LE NOUVEL ACTÉON
255 Un bon & véritable Hermite , Et non point du tout hypocrite (Comme maint, digne d'être Hon- Allant de Guise à Trepigny, [ny,) Prés d'où , dit-on , étoit sa Grote ,
260 Comme il faisoit un temps de crote Et que le Jour, à-cu réduit , Faisoit place à la noire nuit , Il fut prié , par bien-séance , De gîter en certaine Censé
265 Qui se trouvoit sur son chemin.
L'Hôte , le prenant par la main , Ravy de tenir le bon Père , L'emmené , lui fait grande chère , Et puis , luy-même , le conduit
270 En bonne chambre & fort bon lit.
Or le brillant Fallot du Monde N'eut pas mis le nez hors de l'Onde Pour redonner naissance au Jour, Commençant son oblique Tour,
275 Que luy pareillement dégîte ,
Pour s'en retourner au plus vîte En son solitaire Manoir.
Mais en quel mal-heur va-t'il choir Et quel est l'étrange Desastre
280 Où le conduit son mauvais Astre ?
D'illec à peine est-il dehors , Hélas ! qu'il se sent prendre au corps Par huit gros Limiers de la Censé , Qui prennent sur luy la licence
285 Que prirent , dit la Fiction , Autrefois les Chiens d'Actéon Sur le corps de leur propre Maître.
Mais quoy ? dans ce dernier Bissétre, L'Hermite n'étoit point cornu
290 Et n'avoit , certe , non plus vu , Comme ledit défunt Profane, A nud le beau corps de Diane ; C'est pourquoy donc ces Chiens
[pervers Avoient bien l'esprit de travers
295 De traiter ainsi le pauvre homme.
Aussi , pour tout vous dire en som- Ils n'ont pas fait inpunément [me , Ce Meurtre si félon nement ; La juste Justice de Guise
300 Les ayant fait , de belle guise , Tous étrangler par l'Ecorcheur, Pour montrer, par telle rigueur, A tous Dogues des autres Censés A corriger leurs violences ,
305 Et ne pas aller faire ainsi
Un Qui-pro-Quo , comme ceux ci.
Voila ma Lettre assez remplie ; Puisse-t'elle vous plaire , ô Prin-
[cEssE accomplie.
En Octobre , le vingt-&-deux , 310 Je la rimay pour vos beaux Yeux.
A Paris, chtT^ Ch. Chenault, imp. & Lib. Sa Majesté.
rue de la Huchette, aux Armes du Roy. Avec Privilège de
(Biblioth. nat,, Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296 A3.)
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LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 29. Octobre 1667.
Je vais faire , au Parnasse , un tour de Biouac
Pour le plus digne Objet qui , de France en Affrique ,
Mérite qu'on le loue en Vers , Prose & Musique ,
Et qui soit plus fécond en Appas , sans Mic-Mac.
Muze , qui haïssez le Parfum de Tabac ,
Déesse de l'Histoire & de la Politique ,
Par qui tous les huit jours ma Lettre je fa Brique ,
Sus , la Belle , aidez-moy, non Ab hoc & Ab hac.
Le Jour déjà s'avance & s'enfuit sans Remède ;
Donc , de par Jupiter & son cher Ganiméde ,
Dépêchons nôtre Tâche & laissons les Rébus.
Apres , nous souperons de Poulet ou d' Eclanche ;
Mais bon ! en mange-t'on la veille du Dimanche ,
Si l'on n'est Parpaillot ou Chrétien de Bibus ?
»5 On a conduit , de Varsovie , La Reyne morte à Cracovie , Dans un riche & pompeux Cercueil, Avec tout le superbe Deuil Que la vaine Grandeur Royale
20 Dedans les Obsèques étale ; Et ce Corps , jadis plein d'Appas , Mais maintenant par le Trépas Rendu, sans doute, affreux & hâve, Est logé dans la sombre Cave
25 Où gîtent tous les Défunts Roys Et les Reynes des Polonois.
Telle est par-tout la Catastrophe Des Personnes de cette Etophe, Car, en tous lieux , en tous Estats ,
30 Les plus sourcilleux Potentats , [re ; Comme nous, ont leur dernière heu- Faut , di-je, que chacun d'eux meu- Qu'il entre dans le Monument , [re, Jusques au jour du Jugement , I 35 Et qu'ainsi sa Gloire s'efface ,
34 du est suppléé.
Sans qu'il en reste aucune trace , Sinon par quelque petit bruit Qui bien-tôt après se détruit.
Mais brisons sur cette Pensée ,
40 Quoi que très-juste & tres-censée , Pour ajouter que Cazimir , Qui ne peut rire ni dormir.
Ce dit-on , en aucune sorte , Depuis la mort de sa Consorte ,
43 Voulut assister au Convoy, Quoy que d'ailleurs en desarroy, Et par la Fièvre & par la Goûte , Où nul Médecin ne void goûte , Et dont chacune , tour-à-tour,
50 Attaque ce Prince , en son Jour, Comme si ces deux Maux barbares S'entendoient avec les Tartares Et les Cosaques rebellez , Par qui ses Pays sont troublez,
■s5 Quand les uns gémissent & crient, Les autres chantent , ballent , rient ,
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