Du 4. Juillet 1666 (Mayolas
Pluzieurs vont-ils, comme Narcisse,
40 Se mirer dans son précipice , Dans une fontaine ou ruisseau , Dans un bassin, dans un seau d'eau?
Certains, sur les Tours Nôtre-Dame, Veulent voir ce corps jusque en
[l'ame ,
43 Pendant qu'un voizin, blanc ou noir, Tient entre ses mains un miroir.
Filles , Garçons , Hommes & Fem-
[mes, De grands Seigneurs , de belles Da- Les niais & les Esprits forts , [mes ,
30 Les Sçavans comme les butors , Astrologues & Philozophes , Jeunes & vieux , Faizeurs de Stro- A la rezerve de moy seul [phes , Qui repoze sur mon linceul ,
33 Etoient grand matin en campagne , Faizans des Châteaux en Espagne , Pour voir le Soleil éclipsé Par le Corps Lunaire opozé , Suspandant icy sa lumière
60 Comme sa chaleur coûtumiére.
Par pure imagination.
Sous cette constellation , D'abord quantité se plaignirent , Un grand mal de teste sentirent ,
63 De facheuzes émotions ,
Des maux de cœur, des fluxions ; Et tout cela venoit , je pense , Non de la maligne influence , Mais de se lever trop matin
70 Sans avoir pris un doigt de vin, [res, Puis qu'un moment avant cinq heu- Soit aux champs ou dans nos de-
[meures , Hier on se leva promptement Pour lorgner son commencement ,
75 Qui finit à l'heure septième , L'horizon étant un peu blême.
Il me semble que ces bas lieux Sont tant soit peu trop loin des Cieux Pour pouvoir lire dans les Astres
80 Nos fortunes ou nos dézastres.
Leurs éfets êtans incertains , Je conseille à tous les humains De n'en tirer qu'un beau prézage , Puis-qu'au dessus d'eux est le sage ,
85 Et l'on doit fuir, selon mon sens , A s'afliger avant le temps.
44 jusques.
douaiiii
Il faut que le monde confesse Qu'un Amant pour une Maîtresse , Ny pour une Epouze un Epoux , 90 N'a jamais fait de plus beaux coups, Montré plus de réjouyssance , Ny marqué plus d'impatiance Que r Empereur avec sa Cour En a témoigné , l'autre jour, 93 Ayant sceu par un prompt message Le départ & le Mariage De l'Objet superbe & charmant Qui fait tout son contentemant , De I'Impératrice , ou I'Infante ,
100 Dont la démarche est un peu lente , Puisqu'il fit d'abord , ce dit-on , Pour cela chanter Te Deum Dedans l'Eglize Augustinienne , Une des plus belles de Vienne.
103 Maints canons mis sur les ramparts Faizoient ouyr de toutes parts La nouvelle , en cette journée , De cet important Hymenée , Dont les heureux événemans
1 10 Réjouyssent les Alemans.
L'Impératrice & les Princesses , Beiie-: Avec Duchesses & Comtesses , Allèrent avec gayeté A ladite solennité ,
113 Et vingt Seigneurs, sans hyperbole, Lors tous vêtus à l'Espagnole , Déclaroient , suivant I'Empéreur , L'extrême plaizir de leur cœur.
On fut en suite aux Favorites ,
i2oMaizon non pas des plus petites , Mais un Palais des plus pompeux , Pour y jouer mille beaux jeux.
Ignace , qui vaut un Pompée , Emporta le prix à l'êpée ,
123 Et le susdit prix qu'il gagna L'Impératrice le donna , Qui fut une Echarpe dorée , De Diamans toute parée.
Après ce divertissemant ,
130 Dans ce Château vaste & charmant, Elle fit un fort beau regale A cette Troupe Impériale.
Mademoizelle de Nemours Avance doucement son cours.
133 Cette Princesse illustre & belle Est arivée à la Rochelle Avec celle qui la conduit , L^Yelt *
ly 140. — Du 4
Dont la vertu beaucoup reluit.
Le florissant Duc de Vendôme ,
140 Un des Grands Princes du Royaume, Dépuis des jours quatre fois trois , Chemine vers les Rochelois , Et celuy qui fait l'Ambassade, Peut-être se trouvant malade,
145 Dans un' litière ayant été En icelle ville porté , Ce Prince , dont je suis bien aize , Pour sa Majesté Portugaize , Pompeuzement l'épouzera ,
130 Puis un autre l'escortera.
Prézentement dans la Pologne , L'on parlemante & l'on se cogne.
Bon-jour , bon-œuvre ! l'on m'a Que , Jeudy dernier, l'on ouyt [dit
155 De grand matin marcher du monde Qui faizoient doucement la ronde , Non à l'entour de mon hôtel , Mais autour du Pont Saint Michel.
Le Bourgeois, qui chaque an s'aprête
160 A célébrer cette grand' Fête , Avoit fait , d'un soin diligent , Amas de vaisselle d'argent Pour des écus prés de cent mille , Et de mainte pièce gentille ,
165 De maint tableau , de maint miroir, Pour mieux orner le Repozoir.
Vingt personnes portans des mas-
[ques , Des longues brétes & des casques , Le pistolet & dague en main ,
170 Animez d'un mauvais dessein , S'en allèrent dans la boutique Du Fourbisseur plus autentique , Qui chez-lui conservoit encor Cette parure & ce trézor.
175 Ils marchandèrent une lame f Cachans le dézir de leur ame) , Mais , l'ayans découvert bien-tôt , Celuy qui gardoit le dépôt , Scachant bien manier les armes ,
180 Repoussa fort lom ces Gens-d'ar- Avec l'aide de ses voizins , [mes , Ses confrères & ses couzins , Et prit un de ces Personnages , Qui lors ne sembloient pas trop sa-
185 Et cela leur fut bien amer [ges ;
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De ne rencontrer que du fer.
Que piques & que halebardes , Et des Fourbisseurs sur leurs gardes.
Ce bruit cauzant de la terreur, 90 Ayant détourné leur labeur, L'apareil de cette journée Est remis jusqu'à l'autre année.
Madame de Montmorency Est exempte de tout soucy.
195 Cette Duchesse vertueuze , Aussi constante que pieuze , De l'illustre Sang des Ursins , Vient de décéder à Mouhns Au Couvent de Sainte-Marie,
200 Où pour Elle encore l'on prie , Y possédant la qualité De la Supériorité.
Son Corps , avec pompe funèbre Non moins lugubre que célèbre , •
205 Pozé dans un plombé cercueil , Le premier apareil de dueil , Fut transporté dans son Eglize ( Où son Nom l'on immortalize ) , Qu'elle a fait bâtir richement
210 Pour luy servir de monument.
De diférentes Armoiries , Toutes faites en broderies, .
Dessus un Drap de velours noir.
Sur son cercueil se faizoient voir ;
215 Une grande Chapelle ardante , Aussi triste que rayonante , Eclairoit ce sombre apareil Au lieu des rayons 4u Soleil.
Cela fait , on fit le Service :
220 Le Chapitre y fit maint Ofice ; Le Révérend Père Dudoy , Jézuite Beaucoup plus éloquent que moy , D'une façon scientifique Prononça son panégirique ;
225 Puis on mit ses os précieux Prés du sepulchre glorieux Qu'à son Epoux elle fit faire Avec un soin extr'ordinaire.
Comme elle m'estimoit un peu ,
230 Dès-à-prèzent je fais le vœu , En fidelle historiographe , De mètre icy son Epitaphe :
Passant, tu vois dans ces confins Dame Henriette des Ursins.
235 Sans bruit & sans pleurs fais ta poze : Elle a tant pleuré , tant veillé ,