobles Milices , Qui de ses Yeux sont les Délices ; Mais , mon Papier se trouvant cour , Je m'en vais les saler jusques au premier jour.
315 Adieu, belle & grande Princesse ,
Je vais vite envoyer ces Vers dessous la Presse.
8 19 228. — Du 24. Avril 1667 Robinet). 820
Ils sont du vingt-sept Aprilis , Où le Printemps enfin se couronne de Lys.
A Paris . Cht:^ F. Muguet , rue de la Harpe , aux Trois Rois. Avec Privilège du Roy.
(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — ^^ Bîblioth. Mazarinc, 296. A^ . — Biblioth. de i Arsenal , B. L. 11802. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 1. May 1667
Encor qu'un maudit Rheumatisme , Aussi dangereux pour le Corps Que , pour l'Eglise , l'est un Schisme , Fist le Dragon sur moy, par ses malins effors , 5 Je ne laissay pas , ô Princesse ,
Le dernier jour, d'écrire à vôtre belle Altesse , Tant j'ay de la servir de plaisir & d'ardeur , Et , même , ou par justice ou par galanterie , Maintes Gens d'Esprit & d'Honneur »o M'ont juré qu'ils trouvoyent ma Lettre assez fleurie.
Mais ce Rheumatisme bizâre , Qui furette de tous costez , D'une manière si barbare Redouble ses hostilitez , 15 Que je n'oserois me promettre
De pouvoir aujourd'hui vous fournir une Lettre , Ni , bien moins , de l'écrire un peu passablement Quoi que , pour pompeuse matière , J'aye le Royal Campement ; 20 Mais je vais au hazard enfiler ma Carrière.
Le vingt d' Avril , Phœbus, montrant ses Rais propices , Tout exprés en faveur des Royales Milices , On les veid défiler toutes de leurs Quartiers Et , de l'air noble & fier qui sied bien aux Guerriers , ■^5 S'avancer en bon ordre où le Monarque illustre
Devoit les visiter & les voir en leur lustre.
Chevaux & Fantassins , Officiers & Soldats , Pour plaire à ce plus grand de tous les Potentats , Avoyent , comme à l'envi , relevé l'Equipage
821 229. — Du 1. May 1667 (Robinet). 822
30 Et sur tout dans leurs yeux tracé leur grand courage ,
Comme s'ils eussent dû suivre leurs Etendards Du Camp de I'Exercice en un vrai Camp de Mars.
Du beau nombre de ces Milices Etoyent Gardes François & Suisses , 35 Les premiers remplis de Cadets
Des plus lestes & des mieux faits ;
Item , du Corps les dignes Gardes , D'Ames preuses & non couardes , Et de qui tous les Officiers 40 Sont grands Moissonneurs de Lauriers ;
Item , les brillans Mousquetaires , Reconus vaillans Militaires , Et qu'on ne peut prendre sans Vert
Sous d'ARTAGNAN & SOUS CoLBERT ;
45 Item , Messieurs les vrais Gens-d' armes ,
Si propres aux grands Explois d'Armes
Et les Chevaux-Legers encor,
Aimans le belliqueux Essor,
Sçavoir tant ceux de nôtre Sire 50 ( Puis-qu'en détail , il faut tout dire )
Que de la Reyne , du Dauphin
Et de Monsieur , son Oncle , enfin ; Item , pour achever la Liste ,
Suivant mon Mémoire , à la piste , 55 Le nombreux Régiment du Roy , infentem
Tenu dans un si bel arroy
Par son Mestre de Camp illustre , ^' d'I^jâî?"''
Si galant dedans le Balustre ,
Et le Régiment Lyonnois , infanterie
60 * Dont le Chef , si je m'y connois , ^' vSr '^'
Ne voudroit céder à Personne
L'Honneur qui s'acquiert chez Bellone.
Toutes ces Troupes-là , sans erreur, se montans A quinze mille & plus bons Hommes Combatans ,
65 Dont même j'oserois estimer les Centaines
Autant que les Miliers des Légions Romaines , Ne furent pas plutôt au Lieu du Campement, Qu'un Tapis Printanier couvroit superbement , Qu'on les veid , à l'instant , sans quiter les Epées ,
70 Les Pics dedans la main , ardamment occupées.
Leur noble empressement fut tel qu'en demi-jour La Plaine fut changée ainsi qu'en un grand Bourg , Rempli de tous costez de Maisons & de Rues Et , dans le même temps , de vivres bien pourvues.
75 En cette Martiale & nouvelle Cité
Etoit la Tante aussi de nôtre Majesté , Tout ainsi que pour Elle ornée ,
823 229. — Du 1. May 1667 (Robinet). 824
De Pavillons environnée , Avec quantité de Guidons , So Ayant mêmes ses Galeries ,
Ses Plates Formes , ses Balcons , Ses Sales & ses Ecuries , Et les autres Commoditez Nécessaires aux Majestez.
85 Les autres principales Tantes
Etoyent tout-a-fait éclatantes Et , tant ces Tantes-là que celles des Soldats , Occupoyent bien trois quarts de lieue & quelques pas Sur le Rivage clair du beau Fleuve de Seine , 90 Qui n'égayoit pas peu la belliqueuse Scène ,
Laquelle étendoit ses Cloisons De la Borde jusqu'à Maisons.
Sur le soir, l'aimable Monarque Avecque maints Seigneurs de Marque 93 Vint se promener en ce Champ
Et fit le tour du vaste Camp , Et c'est comment cette Journée De point en point fut terminée.
Le lendemain , sa Majesté , 100 , Qui dort bien moins qu'elle ne veille ,
Et dont la Martialité Fait qu'aussi bien des Gens ont la Puce à l'oreille ,
Revint en ce Lieu , le matin , Où lors tous les Soldats , l'Epée nue à la main , 105 ' La receurent , remplis de joye ,
Au bruit de leurs Concerts & des belliqueux Tons
Des Tymbales , Tambours , Hauts-Bois , Fifres , Clairons ,
Qui font abandonner à Mars une Ame en Proye.
Ensuite Elle disna dessous une des Tantes , 110 Et l'une des plus apparantes ,
Du Cornette , dit-on , de ses Chevaux-Legers , Et puis , ce Repas fait , qui fut des plus légers , Elle donna ses soins à diverses Affaires , Sans doute de FEstat autant de grands Mystères, 115 Desquels , par conséquent , je me tairay fort bien ,
Et même d'autant mieux que je n'en ay sceu rien
Sur le Soir, lors que le Zéphire , Que Flore tient sous son Empire , Eut poussé jusqu'au Camp ses soupirs amoureux , i?o Ce grand Roy nt ranger ses Troupes en Bataille ,
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Où , quand c'est tout de bon , la Parque en plein Drap taille Et remplit ses avides Vœux.
Ces Troupes , étans sur deux Lignes , Plurent au Souverain & lui parurent dignes 125 Des Soins que chaque jour nous voyons qu'il en prend,
Et leurs regards de feu sembloyent aussi lui dire ,
De rang en rang , Qu' Elles iroyent par tout étendre son Empire.
Au reste , le brillant & céleste Flambeau 130 Ne pouvoit éclairer un Spectacle plus beau ;
Rien n'étoit plus superbe & plus leste & plus riche
Que d'or & que d'argent brilloit sur les habits !
Et dessus les Castors que de Plumes de prix !
Aucun là ne sembloit & ni pauvre & ni chiche , 135 Et la Pompe , éclatant jusques sur les Chevaux ,
Ne montroit à nos Yeux par tout que des égaux.
Deux merveilleuses Héroïnes ,
Lors en Vestes & Capelines ,
Et les Pieds dans les Etriers , 14" Sur deux aimables Destriers ,
A sçavoir la Reyne & Madame ,
Si belles , & de Corps & d'Ame,
Que c'est pour la Muze un grand Champ
Vinrent ensemble voir le Camp , 145 Certe , à la Teste d'une Troupe
Qui de I'Amour a Vent en poupe.
Toutes ces exquises Beautez
Qui triomphent des Libertez ,
Mêmement sur les plus hauts Trônes , 150 Etoyent vraiment en Amazones ,
Et pourtant fort en différoyent ,
Car je pense qu' Elles avoyent ,
Par une meilleure fortune ,
Deux aimables Tétons chacune , 155 Et , quoi que dessus leur fierté
Elles réhaussent leur beauté ,
Elles ne sont ni Lycantropes ,
Ni , comme je croy, Mysantropes ,
Et , pour l'honneur de leurs Appas , i6o Aussi ne le faudroit-il pas.
Ces chères Sources de Délices D'un bout à l'autre ayant visité les Milices , Qui receurent de leurs beaux Yeux , Le faut-il demander ? mille coups furieux , I «65. On les veid retirer , en très-belle Ordonnance ,
827 229- — Du 1. May 1667 (RobinetI 828
Dessus une Eminence , Et ces Troupes , tout à l'instant , Comme par hommage éclatant Qu'elles vouloyent rendre à leurs Charmes , 170 Firent trois Salves de leurs Armes ,
Qui , pour ce soir-là , tinrent lieu D'un assez raisonnable Adieu , Car ces Milices triomphantes S'allèrent retirer aussi-tôt sous leurs Tantes.
«75 Quant au beau Sexe , en bonne foy,
Il vint dessous celle du Roy , Où , dans une riante Sale , Les attendoit un grand Régale , Et puis la Troupe alla soudain
180 Chercher son Gîte à Saint Germain.
Cela dura quatre Journées , Les Dames étans , chaque jour, De nouvelle façon ornées Et plus charmantes que I'Amour , »85 Mais qui , pour attraper ces Belles
Et pour être aussi charmant qu'elles ( Jugez si le Drôle étoit fin ) , Vint là montrer son nez , sous celui du Dauphin.
Dimanche , tout Paris sortit hors de lui-même 190 Pour aller voir ce Camp qui faisoit tant de bruit ,
Et veid avec plaisir extrême Ce Royal & charmant Déduit.
Mais maint Prêcheur n'en fut pas aise , Car, ne vous en déplaise , 195 Etant dans la Chaire monté ,
Je vous le di , sans que je raille , ^
Quoi que le dernier coup eust fort long-temps tinté , |
Il trouva seulement des Auditeurs de Paille. i|
Nôtre rare Auguste , Mardy ,
aoo Non , je voulois dire Lundy , ^
Renvoya ces galantes Troupes , ^ ^
Jusques à nouvel ordre , en leurs premiers Quartiers , j, Et l'on dit que, bien-tôt , en Pays de Lauriers ,
Elles iront tailler leurs Soupes. .
305 Déjà , le bruit en vole & se répand par tout ; î
Plus d'une Nation en demeure à l'écoute.
Mais attendons jusques au bout :
Nous devinerons tout quand nous sçaurons la Route ,
829 229- — Du 1. May 1667 (Robinet;. 83o
Et , chez qui que ce soit , il ne faut pas qu'on doute ajo Qu'il ne soit réduit à Quia
Et que nous n'en chantions Ici Victoria*
Mais , pour achever nôtre Epitre , Passons à quelqu'autre Chapitre , Et mettons dans nôtre Narré 215 Que I'Abbé de Bar fut sacré
( Lequel , je croi , n'a pas nom Jacque ) EvESQUE d'Acs , à la grand' Pasque , Avecque un si noble Appareil Qu'on n'en void guère de pareil ; 320 Et , comme c'est à juste Titre
Qu'il est coëffé de cette Mytre Et que son grand mérite a fondé son Bon-heur, Qu'il en fut applaudi de force Gens d'Honneur.
Je ne pus cet Article mettre 225 En ma pénultième Lettre ,
Non plus qu'un autre que voici , Des plus dignes de mon Souci ; C'est qu'en nôtre Françoise & docte Académie , Dont est Chef l'illustre Séguier , 2ÎO On avoit, avec preud'homie ,
Receu Monsieur Colbert , l'autre Jeudy dernier.
Le Duc de Saint Agnan , qui joint, de bonne grâce , Aux beaux Lauriers de Mars les Lauriers du Parnasse Et sert aux Courtisans de Modèle aujourd'huy, 235 De la part de ce Corps , l'alla prendre chez luy
Et le mena dans I'Assamblée , Qui d'alaigresse fut comblée De se voir un si grand Appuy.
Il y montra qu'en nôtre Langue 340 II sçavoit faire une harangue
Et du beau stile & du bel air , Et , prenant nôtre charmant Sire Pour le sujet de son bien-dire , Dessus un si beau Texte on le veid triompher.
^5 Enfin on reconnut que ce sage Ministre
( Que Dieu gard de tout cas sinistre ! ) Etoit en tout un grand Mortel Et que , pour le payer des utiles merveilles Que tout r Estât doit à ses Veilles ,
«so Les Muses lui devoyent chez-Elles un Autel.
La Chose me parêt bien juste :
Il est leur Mécénas auprès de nôtre Auguste ;
83 1 229- — Du 1. May 1667 (Robinet). 832
Oui , par lui , ce grand Roy leur répand ses faveurs , Et ces Reynes de la Science , 255 Ces nobles & divines Sœurs ,
Veulent , pour cet effet , être toutes de France.
Deux des plus beaux Arts libéraux Qui dépandent de leur Empire , Qu'après la Nature on admire 2^° Comme ses illustres Rivaux ,
A sçavoir la Peinture Avec I'Architecture , L'appellent bien souvent aussi En leur Royale Académie , 2^5 Et de son obligeant Souci
Lui demandent une partie , Si qu'on peut dire , de bon sel , Qu'il est seul aujourd'hui I'Esprit universel.
Mais passons à quelques Nouvelles.
^70 Celles de Rome sont peu belles ,
Et le Cardinal Roberti
Fut , dit-on , n'aguére , averti ,
Par Lettres du Quatorzième ,
Qu'Alexandre , au Moment extrême , *75 Sentoit enfin pancher ses Jours
Par un tout visible decours,
Ce qui l'a contraint , sans attendre
Le Bonnet qu'on lui venoit rendre , A partir pour aller en ladite Cité 280 Sçavoir s'il faudra faire une autre Sainteté.
J'ay sceu , de bon Lieu , que I'Ibére Dessus les Moyens délibère De s'opposer aux Portugais , Et qu'il s'en va , sur nouveaux frais , 285 Envoyer des Gens de Rapière
Les Rembarrer sur la Frontière.
LA NAÏVETE.
Un nouveau Marié , désirant mériter
La Pension que I'Edit donne
A ceux qui pourront présenter 1
290 Dix Enfans , ainsi qu'on l'ordonne , ^^
Achetoit , ce dit-on , n'aguére dix Berceaux , t
Afin d'y dôdiner autant de Populos ,
Qu'en Brave il espéroit avoir dans une Année ;
Et, comme il s'expliquoit sur de si grands Explois,
295 II disoit que sa Femme , ayant , au premier mois ,
Déjà d'un beau Garçon commancé sa Lignée ,
833 229. — Du i. May 1667 (Robinet). 834
Il espéroit dans dix avoir , de sa façon , Encor le dixième Garçon.
Vous laissant à tirer la juste conséquence ,
300 Je vais dater ma Lettre en toute diligence.
Elle est du trente Avril , telle-quelle , ma foy, Car mon Mal me réduit en un si triste arroy Que même je crains bien que , pour l'autre Semaine , Je ne puisse r'ouvrir ma Veme.
A Paris, Chez F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.
(Biblioth. nat. Le*, 22. Rés. — Bîblioth. Mazarine , 296 , A^. — Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 8. May 1667.
Notre Rheumatisme a fait gille , Il a , tout de bon , détallé , Et je ne suis plus désolé , Mais alaigre , dispos , agiile.
Je vais donc , comme un Rodomont , Regrimper sur le double Mont ,
Afin d'y façonner un May pour son Altesse.
Ma Clion m'aydera dans ce noble Dessein , Et je voi qu'avec alaigresse
Elle vient à l'instant me présenter la main.
Il est encor arrivé noise
A la DiÉTE POLONOISE ,
Sur le Point de I'Arriéreban Que maints Nonces , avec hahan ,
'5 Soûtenoyent être nécessaire Et se devoir promtement faire.
Mais ce discord fut appaisé Par le Discours bien avisé De Cazimir , RoY de Pologne ,
20 Qui toujours a prou de besogne.
Jugez quel est son embarras :
Il a , d'un costé , sur les bras ,
Le Tartare , d'humeur cruelle ,
Avec le Cosaque rebelle ; 25 II craint les Turcs , d'une autre part,
Se voyant contr'eux sans Rempart.
Les Troupes de Lithuanie ,
Le Castelan de Posnanie
Et maints autres Je ne sçai qui , 30 Rejettons de Lubomirsqui ,
Avec leurs pieds tortus font rage.
O voyez donc de quel courage
Doit être un Prince revêtu .
Et ce qu'il lui faut de vertu
23o. — Du 8. May 1667 (Robinet).
33 Dans les bizarres conjonctures De tant de sortes d'Avantures !
On écrit que le Grand Sultan , Animé par Monsieur Sathan Contre ledit Roy du Sarmathe ,
40 Que la Guerre intestine matte , Pour , après , le mieux insulter,
< Se propose enfin de quiter
Ses grands Projets sur la Candie , Quoi que la Renommée en die ,
45 Et que , selon ce sien désir, Il a fait sçavoir au Visir Qu'en bref, avec la République , Employant bien sa Politique , Il conclue une Trêve ou Paix.
50 Or, cela flatant ses souhais , Voyant bien qu'il perdroit sa peine Devant la Métropolitaine Et , par un plus rude méchef , En suite, peut être , le Chef,
35 II n'oubliera rien , chose seure , Pour la Trêve ou la Paix conclure.
D'ailleurs aussi le Vénitien Non plus , je croy, n'obmettra rien Sur un Point qui trop le regarde ,
60 Et son Sénat prudent n'a garde De laisser échaper, non , non , Une si belle Occcasion.
Ainsi donc , des uns l'Infortune Aux autres seroit opportune ;
63 Mais suspendons tout jugement , Car il en peut être autrement Et , bien souvent , une Nouvelle D'un jour à l'autre n'est plus telle Et , sur tout , venant du Levant,
70 Autant en emporte le Vent.
Quoi qu'il en soit , le Marquis Ayant quité la grande Ville [Ville, Où , pour cet Estât Vénitien , Il a montré du cœur très-bien ,
T^ Comme aussi beaucoup de prudence.
Il s'en revient, en diligence, Prés du beau Duc des Savoyards , Pour marcher, sous ses Etendards , Contre la Ville Genevése ,
80 Qui fait contre lui la mauvaise ; Mais ailleurs nous en parlerons , Quand un peu plus nous en sçaurons.
Une autre importante Nouvelle Tient les Curieux en cervelle ,
83 Car cela peut estre un faux bruit : C'est que , du quinze Avril la nuit , A la fin , I'Ame du Saint Home , Quitant le Grand Siège de Rome , Alla , dans le Céleste Lieu ,
90 En prendre un autre auprès de Dieu. Ainsi soit-il , si d'avanture L'Avis n'est pas une imposture î Tout bon Chrétien doit aujourd'huy Faire ce dernier Vœu pour luy.
93 On dit que le Prince de Parme , Priant delà guerrière Allarme Et qui- se signale vraiment Dedans le beau Commandement Qu'il a de la Cavalerie
!oo Du Monarque de I'Ibérie , S'est saisi sur les Portugais , Qui n'en ont pas été plus gais , D'un Fort d'assez grande impor- Et qui donne pleine licence [tance
105 Aux Fourrageurs des Espagnols
De dénicher des Rossignols.
Leur Gouverneur dedans les Indes, Où l'on conêt le Dieu des Brindes , A repris , dessus les Anglois ,
1 10 Par un de ses plus beaux Explois , L'IsLE de Sainte Caterine.
S'ils en sont d'une humeur chagrine, Vous le devinez aisément ; Mais , las ! alternativement ,
115 En Guerre doit-on pas s'attendre, Quand on a pris , à voir reprendre ?
Mais je croi qu'on ne verra plus ^ Ce belliqueux Flus & Reflus Entre I'Ângleterre & I'Hollande,
ï 20 Car, de la façon qu'on le mande , Elles vont , selon nos souhais , Tout de bon conclure la Paix.
Déjà , pour beaux Préliminaires , Qui facilitent les Affaires ,
125 Elles sont toutes deux d'Accord , Pour mieux terminer leur Discord , Qu'elles garderont les Conquêtes Que chacune des deux à faites.
23o. — Du 8. May 1667 (Robinet).
Ainsi le Britannique Roy «30 L'a fait sçavoir, de bonne foy, Par une Lettre bien conceue , Que , tout à mon aise , j'ay leue , I» Aux Puissans Etats Généraux , Comme eux , de sentimens égaux , ï35 Avoyent déjà daigné l'écrire A cet aimable & brave Sire.
Le
rquis
de
iriain
Un petit Lévrier , cependant , A la Chasse beaucoup ardant (C'est , pour plus clairement le dire,
140 Une Frégate , ou bien Navire , De quatre Pièces de Canon , Qui s'acquiert un très-beau Renom , Sous un Marquis, qui la commande), Ce Lévrier , donc , comme on le
[mande ,
>45 A , n'aguére , presque à la fois , Pris cinq Batimens des Anglois , Dont l'un fut coulé sous les Ondes , Autant améres que profondes , Et quatre à Brest furent receus ,
150 Voire même les bienvenus,
Sur tout un , où six Damoiselles , Ce dit-on , jeunettes & belles , Augmentoyent un riche Butin Qu'y faisoit trouver le Destin.
155 Mais , en avançant nôtre Epitre , Passons à quelqu'autre Chapitre.
Ces derniers jours , à Tarascon ,
mini- L'ArCHÉPISCOPUS d'AviGNON
toi] Posa , bien avant dans la Terre ,
ï6o La bénite & première Pierre
D'un CoNVENTd'AuGUSTiNs Déchaux, Qui par tout en ont d'assez beaux.
Mais , de crainte que l'on ne pense Que ce soit contre I'Ordonnance ,
«65 J'avertis qu'en Quarante-deux La Reyne Mère , au cœur pieux , Se déclara la Fondatrice De ce Monastique Edifice , Et que , tout fraichement , le Roy ,
^70 Par sa Patente , en bon arroy, A voulu de son digne zélé Rendre la Mémoire éternelle.
Une belle Procession Releva bien cette Action ,
•75 Où l'on compta, sans que je mente , Jusques à quatre cent cinquante
:ue rini
Penitens , de qui les habis [gris , Etoient tous bleus , noirs , blancs & Et dont huit , que fort on exalte ,
180 Sont mêmes Chevaliers de Malthe.
Apres eux , étoient Capucins , Observantins , Dominicains Et d'autres tres-Reverens Pérès , Que l'on appelle Trinitaires ,
185 Avec le Séculier Clergé ,
Dedans un bel ordre arrangé , Et plusieurs agréables Anges , Qui valoient beaucoup de louanges , Portans , en beaux petits Soudards ,
190 Des Guidons & des Etendards Aux Armes de la Fondatrice , A qui r Immortel soit propice !
La belle Orfeline de Foix Est decedée à dix-huit mois ,
195 Et cette si grande Héritière , Dans une fort petite Bière , Joint, en leur ténébreux Séjour , Ceux qui lui donnèrent le jour.
Sans la Parque, un peu trop hâtée,
20c Etant & belle & bien rentée ,
On l'eût vue , en temps & Saison , Bru d'une assez bonne Maison ; Mais jamais cette Mort sévère Nos Interests ne considère.
A Sainte
Geneviève
du
Mo^t
205 La noble Infante de Toussi ,
Laquelle déjà met Ici
A maints Cœur la Puce à l'Oreille , \
Ainsi qu'une jeune Merveille ,
Eut vraiment l'honneur, l'autre Jour, 210 D'estre , aux Yeux de toute la Cour,
Commère de nôtre cher Sire ,
Donnant , comme on vient de me
Avec sa grande Majesté , [dire ,
Pieusement , Chrétienté 215 Au Fils de l'heureuse Nourrice Madame
Qui , dessous un Astre propice ,
A donné , jusques à la fin ,
Du Lait à notre beau Dauphin.
Jeudy , ledit charmant Monarque, 220 Qui conduit à ravir sa Barque , Vinst se promener à Saint Clou , Lieu des plus délicieux., où Les deux Nompareilles Altesses
Moreau
23o. — Du 8. May 1667 (Robinet).
Qui sont les aimables Hôtesses
225 De ce Terestre Paradis ,
Lequel rend les Sens ébaudis , A miracle le régalèrent , C'est à dire le festinerent Tout à fait magnifiquement,
230 Proprement & royalement , Outre leurs Anges invisibles , En ayans là plusieurs visibles , Si beaux , si charmans , si touchans, Que l'on a les derniers penchans
235 A croire qu'autant que les autres Ils méritent nos Patenôtres , Et que le Lieu des Bien-Heureux Est où sont leurs aimables Yeux.
A propos de visibles Anges , 240 Le plus digne de nos louanges , A sçavoir celuy de Louys , Dont tous les Yeux sont éblouis , Nôtre excellente & sage Reyne , Le même Jeudy, prit la peine , 245 Par un tres-obligeant souci , De venir, ce dit-on , Icy, deiaj-ue Yqjj. {q^ iHustres Carmelites , Bouioy Qui sont ses chères Favorites , Ayant avec elle un Amour 250 Qu'elle-mesme a produit au Jour, Son brillant Dauphin , lequel passe Tous les Amours en bonne grâce.
Parlant de 1' Amour aujourd'huy, Je finis ma Lettre par luy.