‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 256 sur 317 · AVIS POUR RIRE · texte numérisé non relu

AVIS POUR RIRE

Comme la Ville de Paris

335 Est le Centre des beaux Esprits Et le Rendez-vous ordinaire Où , comme en leur plus noble

[Sphère , Viennent toutes sortes d'Agens , Possedans secrets & talens ,

340 Qui font qu'après eux l'on s'écrie Ainsi qu'après quelque Messie , Une Dame , dit-on , de Blois , Y fait grand bruit , depuis un mois , Par une Drogue merveilleuse

245 Et tout à fait miraculeuse.

Les Visages disgraciez Et les plus maléficiez , Ouy, les plus laids , les plus énor- En reçoivent de belles formes, [mes,

250 Et des Visages de Démon

(Il ne faut point dire : c'est-mon) Deviennent des Visages d'Ange , Dignes d'amour & de louange.

Enlevant la première Peau ,

255 Elle change un Teint de pruneau (O la belle Métamorphose !) En vray Teint de Lys & de Rose , Et , reformant yeux, bouche & nez, Tant ses éfets sont peu bornez ,

260 A la honte de la Nature ,

Leur donne une juste mesure ,

Du feu , de la vivacité

Et tout ce qui fait leur beauté ;

Si que cette Reformatrice

265 Passe quasi pour Créatrice.

On dit que des bourrus Objets , Qui font leur gloire d'être laids , Voyans plusieurs de leurs pareilles Briller comme jeunes Merveilles ,

270 Par l'éfet de ce grand Secret , Avec un murmure indiscret , En étans sotement fâchées , Les appellent les Ecorchées ; [pas Mais leurs discours n'empeschent

275 Que d'autres , qui manquent d'ap- N'ayent recours à cette Dame; [pas, Et , bien loin que je les en blâme , Je serois d'avis tout-de-bon Que chaque Masque & Laideron

280 Mist cette Drogue à son usage , Pour avoir un autre Visage.

Les deux tiers du Monde à nos yeux En plairoient dix mille fois mieux.

Courez-y donc , suivant l'Afiche ,

285 Et voyez si la colle on fiche.

Pauvres Laides à faire peur , C'est par ma-foy, de tout mon cœur Qu'à la Dame je vous envoyé , Afin que Belles l'on vous voye.

290 Mais , si c'est conte à plaisir fait Et qui ne soit d'aucun éfet , Je vous conseille , en conscience , De prendre tout doux patience.

250 Et de.

Madame , je me suis trompé Touchant le succez de ma Lettre ; La joye , encor un coup , m'a trop préoccupé , Et je l'ay, tout honteux, sous la Presse fait mettre.

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Ces Vers , soient-ils bons ou mauvais ,

Du TREIZIEME d'AoUST SONT FAITS.

A Paris , Che:( Ck. Chenault , Inip. & Lib., rue de la Huchette, aux Armes du Roy. Avec Privilège de S. M.

(Biblioth. nat. Lc^, 22. Rés. — Bibiioth. Mazarine, 296. A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET.] Du 20. Aoust 1667.

Madame , à qui j'écris , par un beau Privilège Que , grâce à Vous , j'obtins de l'auguste Seguier,

Hélas ! qu'un autre encore n'ay-je , Mais qui ne dépend pas de ce grand Chancelier ? Il le faudroit avoir des Filles du Parnasse , Et je l'apellerois , par un nom spécieux ,

Le Privilège glorieux

D'écrire à la Suprême Altesse

Dans le pur Langage des Dieux , 10 Avec grâce , enjouement , brillant , délicatesse

Et tous les autres agrémens , Dignes de son Esprit , le plus beau de ce temps.

Mais , pour ce Privilège , en vain je le désire , En vain je le demande à ces Sçavantes Sœurs , ,3 En vain sur leur Mont je soupire ,

Afin d'en obtenir ce comble de faveurs; Je m'en suis avisé trop tard , ce disent-Elles » Et je ne pares pas assez jeune à leurs yeux Pour désormais écrire mieux.

20 Croyons-en les nobles Pucelles ,

Et vous , grand Chef-d'œuvre des Cieux , Héroine parfaite & toute des plus belles , Au lieu du Sacrifice , agréez , par bonté , Comn[ie les Dieux, la Volonté.

25 Brillante A^ltesse , à propos d'âge , ■[

Cazimir sur le sien , m'a-t'on dit , s'excusa , 4

^ Lors qu'on luy proposa 1

Un second Mariage ; 'l

Il auroit souhaité d'avoir dix-huit ans moins ,

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30 Afin de s'aquiter plus galamment des soins

Qu'à jeune Epouse l'on doit rendre.

Ainsi , l'Entremetteur, aux yeux de maints Témoins ,

Eut beau disertement s'étendre Sur les rares Appas d'une paire d'Objets 35 Dont il laissoit régler le chois à ses souhaits ,

Il n'eut pour ces Beautez nulement le cœur tendre.

Ces Beautez-là pourtant Sont de bonne Maison , de Mérite éclatant : Des Sœurs de I'Empereur l'une même est l'aînée , ^ 40 Et l'autre l'est aussi des Princesses d'ÏNSPRUCK , d'Au?richerné^en'i655]

Et de bien des Vertus ornée. ^,^ J^^^^^'^'^^-i^'^t c

. . . . r M 1 d Autriche archiduchesse

Si je pouvois rimer facilement en pruck , d'innspruck, née en less]

J'étendrois leur Panégyrique ; Mais la Rime , en ce lieu me faisant trop la nique , 45 Je vous proteste , par Saint Luc ,

Que nulement je ne m'en pique.

Revenons au Roy Polonois :

Il va dépescher au plus vite , Auprez du grand Duc Moscovite , 50 Que l'on dit être un franc sournois ,

Un Ambassadeur de mérite , Lequel sera chargé , pour ce Duc , de Présens Dont à moy de pareils sembleroient fort plaisans. Et , sans mentir, fort acceptables.

55 Un beau Char attelle de six rogues Chevaux ,

Qui pourront le traîner & par monts & par vaux , En est un qui n'est pas des moins considérables ; L'autre est un grand Bassin d'argent , Accompagné de son Aiguière , 60 Qui , ce m'a dit certain Agent,

Certe au premier ne cède guiére , Car il est de vingt mille écus , Pour le moins & non pour le plus ; Item , une Montre sonnante 65 Est de ce beau Régale encor ,

Montre tout-à-fait éclatante Et couverte de plaques d'or.

Où brille aussy la Pierrerie Dont rinde Orientale est si riche & fleurie , 70 Si bien donc que le Duc y pourra plaisamment

Compter les heures de sa vie Et mesme en voir marquer jusqu'au dernier moment D'une Aiguille de Diamant.

Mais cette Montre-:cy rapelle en ma mémoire , 75 L'assez plaisante Histoire

D'un Ministre de Charenton.

Allant faire , un matin , le Prêche , ce dit-on ,

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Il trouva trois quidans qui disputoyent sur l'Heure Et qui , Tappercevans , disoyent : « Voicy Monsieur 80 » Qui pourra décider qui gagne la Gageure. »

Alors , tous à la fois , & d'un ton de Brailleur : « Monsieur, » s'écrient-ils à l'honnête Ministre ,

« Daignez-nous dire , s'il vous plaist ,

» L'Heure que maintenant il est. »

g^ Luy, ne prévoyant rien en cela de sinistre ,

« J'ay, » leur replique-t-il , « la Mesure sur moy. »

Ce disant , une Montre il tire Et la leur laisse voir tout à la bonne-foy ; Mais l'un des Compagnons , se metant à sourire : « Devineriez-vous bien , » ce luy demande-t'il ,

« Quelle heure marque cette Aiguille ? » — « Faut-il , pour vous répondre , être si fort subtil ? »

Repart le Ministre à ce Drille ,

« Il est sept-heures demy-quart. »

« Ouy, mais, » réplique l'autre, « ajoutez que c'est l'heure » Qu'il faut que vôtre montre à tous trois nous demeure. » Et , là-dessus , tous trois luy dirent : « Dieu vous gard ! » Vous jugez bien qu'iceux étoient gens d'industrie , Et , pour l'homme dupé , vous jugez bien de plus Combien , après sa perte & telle raillerie , Il demeura confus.

Au reste , qu'il est de ces Drôles Habiles à jouer ainsi de jolis rôles ! Le bon Jour de 1' Assomption , Il s'en trouva dans Nôtre-Dame Qui s'avisèrent , par m.on ame , D'une diantre d'invention Pour dessus les goussets faire une irruption. Tandis qu'on y chantoit l'Office en haute gamc. Quelques-uns d'eux , étans à la Voûte montez , Jetèrent dans la Nef & parmy l'assemblée Trois ou quatre plâtras qu'ils avoient apportez , Et l'Assemblée en fut en un tel point troublée , Ces marauts-là crians que la voûte alloit choir, Que tout chacun son poste quite , Avec des cris de désespoir, Et , pesle-mesle , essaye à gagner la guérite. Or, dedans ce désordre , où l'un est décoeffé ,

Où l'autre a les côtes froissées , Où celuy-cy du moins a quatre dents cassées , Et tel autre est même étoufé , Où celuy-cy pert sa perruque , Qui laisse à nud sa laide nuque , Cet autre enfin son beau rabat , ,33 Et telle Dame aussi son mouchoir & ses perles ;

Pendant , di-je , ce beau sabat , Le reste des Filous , qui sont tous de fins Merles , Nettoyent les goussets , se chargent de butin

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Et font une récolte , en un mot , des plus belles, ,30 Ah ! ce tour-là vaut bien que le juste Destin

Les fasse un jour monter aux Cieux par des Echelles.

Mais pour revenir aux nouvelles Dont nous a fait sortir cette digression , Il n'est pas fort constant , dit-on , 135 Que les Musulmans infidèles

Ayent , en Candie , encor quité Le siège de la grand' Cité.

Il est seur seulement que le preux Marquis Ville » Qui deffend comme il faut cette importante Ville , 140 Les a repoussez fièrement

Jusques dans leur retranchement ; Et , sur ce point , la Renommée Un Qui-PRO-Quo sans doute a fait , Ayant esté mal informée ; 145 Voila ce qui , je pense , en est.

Mais parlons un peu d'autre chose.

J'ay sceu , d'un grand homme à dada , Que le Traité de Paix , contenant mainte clause , Fut , enfin , l'autre-jour, signé dedans Bréda , 130 Avec force cérémonies.

Voila donc les noises finies Entre-nous désormais & Messieurs les Anglois ,

Ainsi qu'entr'eux & les Danois , Et les braves Estats des Provinces-Unies.

155 II n'en est pas de même entre I'Ibére & nous ;

Il aime moins la Paix qu'il n'aime la Castille ,

Quoy qu'elle soit du Ciel la sainte & digne Fille ,

Et que les Siens par-tout succombent sous nos coups.

Il s'en va perdre Lile : ouy, dans quelques journées , 160 Cette belle Ville est au Roy

Et nos charmantes Destinées La feront voir dersous sa Loy, Malgré sa Garnison si forte

Et son preux Gouverneur, le Comte de Broué , 165 Qui , selon ce qu'on en rapporte ,

Ne sçauroit être assez loué.

Tant plus brave il sera , Louis aura de gloire D'emporter sur luy la victoire :

C'est de tels Ennemis qui sont dignes de luy. 170 Et je sçais qu'il reçoit sur sa brillante Teste

Avec quelque espèce d'ennuy Le Laurier de toute Conqueste Qu'il ne doit qu'à ce grand bon-heur

Qui si facilement le rend par-tout Vainqueur.

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