Du 22. Aoust 1666 (Robinet
Qui ne sont pas de chetifs Hères.
Après cela jugez , Lecteur, 160 Si le Marquis manque de cœur.
Non plus que de bonne cervelle , Pour avoir levé l'Escabelle , Fondé , comme il est , en Raison ; Pour moy, je réponds bien que non.
163 L'Impératrice , peu contante , Est encore Fébricitante , Et la Fièvre qui la retient Fortement aussi serre & tient Le Duc d'ALBUQUERQUE en Personne.
170 Bref, cette Fièvre , trop félonne , Comme on vient de me le conter, Fait par plaisir fébriciter La pluspart de son Domestique.
Voyez quel Destin lunatique
,73 Fait agir cette Fièvre ainsi , Pour faire mourir de souci L'Empereur & I'Impératrice , Sans faire à I'Amour sacrifice.
Ah ! cette Fièvre & le Destin
1 80 Ont un caprice bien malin !
Quant à la Reyne Portugaise , Elle est vraiment beaucoup plus aise.
Malgré de certains Vents mutins , Qui vouloyent faire les Lutins ,
185 Comme Partisans de I'Espagne , Dessus la flotante Campagne , Le petit Dieu qui fait aimer.
Etant tout Puissant sur la Mer , D'où sa MÉRE , en Amours féconde ,
190 Pour tout féconder vinst au Monde, Des flots émeus calma les bonds , Fit pai tout voir les Alcions , Et , comme dessus une Glace , La conduisit de bonne grâce
195 Et par un agréable sort ,
Saine & sauve , à Lisbone , au Port.
Dieu sçait comme elle y fut receue De qui Tavoit trop attendue :
L'Amour, l'Hymen & les Plaisirs ,
200 De I'Epous comblans les Désirs, Sçavent ce qu'en secret ce Sire Et lui pût faire & lui pût dire :
Vous le devinez , je croy, bien.
Sans donc vous en dire ici rien ,
205 Je vais par un autre Chapitie 203 Et vous,
Poursuivre la présente Epître.
Ah ! je tombe sur un Billet Qui ne contient rien de follet , Mais , certe , une triste matière
210 A faire humecter la Paupière Et tirer des soupirs du cœur.
Par une équitable douleur.
Le Feu , pire encor que la Gresle , L'autre Jour, s'étant pris à Nesle , en
215 Dans une Grange, sans nul bruit, Picardie A deux heures après minuit , Eparpilla si biçn ses fiâmes Que, glaçant d'efroy maintes Ames, Il fit des Cendres & Tisons
220 De quarante & tant de Maisons , D^où chacun , durant la Nuit bise , Sortit tout fin nud , en Chemise , Bien-heureux , pour tout résidu , De sauver son Individu.
225 Or de Grands & Petits la Bource Est l'unique & seule Ressource De tant de pauvres Mal-heureux. Ayez , s'il vous plaît , pitié d'eux : De tres-bon cœur, en ma Légende,
230 Je les prône & les recommande.
Les Députez du Languedoc (Où l'on sçait bien le Jeu du Hoc) Eurent n'aguéres audiance Du Grand Monarque de la France.
235 D'AlBY le brave EpiSCOPUS , [Gaspard
Disert comme un Balsac , & plus , Daiiion
Fit pour Eux, en Françoise Langue, <^" ^"^®1
Une sage & belle Harangue ,
A laquelle , ce m'a-t'on dit , 240 Tres-accortement répondit
Ce tres-charmant & rare Sire ,
Que par tout le Monde on admire.
Le même Jour, ces Députez
Furent aussi bien écoutez 245 De nôtre ravissante Reyne ,
Beaucoup plus divine qu'humaine ,
Et de son merveilleux Dauphin ,
Déjà Politique fort fin.
Pareillement , du beau Philippes , 250 Plus brillant que mille TuUppes ,
Et de son illustre Moitié ,
Si digne de son amitié ,
Ils ont eu paisible audiance
Et fort grand accueil, d'asseurance ;
255 Mais vous le croirez aisément Si je vous dis tant seulement Que le Duc de Verneuil , ce Prince Lequel gouverne leur Province , Etoit par tout leur Conducteur ,
260 Et vous conessez le Seigneur.
La Cour, des Cours la plus galante La plus polie & plus brillante , Fontainebleau Ayant déserté son Désert, Si délicieux & si vert , 265 Pour être de Nous plus prochaine , Séjourne à présent à Vincenne.
Du Mois des Moissonneurs le pro-
[pre jour vingt-un
Ceci fut fait par Moy, qui hais fort
[le Petun.