Du 8. Juillet 1666 (SUBLIGNY
Revenoit à deux cens pistolles , La façon y donnoit encor tant de splendeur Que /pour ne perdre pas trop de temps en paroles ,
J'en dis autant pour le brodeur.
Le brave de Clermont & l'Illustre Bethune , Celuy-cy comme Enseigne & l'autre Lieutenant , Estoient aussi vestus de façon non commune
Et marchoient d'un air surprenant ,
Mais tousjours tous sur la verdure.
Gardes , Exempts & Brigadiers ,
Les grands & menus Officiers,
Portoient tous la mesme teinture ,
En sorte que , dés ce moment ,
On eut pu dire avec franchise
Que la Princesse eut esté prise
Sans vert assez mal aisément.
Son Altesse revint , la Messe estant finie , A travers cette belle & leste compagnie ;
On en détacha les mieux fais
Pour aller garder son Palais ,
Et l'on avoit orné chez Elle
Une magnifique Chappelle
Avec un trône à trois degrez Sous un des riches daiz qui se soient rencontrez ,
Où pour Grand-Maman Douairière
Estoit sur le premier degré
Seulement une simple chaire , A gauche du fauteuil pour elle préparé. A six heures du soir parut un beau carosse
Avec une suite fort grosse.
Dix Pages ayans tous manteau de velours vert
De douze galons d'or couvert ,
Des habits tout d'une parure ,
De la toille d'or pour doublure ,
Et force plumes & rubans ; Dix puissans Estafiers , du moins aussi pimpans , Cochers & Postillons d'une mesme fabrique , Menans six chevaux noirs , houssez de vert encor
Sous cent Chiffres couronnez d'or ,
Composoient ce train magnifique , Et le maistre en estoit Monsieur l'Ambassadeur Qui vint en cet estât , précédé de cent Gardes Et passant au milieu de mille hallebardes , Chez I'Objet enlevé , pour demander son cœur.
Vous attendez que je vous die
Qu'au moment qu'il luy demanda Cette jeune Princesse en fut toute étourdie?
Point du tout , elle l'accorda ;
Madame de Vendosme
6) A Que , sans vous conter babiolles.
63 A Les Chevaliers Clermont, Béthune.
7^-76 A De façon que l'Objet pompeux Qu'acconnpagnoit cette milice Se peut vanter avec Justice
D'avoir un tres-vert Amoureux.
93 A Trousse & pourpoint d'une parure. ()6 A presques aussi pimpans. — \02 A des cent Gardes.
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Elle fit peu la façonniere no Et s'en rapporta seulement
A sa Grand'-Maman Douairière , Qui donna son consentement Et dit qu'elle trouvoit sa recherche agréable.
Son Oncle en suitte se rendit [Louis, duc de
. 1 • I 1 VeodômeJ
115 Avec une pompe admirable
Dans la Chapelle que j'ay dit , Où les Prélats de Laon , de Lusson & de Xaintes , '^^?^^i„^'?.lVwV
. -loi» 1 • • >• Nicolas Lolbert
Les derniers en camail & 1 autre bien mitre , et Louis
Faisoient des postures fort saintes , ^' Bassompierre]
120 Attendant que tout fut entré.
Là tous deux , à genoux , prièrent , Et puis après se Marièrent.
Vous rieE quand je dis cela , Mais voicy comme il faut l'entendre ; 125 Soit que nostre Princesse eut la main un peu tendre
Pour celle de ce Seigneur là , Car la guerre pouvoit l'avoir fort endurcie , Soit que son Roy n'eut pas envie Que cela se fit autrement , 130 Tous furent de ce sentiment
Que I'Envoyé de la Couronne Et I'Oncle establiroient le seul nœud Conjugal , Et que les deux Espoux , estans en Portugal , Feroient tout le reste en personne.
135 Apres que I'Evesque de Laon
De trois mots eut fait une Reine , L'incomparable Grand'-Maman Fut pour la saluer chez elle en Souveraine , Mais ce fut inutilement.
140 La Princesse , malgré son nouveau Diadème ,
En luy baisant la main deux fois bien tendrement^
Se mit à ses piez elle-mesme.
Mais , si vous m'en croyez , passons vite cecy ; Comme cette action a de sensibles charmes 145 Et que des deux costez elle tira des larmes ,
Nous en pourrions pleurer aussi.
Son Oncle , le meilleur des Oncles du Royaume , La conduisit au Trône incontinent après , Qui peut-estre servit de baume 130 Contre l'excez de ses regrets.
L'Ambassadeur , genoux en terre , A ses yeux le premier s'offrit , Et puis , se redressant , d'un air pris à l'equerre , Baisa sa main & se couvrit ; 155 Autant en fit cet Oncle même ,
Et puis Monsieur l'Ambassadeur