A Quatre Cardinaux tres-ardans
Pour le service de la France :
Antoine , Rets , Madalchini Et l'autre appelé Manchini.
i6i 157. — Du 12. Aoust 1666 (Subligny). 162
Ne s'est fait voir à Rome avec plus de splendeur,
Et jamais , dans aucune Entrée , On n'avoit veu plus leste & plus riche livrée.
C'est tout vous dire , Monseigneur , iio Que , pour luy faire plus d'honneur,
Chacun y ferma sa boutique , Et qu'on fit de ce jour une Feste publique ,
Jusques-là que les Habitans
Donnèrent du vin aux passans.
115 Je vous contay, l'autre semaine ,
Avec quelle pompe & quel bruit Dans le Palais Farnese il fut enfin conduit ;
Il y reprit un peu d'haleine ,
Et puis se remit en chemin 120 Pour, sous l'agréable conduite
Du grand Anthoine Barberin , Rendre à Sa Sainteté sa secrète visite.
Mais c'est , ma foy, là qu'il parut Qu'on estime ce Duc de la belle manière , 125 Car Sa Sainteté discourut
.Avec luy prés d'une heure entière , Et , quoy que l'entretien ne fut qu'en complimens ,
Elle aymoit si fort à l'entendre
S'expliquer en termes charmans , 130 Qu'alors que , par respect , il vouloit se deffendre
De plus long-temps l'entretenir.
Elle recommençoit ce qu'il laissoit finir. Quand il fut de retour dans le Palais Farnese ,
Le Pape luy fit envoyer 135 Une quantité de gibier
Pour se rafraischir à son aise ; Et les fruits , les liqueurs & les vins delicas , A ce qu'on dit encor, ne luy manquèrent pas.
Hé ! plaise à Dieu , Dauphin aimable , 140 Qu'au moins ce vin inestimable,
Joint à la Bénédiction D'un Pape qui le voit avec affection Luy fasse, un jour, laisser un Fils qui luy ressemble !
Car, pour dire ce qu'il m'en semble , . 145 C'est une chose sans raison ,
C'est une cruauté qui n'a point de seconde , Qu'un homme, qui jamais n'eut de comparaison , Vive ainsi sans donner de ses pareils au monde.
J'apprens , enfin , de Midelbour 150 Que les Flottes se sont meslées
Et se seroient fort signalées Si le Ciel eut voulu leur donner un beau jour ; Mais il ne plût point à l'orage De favoriser le courage 155 -D^^ victorieux Hollandois.
L'inconstance des vents , dispersant , au contraire ,
I3jj yî A son retour enfin dans son Palais Farnese ,
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Tantost leurs bastimens , tantost ceux des Anglois , Fit qu'ils ne firent rien que de fort ordinaire.
Ils se mêlèrent toutefois , 160 Le quatrième de ce mois ,
Et leur choc , avec force extrême ,
Continua jusqu'au cinquième.
L'Escadre de Zelande & les Vaisseaux Frisons Commencèrent l'attaque avec la Flotte Angloise 165 Et, pour parler ainsi, soufflèrent les tisons
Jusqu'à ce que Ruiter , avec la Hollandoise ,
Par un impétueux effet ,
AUumast le feu tout à fait.
La chose alloit , dit-on , déjà de bonne grâce 170 Et chacun se chauffoit du bois qu'il souhaittoit,
Se couchant tour à tour l'un l'autre sur la place ,
Selon que le feu s'y sentoit , Quand un calme subit , malgré tous les pilottes ,
Par un contre-temps tres-cruel , 175 Avec un flus de Mer emporta les deux Flottes
Aux costes de Zelande, auprès de West-Capel , Et par cet accident , dont l'une & l'autre enrage , Fit que l'on ne pût pas s'y chauffer davantage.
Je ne vous ay rien dit de Tromp ; 180 Mais que voulez-vous que j'en die?
Il coule à fonds peut-estre une escadre qu'il romp , Et reviendra vainqueur ou bien perdra la vie. Le calme l'empeschant de se joindre à Ruiter N'empescha pas qu'en fort bon ordre 185 II ne mit, luy seul , en desordre
Tout ce qu'il vit se présenter Et qu'il ne suive encore en queue Les fuyards de 1' Escadre bleue.
Il commença le Mercredy, 190 Et ce mesme jour, à midy,
Avoit déjà brûlé trois Frégates Angloises. Ne nous chagrinons pas de n'en apprendre rien : Il est un grand chercheur de noises , Mais il s'en démesle fort bien.
195 Je sçay, de science certaine ,
Que le Chevalier de Lorraine Est , depuis Lundy, de retour Et qu'il n'ose paroistre en Cour, Tant il a peur qu'on ne luy die
200 Que les formidables Explois
Qu'il a faits pour les Hollandois N'ont point esté faits sans magie.
Il faudroit pourtant , par pitié ,
163 ^ & bastimens Frisons.