‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 103 sur 257 · A De Monsieur li Comtr à la Cour · texte numérisé non relu

A De Monsieur li Comtr à la Cour

Qui chassera cette tristesse Avecques luy revient Madamb la Cosmssr .

4°3 184. — Du si. Octobre 1666 (Scbugnt.) 404

Avec armes à feu qui forent employées.

On n'entendit plus que les cous 1 75 Que tonnoit la Mousqueterie ;

On n'entendit plus que crierie, Que gens demandans grâce humblement à genous , Que tambours , fifres & fanfares Et que choses encor plus rares.

180 Quoy ? je vous voy tout estonné.

Vous croyez peut-estre , mon Prince , Avoir déjà perdu tout vostre Dauphin* Et que vos Ennemis sont dans cette Province ? Mais soyez-en désabusé.

185 Toute cette grande tempeste

N'est qu'un portrait d'un jour de feste Que Valence a solemnisé , Qu'une Procession faite en cérémonie De la Translation du Corps de Saint Romain , iqo Dont le dernier Légat fit offre en son chemin

Aux Filles de Sainte Marie , Et j'ay crû que , patiemment , Vous vous verriez conter cette Magnificence, Parce qu'on a toujours quelque contentement 195 A sçavoir ce que tait I'Evbsque de Valence. [Dwuaidecomâoi

Venons aux Estats Hollandois , Qui chez eux jouent à coupe-teste.

Us firent decoler Buat l'onze du mois, Mais d'une façon fort honneste.

200 On le tira de la prison ,

Suivy de toute sa Maison ; En deuil , de fin drap de Hollande , On avoit tendu l'échafaut, Depuis le bas jusques en haut , 205 Pour rendre la pompe plus grande ,

Et puis on le pût voir à pié , Au milieu des troupes en haye, Avancer gravement & sans estre lié Jusqu'à la place de la Haye.

2io Buat ne fut que mal-heureux

Et Victime de Politique.

Au reste , Prince , entre nous-deux , N'admirerez-vous pas l'honneur dont on se pique Et les traitemens obligeans 215 Qu'on fait dans ce païs en decolant les gens ?

Cela me remet en mémoire Ce aue jouis dire , à Lyon , A certain plaisant fat remply de vaine gloire , Qui , voyant pendre un homme avec procession , saô Pour ces honneurs estoit si tendre

197 BC eoop-teate. — 200 A sa prison. I ai 1

A Pour avoir fait le Politique.

4o5 184. — Du ai. Octobre 1666 (Sublignt). 406

Que , charmé d'avoir veu cela , Il me disoit qu'il trouvent là Du plaisir à se faire pendre.

Venise a de l'affliction 225 De ce que les Turcs de Dulcine

Prirent , le mois passé , le Comte de Sabine ,

L'un de ses Généraux de réputation.

Il alloit commander l'Armée en Daxmatie ,

Avec son fils unique & l'un de ses Neveux , sjo Y faisant conduire, avec eux

La solde des Soldats & force argenterie.

Un grand coup de tempeste, écartant son vaisseau ,

Le jettant sur la coste , ayda fort à sa prise ,

Et ces Damnez pendards coupent , d'un coup si beau , 235 L'un des meilleurs bras de Venise.

Finirons-nous icy nos entretiens divers ? Non , je sçais encore une chose Que je dirois par tout en prose Si je ne la disois en vers, uo L'autre jour, dans les Carmélites

Que Ton appelle du Bouloy , Presens , dit-on , la Reyne & le Frère du Rot , Pougnac prit l'habit qui sied mieux aux hennîtes Qu'à des filles de qualité 345 Qui , comme elle , ont de la beauté.

Je 1'aurois pu voir sans colère Se donner à ce Monastère Si Monsieur de Comminob alors n'eut point presché ; IfâSS,d^ch!Sïi| Mais qui n'en serait point fasché ?

250 On souhaitoit, dit-on , qu'elle restât au monde ,

Et l'on choisit tout justement, Pour la porter plus fort à son détachement , Une grande Eloquence, une vertu profonde , Un homme sçavant de tout point, 255 Qui change comme û veut les épines en roses

Et qui me ferait croire , en un mot , toutes choses , Hors me persuader que je ne l'ayme point.

de SUBLIGNY.

A Paris , Cher Alexandre Lesulm , au coin de la rut Danphme , devant le Pôut-ntuf. Avec Privilège du Roy.

234 A Mais ces pendards sans doute ont pris d'un

[coup si beau Trente mille hommes à Venise.

249 A Mais, pour n'en pas mentir, c'est ce qui

[m'a ftsché.

La signature de fauteur et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — BC placent ici la date.

(A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I, col. 909), pp. 173-180. |

B La Muse Daupbine 1667 — 199-201. 1

C La Muse Dauphine 1668 — 192-201.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET ]

Du 24. Octobre 1666.

Exerçant pour Vous mon Génie , Héroïne aux yeux si brillans , Que ne puis-je enfanter des Vers aussi coulans Que les Fredons du Luth de la belle Uranie , v-XESïiSL** 5 Qui vous enchantoit 1 autre soir

Dedans vôtre pompeux Manoir ?

Que ses beaux doigts sont volubiles !

O Dieux , qu'ils pincent hardiment Les Nerfs mélodieux de ce rare Instrument ! 10 Elle y ferait leçon aux Maîtres plus habiles.

Les Cordes parlent sous ses mains Et font des effets plus qu'humains.

Ce sont vos Oracles , Princesse , Qu'avecque soin j'ay recueillis , 15 Et j'ay pour Caution de ce qu'ici je dis

Le digne Epous aussi de vostre illustre Altesse , Lequel fixé constamment fut Sur Uranie & sur son Luth.

C'estoit bien assez pour sa gloire jo D'avoir deux tels Approbateurs ,

Que l'on préférerait à cent Admirateurs , Mais vingt Beautez encor étoient de l'Auditoire , Et des Seigneurs en quantité , Tous enchantez , en vérité.

35 Moy, vray friand de Symphonie ,

J'eusse voulu , pour l'ouïr mieux , N'être qu'Oreille alors comme Argus fut tout yeux , Tant j'étois transporté de sa douce harmonie. Qui seule de vingt Instrumens )o Valoit les Accords plus charmans.

Jugez , donc , Auguste Héroïne , Si j'en avois assez de deux , Puisqu'en ce même temps le Poète aux blons cheveux Me faisoit part des Tons de sa Muze divine ,

i85. — Du 24. Octobre 1666 (Robinet).

Me disant deux de ses Sonnets, Aussi forts & galans que nets.

Ah I que ne sui-je Camarade

Et d'Apollon & des Neuf Sœurs ?

Ouy, que n'ay-je , en un mot, leurs exquises Faveurs Ainsi que ce Galant & fameux Benserade ?

Comme Uranie & comme Luy,

Je vous ravirois aujourd'huy.

Mais , ô Princesse débonnaire , Daignez pourtant m'ouïr en mon stile ordinaire.

L'un tor l'embraMinent de Londres, et feutre sur le fuért- •on de Madame do Ladre, per Monsieur Esprit.

45 Par un bien juste Suplément , Je dois dire historiquement Que vous payâtes Uranie Par une faveur infinie , En touchant de vos blanches mains

50 Le plus grand de vos Clavecins , D'une manière si sçavante , Si noble & si passionnante , Qu'on fut en peine qui des deux , A voit, dans son Jeu, fait le mieux.

55 Je sortis bien à la mal'heure , Princesse , de vôtre Demeure Pour ainsi perdre le meilleur 1 Ah 1 que je pesté de bon cœur Contre la Fortune cruelle

60 Lors que j'appris cette Nouvelle , Vous remettant en propre Main Ma DépftcHE, le lendemain 1

Veuillent les Dieux qu'en cette Epî- Par ci, par là, quelque Chapitre [tre,

65 Vous ait divertie un moment , Tandis que si commodément Et comme une belle Accouchée , En vôtre Chaise bien couchée , On vous portoit sur le chemin

70 Qui conduit droit à Saint Germain , Où l'on avoit porté de même La Belle Porte-Diadème.

35-36 Les deux sonnets dont parle Robin** se trouvent dans le Recueil de Pièces galantes en Prose & en Vers de Madame la Comtesse de la Suie, etc. (sur la Copte : à Paris, Cher Gabriel Quiuet [Hollande], m. dc. lxxviii, in-ii), I, 261-263. Le premier porte: A Monsieur Esprit, sur la goerison de Madame de Ludre, et n'est accompagné d'aucune signature; le second, qui n'a foutre titre que le mot Sonnet, est signé : BbmssftADi. La dernière pièce n'a pas été recueillie dans Us Œuvres de Monsieur de Bensserade (A Paris, Cher Charles de Sercy, m. dc. zcvii, 2 vol. in-i 2) ; la première s'y trouve au contraire, sous le titre suivant: A Monsieur Esprit, Premier Médecin dt Monsieur (I, 275).

On ne peut dire aux Curieux Rien qui leur puisse plaire mieux :

75 C'est leur annoncer les Grossesses De nos deux Premières Princesses , Et leur faire voir qu'à l'envi , Dont tout François se sent ravi , Elle provignent leurs Lignées

go Si belles & si fortunées.

Et travaillent , sans nul repos , A nous construire des Héros Pour les Appuis de la Couronne , Qui d'un si noble feu rayonne

g5 Sur l'auguste Front de Louis Que nos yeux en sont éblouis.

De Simneren le Duc & Prince Qui , ce dit-on , n'a rien de mince , A Cleve épousa , l'autre jour ,

90 Un digne Objet de son amour, Sçavoir la Princesse d'ORENOE , Aussi belle qu'un petit Ange , Du moins la Rime vous le dit.

L'Electeur de Brandebourg fit

95 Le Banquet de ces Epousailles , De manière a faire gogailles.

Ce Festin fut suivi du Bal , Où l'on ne s'exerça pas mal , Et , quand la minuit fut venue ,

100 Heure à bien d'autres Plaisirs due , On conduisit finalement Le Couple en son Appartement, Paré d'un Ameublement riche , Dont nôtre Roy, qui n'est pas chiche.

105 Mais magnifia ue tout à fait , Ainsi qu'un Monarque parfait , Avoit régalé I'Electrice.

Là donc , tout se trouvant propice Aux Epous jeunes & frians ,

1 10 Ils abandonnèrent leurs sens

Aux chers Ebats qui, lors qu'on s'ai- Causent une Douceur extrême, [me,

Mule

i86. — Du 24. Octobre 1666 (Robin»).

L'Empereur , impatiammcnt , Attend ce fortuné moment

115 Dans le mois successeur d'OciOMts , Et , s'il est jusques-là fort sobre , Il sçaura se récompenser, (Du moins je l'ose ainsi penser), Et son Amour la garde bonne

120 A cette charmante Personne , Qui le fait jeûner si long-temps , Malgré tous ses désirs pressans.

Cependant , par un noble aéle , Pour les Epingles de la Belle ,

135 Les Etats se sont cottisez , Selon qu'ils se trouvent aises.

L'Empire , ayant plus de Finance , Donne une Somme d'importance , Sçavoir deux cent mille Florins ;

1 30 La Hongrie ( hors-mis les chagrins Qui luy sont restez de la Guerre ) Gayement vingt-quatre en desserre ; La Bohême avecque plaisir Cent cinquante en prétend fournir,

135 Et la Silésie & F Autriche , L'une & l'antre étant assez riche , En veulent débourcer deux cent , Par égale moitié s'entend ; La Carinthie & Moravie ,

140 Par une tres-louable envie , En donnent, en fort bon aloy, La première trente , je croy.

Et l'autre jusques à soixante ; Le Tyrol en offre quarante,

145 Sur luy la Stirie enchérit De dix , à ce que Ton m'a dit , Et , pour achever, la Province Qui de toutes est la plus mince , Sçavoir la Province de Crain ,

150 En tire vingt de son Ecrin.

Or, si vous entendez le stile , Par tout vous ajouterez mille , Puis , supputant enfin le tout De l'un jusques à l'autre bout ,

155 Vous verrez que la belle Dame Ne manquera pas» sur mon ame 9 D'Epingles ni de Camions , Ni , bref, de toutes les façons , Et son Epous , sans qui je compte .

160 Doit sçavoir si je me mécompte.

A la fin , le sieur du Buat, Etant pris sans verd, comme un fat,

El convaincu de sotes Brigues Et de criminelles Intrigues ,

165 A , par Sentence en Holandois , Senti pour une bonne fois Abatre sa Teste infidelle , Et voila certe un beau Modèle Pour tout mal-heureux Traditor ,

170 Car tôt ou tard tel est son Sort.

La maie Petite Vérole , Poursuivant son funeste Rôle , A précipité le Trépas D'une jeune Source d'Appas , 175 D'une charmante Chanoinesse ; Vous en maudirez la Tygresse , Sçachans que c'est, pour trancher

[court , Mademoiselle d'Hocquincoort.

Nôtre Comtesse de Vivonnb , 180 Qui craignoit la Rage félonne , Des Flots Marins est de retour, Comme devant digne d'amour, Et (que la Mer en soit benîte 1 ) Pour la Peur Elle s'en void quite.

1 85 L'aimable & sage Pougnac , raie da

Désirant fuir le Trie-Trac (ne , **%**

De la Pompe A Grandeur Mondai-^J«™jj Comme a rait l'illustre d'ARDKNNE , de rorSe Se consacra n'aguére à Dieu ,

190 Ce m'a-t'on dit, au mesme Lieu , *££$£' Cachant dessous le premier Voile de ia ma Ses yeux plus brillans qu'une Etoile,*11 Boaloy Avec tous ses autres Attrais , Pour n'en plus décocher les Trais ,

195 Par une Flâme sainte & pure Et qui dans tous les Siècles dure , Qu'au cœur d'un Immortel Amant, Qui n'aime pas moins constamment.

Un Prélat, sur cette matière l*BT5J[U6

300 Prit agréablement carrière ;

La Reyne , son charmant Daufin , Monsieur & vous. Madame , enfin ,

L'ouistes , & par conséquence Il luy falloit de l'Eloquence.

Cominge

[Gilbert

duPleasis-

Praslln

do Chaton)]

205 En ce Convent, deux jours après, Vous allâtes encor exprés Pour voiler une autre Novice , Qui de cet obligeant office

Mademoiselle Duré

i85. — Du 34. Octobre 1666 1 Robinet).

Cost

Uoaaleor

rAbbé

Testa

Mauroy.

Ressentit sans doute, en son cœur,

210 Une ravissante douceur,

Et 1' Aumônier de Vôtre Altesse , Poli , docte & plein de Sagesse , Encor qu'il soit toujours Testu , Y fit merveille. Je l'ay sceu Ou Tour du susdit Monastère , Qui me parloit comme eust pu foire Une Personne ayant esprit , Et d'abord cela me surprit : [racle ? « Comment donc, *■ di-je, « quel Mi-

220 > Ce Tour cache-t'il un Oracle?

» Est-il d'un Génie animé ? [mé , » Quoy qu'il en soit, j'en suis char- » Et je voudrais toujours l'enten-

[dre. »

A la fin , on me fit comprendre

Supérieur Que MADAME ReMENECOUR

Estait derrière iceluy Tour , Et que c'estoit là comme aux Grilles Parloient d'IUec les chastes Filles , Sans qu'on les veist aucunement.

230 Mais sus I achevons promptement.

La Parque, qui nos jours contrôle, A depuis peu mis sur son Rôle Certain Controlleur Général Qu'on peut dire l'Original ,

335 Ou l'Exemplaire & le Modèle , D'un Officier bon & fidèle , Car c'est , & de nom & d'effet , Monsieur le Général Parfait.

Ledit Défunt , ce n'est pas conte ,

J40 Etant sur l'examen d'un Compte , En santé , dans son Cabinet , Une Voix , d'un ton clair & net, (O la surprenante Merveille ! ) Tout à coup luy frape l'Oreille.

245 II écoute , & la même Voix Répète son nom par trois fois.

A chaque fois qu elle redouble , Il est surpris d'un profond trouble, Et , sans qu'il devine pourquoy,

250 Ce trouble se change en éfroy.

Il frissonne , il devient tout blême ; Mais, enfin, rentrant en luy-même, Après s'être un peu r'asseuré, A son tour, d'un ton asseuré : [le , »

255 » Quelle est cette Voix qui m'aopel- Ce dit-il , « & que me veut-elle f »

Puis de son Cabinet il sort , Cherche par tout , crie assez fort , Mais* las I hélas I il pert sa peine

260 Et toute sa recherche est vaine :

Il ne void rien , nul ne répond.

Alors , dans un respect profond , Il se prosterne contre Terre , Il étend ses mains , il les serre ,

265 Puis les élevé vers les Creux Et dit , en y tournant les yeux :

« Autheur de la Machine Ronde , » J'adore ta Bonté profonde.

» Lors que mon Oncle trépassa

270» Une Voix sa mort annonça ; » Cette autre sonne ma Retraite.

» Grand Dieu, ta volonté soit faite 1 » En suite , il fit en bon Chrétien , Puis , ayant mis l'ordre à son Bien,

275 Tel qu'il le jugeoit nécessaire , Il vécut à son ordinaire.

Or, environ huit jours après , Il a de Fièvre quelque accès, Et puis elle devient si forte

280 Qu en douze jours elle l'emporte.

Heureux Sort d'estre ainsi prévu !

C'est le vray Trépas d'un Elu.

Altesse Illustre , Belle & Sage , J'ay rempli ma troisième page , Et je n'y puis ajouter rien , Si ce n'est que je suis vôtre humble Historien.

De Paris , le vingt-troisième Du Mois l'antipénultiéme.

A Paru, Cher F. Muguet, rue de la Harpe, aux trois Rots. Avec Privilège du Roy.

(BUriioth. nit., Le2, 22. Réf. — BibKotfc Maurine, 396. À*. —

Biblioth. de M. le baron Jtmeftfe 'Rothschild.)

* LA MUSE DE LA COUR

[ Par PERDOU di SUBLIONY. ]

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