‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 83 sur 317 · Du 22. Aoust 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 22. Aoust 1666 (Robinet

Qui ne sont pas de chetifs Hères.

Après cela jugez , Lecteur, 160 Si le Marquis manque de cœur.

Non plus que de bonne cervelle , Pour avoir levé l'Escabelle , Fondé , comme il est , en Raison ; Pour moy, je réponds bien que non.

163 L'Impératrice , peu contante , Est encore Fébricitante , Et la Fièvre qui la retient Fortement aussi serre & tient Le Duc d'ALBUQUERQUE en Personne.

170 Bref, cette Fièvre , trop félonne , Comme on vient de me le conter, Fait par plaisir fébriciter La pluspart de son Domestique.

Voyez quel Destin lunatique

,73 Fait agir cette Fièvre ainsi , Pour faire mourir de souci L'Empereur & I'Impératrice , Sans faire à I'Amour sacrifice.

Ah ! cette Fièvre & le Destin

1 80 Ont un caprice bien malin !

Quant à la Reyne Portugaise , Elle est vraiment beaucoup plus aise.

Malgré de certains Vents mutins , Qui vouloyent faire les Lutins ,

185 Comme Partisans de I'Espagne , Dessus la flotante Campagne , Le petit Dieu qui fait aimer.

Etant tout Puissant sur la Mer , D'où sa MÉRE , en Amours féconde ,

190 Pour tout féconder vinst au Monde, Des flots émeus calma les bonds , Fit pai tout voir les Alcions , Et , comme dessus une Glace , La conduisit de bonne grâce

195 Et par un agréable sort ,

Saine & sauve , à Lisbone , au Port.

Dieu sçait comme elle y fut receue De qui Tavoit trop attendue :

L'Amour, l'Hymen & les Plaisirs ,

200 De I'Epous comblans les Désirs, Sçavent ce qu'en secret ce Sire Et lui pût faire & lui pût dire :

Vous le devinez , je croy, bien.

Sans donc vous en dire ici rien ,

205 Je vais par un autre Chapitie 203 Et vous,

Poursuivre la présente Epître.

Ah ! je tombe sur un Billet Qui ne contient rien de follet , Mais , certe , une triste matière

210 A faire humecter la Paupière Et tirer des soupirs du cœur.

Par une équitable douleur.

Le Feu , pire encor que la Gresle , L'autre Jour, s'étant pris à Nesle , en

215 Dans une Grange, sans nul bruit, Picardie A deux heures après minuit , Eparpilla si biçn ses fiâmes Que, glaçant d'efroy maintes Ames, Il fit des Cendres & Tisons

220 De quarante & tant de Maisons , D^où chacun , durant la Nuit bise , Sortit tout fin nud , en Chemise , Bien-heureux , pour tout résidu , De sauver son Individu.

225 Or de Grands & Petits la Bource Est l'unique & seule Ressource De tant de pauvres Mal-heureux. Ayez , s'il vous plaît , pitié d'eux : De tres-bon cœur, en ma Légende,

230 Je les prône & les recommande.

Les Députez du Languedoc (Où l'on sçait bien le Jeu du Hoc) Eurent n'aguéres audiance Du Grand Monarque de la France.

235 D'AlBY le brave EpiSCOPUS , [Gaspard

Disert comme un Balsac , & plus , Daiiion

Fit pour Eux, en Françoise Langue, <^" ^"^®1

Une sage & belle Harangue ,

A laquelle , ce m'a-t'on dit , 240 Tres-accortement répondit

Ce tres-charmant & rare Sire ,

Que par tout le Monde on admire.

Le même Jour, ces Députez

Furent aussi bien écoutez 245 De nôtre ravissante Reyne ,

Beaucoup plus divine qu'humaine ,

Et de son merveilleux Dauphin ,

Déjà Politique fort fin.

Pareillement , du beau Philippes , 250 Plus brillant que mille TuUppes ,

Et de son illustre Moitié ,

Si digne de son amitié ,

Ils ont eu paisible audiance

Et fort grand accueil, d'asseurance ;

255 Mais vous le croirez aisément Si je vous dis tant seulement Que le Duc de Verneuil , ce Prince Lequel gouverne leur Province , Etoit par tout leur Conducteur ,

260 Et vous conessez le Seigneur.

La Cour, des Cours la plus galante La plus polie & plus brillante , Fontainebleau Ayant déserté son Désert, Si délicieux & si vert , 265 Pour être de Nous plus prochaine , Séjourne à présent à Vincenne.

Du Mois des Moissonneurs le pro-

[pre jour vingt-un

Ceci fut fait par Moy, qui hais fort

[le Petun.

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