‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 99 sur 317 · Du 12. Septembre 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 12. Septembre 1666 (Robinet

Ce jeune , di-je , & brave Comte , Pour trouver comme il faut son

[compte Chez les Dieux cI'Hymen & cI'Amour,

150 Donna la main , le dernier Jour, Je pense , à la Sagesse même, Epousant , par un heur extrême , La Fille du grand Lamoignon , Qui s'acquiert un si beau Renom ,

155 Tenant avecque sa prudence L'illustre Epée & la Balance De la vénérable Thémis , Au premier Parlement des Lys.

N'en ayant pas eu le Mémoire ,

160 Je mets plus tard dans mon Histoire Cette chère Solennité :

C'est là la pure vérité , Et je puis même chose dire De ce qu'encor je vais écrire

165 Dans les Deux Chapitres suivans, Et Dieu me damne si je mens.

La Criminelle Lieutenance , Charge de grande Conscience Que possédoit le Sieur Tardieu ,

170 Depuis plus d'un an devant Dieu , v Est en de bonnes Mains passée Pour être à merveille exercée ; Car hier on me débita Que c'est à Monsieur Dépita

173 Que l'a remise nôtre Sire , Et dire Dépita , c'est dire Un Exemplaire Magistrat, Un Juge incorruptible , exact, Et dont la claire intelligence

iSoSçait du Crime & de I'Innocence Faire un juste discernement , Nonobstant tout déguisement.

Or c'est vraiment comme doit être Un Homme que l'on fait le Maître

185 De nôtre Vie & nôtre Mort , Ainsi que par un divin Sort.

Un autre habile Personnage , Eclairé , vigilant & sage , Et qui harangue comme il faut 190 (C'est Monsieur I'Avocat Foucaut, Dont le mérite est ample & 4arge) , Lui succède dedans sa charge , Qu'il exercera bien , je croy , Sçavoir de Procureur du Roy,

166 Diou.

195 Charge que l'on fait aux RequestescIb i-Hôtei Où se trouvent de bonnes Testes.

Jeudy, le Régiment Royal ,

Aussi nombreux & martial

Qu'est le beau Régiment des Gardes, 200 Où l'on void peu d'Ames couardes ,

Parut, comme en son plus beau Jour,

Dedans le verdoyant Séjour [vincennes]

De nôtre Cour si ravissante.

Là, sa Milice florissante, 205 A l'aspect de nôtre Héros ,

Fit , avec un merveilleux los ,

Les Exercices ordinaires ;

Et l'un de nos grands Militaires ,

Le nompareil Marquis d'ANJAU , 210 Qui d'ApoLLON a le Cerveau,

Comme le Cœur du Dieu de Thrace,

Et qui fait d'aussi bonne grâce

Un Vers qu'un belliqueux Exploit,

Fit voir combien il est adroit 215 Et combien, certes, il mérite

D'avoir de ce Corps la conduite.

Le Soleil achevant son tour,

C'est à dire au déclin du Jour,

Toutes ces Milices Pimpantes 220 Vinrent gister dessous des Tantes,

En un plein Champ, par tout ouvert.

Où nul ne sera pris sans vert ;

Et , là , dessous la Principale ,

Une Collation Royale 225 Attendoit ce Dauphin charmant

Qui de tous les Cœurs est l'aimant ,

Et qui vint joliment la prendre , ^

Non sans mille grâces en rendre

Au susdit merveilleux Marquis , 230 Qui , comme en tout un Homme

[exquis ,

Sçait faire une belle Dépence

En si glorieuse Occurance.

L'illustre & célèbre Varin ,

Qui non seulement du Burin , 235 Comme Ton sçait, fait des merveilles

Qui nule part n'ont leurs pareilles ,

Mais produit avec le Pinceau,

Et mêmes avec le Cizeau ,

Des Chefs-d'œuvre de la Peinture ' 240 Ainsi que de I'Architecture ,

Vient de couronner celle-ci ;

Et c'est d'orénavant Ici

lyi. — Du 12. Septembre 1666 (Robinet)

Qu'il faudra que chacun l'admire Dans un Buste de nôtre Sire.

243 En Marbre il l'a si bien taillé Que l'on en est émerveillé , Et qu'on diroit , sans Hyperbole , Qu'il n'y manque que la Parole, Car, pour cet air de Majesté

250 Qu'a tracé la Divinité

Dessus le Front de nôtre Auguste , Il est répandu dans ce Buste Avec un si puissant effet Qu'on se sent émeu du respect,

233 Et si doux & si légitime ,

Que ce Roy présent nous imprime.

Aussi , le charmant Couronné

En parût lui-même étonné , Et sentit bien que la Nature 260 Paressoit en cette Avanture Toute jalouse de voir I'Art Prendre une si fameuse part Dedans la gloire sans seconde D'avoir fait en Louis le plus grand [Roy du Monde.

263 Le Lieutenant Civil d'AuBRAY Est mort , ce dit-on ; s'il est vray, Ailleurs, en très-bonne Ortographe, Nous donnerons son Epitaphe , Car ma Missive a la longueur.

270 Bon jour donc. Lectrice & Lecteur.

Je la fis en Septembre &, sans erreur, le onze , A quatre ou cinq cent pas du beau Cheval de Bronze

APOSTILE

J'ajoute Ici que je reviens

Des beaux petits Comédiens

Qui consacrent toutes leurs Veilles

Et leurs agréables merveilles

A nôtre Dauphin glorieux ,

Et qu'on admire parmi eux

Une Actrice toute nouvelle ,

Toute charmante & toute belle ,

Et qui joue à miracle aussi ,

Vrai comme je l'écris Ici.

Ah ! que dedans un Rôle tendre

Elle en forcera de se rendre , Et que Maints , en lorgnans la jeune de Beau Lieu , Posteront volontiers leur cœur en si beau Lieu !

A Paris , Che^ F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Rov.

(Biblioth. nat., Lc^ , 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296, A^. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 11802.)

LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU de, SUBLIGNY. j

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