‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 106 sur 257 · Du 48. Octobre 1666 (Subuohy · texte numérisé non relu

Du 48. Octobre 1666 (Subuohy

A des contracte de Mariage Où , depuis qu'on le sçait en âge , On l'engage de tout costé t Cela se fait sans luy, mais , Seigneur , s'il s'échappe , Quand il pourra l'apprendre , à les accomplir tous , Il faudra, pour en estre absous, Qu'il s'en aille bien viste au Pa*e.

Le Duc de Mazarin l'avoit joint à Bourbon ,

Dont Usvsont revenus ensemble ; Mais de ce Duc encor, mon Prince , que vous semble ? Vous le voyez enfin sur ses pieds , tout de bon ,

Et , malgré l'incommode envie

De nos Gazetiers à la main , Qui le faisoient mourir lors qu'il estoit bien sain ,

Le voilà frais et plein de vie.

J'en suis bien aise, en vérité :

Quoy qu'au chemin qu'on luy voit suivre Sa mort luy fust un pas à l'immortalité , Personne mieux que luy n'a mérité de vivre.

ne

Nous parlerons d'un Duc entor, Mais d'un Duc qui vaut un trésor.

Dans l'Eglise Canonialle Qu'on nomme Saint Jean de LatraN , Le Chapitre , obligé vers la Maison Rovalle , Fit un très-beau Service à vostre grand-Maman , La magnificence y fut plaine Et telle que le demandoit Le nom de cette grande Reyne , A qui ce devoir se rendoit.

L'Ambassadeur extraordinaire Que nous avons là sur les lieux , Le Duc de Chaune , y fut dans l'ordre glorieux Dont d'ordinaire il fait briller son Ministère. Deux cens carosses le suivoient , Et dans trois de son équipage , Dont six chevaux chacun composoient l'attelage , Quatorze Prélats se trouvoient»

Ils estoient suivis de sept autres , Remplis de gens de qualité , Tant Seigneurs Romains que des nôtres , Qui s'estoient voulu rendre à la solemnité. On receut nostre Duc aux portes de l'Eglise

Je sçay ce qu'on fait à mes yeat :

Il n'est presque pas de journée Qu'on ne le marie en tous lieux , Sourdement, sous la cheminée.

J'ay déjà moy mesme assisté A des contracta de Mariage Que, depuis qu'on le sçait en âge,

On a voulu qu'il ait signé de tout costé .

Et tous verrea que , s'il s'eschappe Jusques a les accomplir tous , Il faudra, pour en estre absous, Qu'il retourne bien viste au Papb.

108 B C ce.

1 lo yf dessus les lieux.

4*t i86. — Du 28. Octobre 1666 (Subuoht). 4*t

Avec tous les honneurs qui pour lors sont de mise ; Les Cardinaux Anthoine & le noble Ursini ,

Le Maldachin , le Makcini , 125 S'estoient rendus tout quatre à la cérémonie.

Le sacrifice , en suite , y fut fait en chantant

Par I'Evesqub de la Rinie ,

Quatre Evesques luy ministrant.

En un mot , l'Oraison Funèbre 130 Y fut prononcée en Latin

Par le Bonmani , Jésuite célèbre , Qui ne fit pas de honte au superbe Destin

Non plus qu'à la gloire féconde D'une Reyne autrefois la meilleure du monde.

155 Changeons vistement de propos

Et sur sa mort passons l'éponge , Car, seulement lors que j'y songe , J'en pers pour long-temps le repos. La Flotte de Hollande & celle d' Angleterre 140 Ont baisé les mains à la guerre

Jusques au retour du Prin-temps , Et, sçavantes à leurs dépens Depuis la dernière tempeste , Ne songent plus s'il est honneste >45 De tenir la Mer plus long-temps.

Mais qu'il ne fait pas bon de se fier aux vents ! Cette engeance , en effet , se rend fort infidelle ,

En Hyver principalement.

J'aurois bien de la peine à ne rien craindre d'elle , >5o S'il me falloit courir sur l'humide Elément.

Durant la dernière Bourasque , Il fut aisé de voir combien elle est fantasque : Le combat allott se donner, Les Flottes estoient en présence •55 Et le vent leur estoit propice en apparence ;

Tout d'un coup , on le vit tourner, Faire écumer les Flots , séparer les Armées

Déjà par la gloire animées , Demaster aux Anglois neuf ou iix grands Vaisseaux , 160 En abysmer au fond des Eaux

Et , par un effort très funeste , Endommager beaucoup le reste.

La Flotte de Hollande en souffrit bien aussi , Sans perte pourtant , Dieu-mercy, l6* Et , la tempeste estant passée ,

L'une & l'autre fut en estât , Après s'estre un peu ramassée , De s'offrir encor le Combat ; Du moins en firent-elles mine.

■7° Les Anglois , fiers comme devant ,

122 A Avecque les. **> BC fonds.

124 A Maloalchim.

4»3 186. — Du 28. Octobre 1666 (Subligny). 424

S'efforcèrent d'avoir le vent Pour mieux battre à leur gré la Hollande en ruine ;

Ils l'eurent , & furent tous prêts

A se mesler dans un carnage 175 Où nos Alliez , tout exprés ,

Par un coup de Canon les portoient davantage ;

Mais leur foudre ne tomba pas.

Je ne sçay point de quoy ces Messieurs s'avisèrent : Ils ne voulurent point taire mal aux Estats , 180 v Ou , pour mieux dire , ils ne l'osèrent.

Ainsi donc , on se retira ;

L'une A l'autre flotte rentra

Dans les Havres de leurs Provinces

D'où , comme l'on croit qu'au Printemps 85 La paix accordera leurs Princes ,

Elles ne sortiront , peut-estre , de long-temps.

Cependant vingt & six Frégates Iront de la part des Estats Croiser l'Hyver sur les Pirates , 190 Afin que les Marchands ne les redoutent pas ,

Et l'on m'a dit aussi que le Rot vostre Père

En doit faire autant de sa part , De sorte que I'Anglois ne peut , ma fby, mieux faire Que de se tenir à. l'écart.

195 S'il m'en veut croire , au lieu de courre,

Et de crainte qu'on ne le bourre ,

A se tiendra sur ses tisons

Et prendra plustost ses mesures A faire rebastir dans Londres des maisons , 3<w Ou , jusques au beau temps , du moins quelques Masures.

On m'a dit qu'on travaille fort

Pour découvrir toutes les places ,

Mais que , par un funeste sort , Il en vient quelquefois d'effroyables disgrâces. 205 Les Libraires , ces jours passez ,

Voulant tirer leur Marchandise Et les Livres divers qu'ils avoient entassez

Aux caves d'une grande Eglise ,

N'eurent pas mis le pied dedans aïo Que l'air y raluma quelques brasiers ardans ,

Qui depuis l'incendie étouffaient sous ces voûtes Et qui , pour s'exhaler trouvant enfin des routes ,

Firent renaistre en un moment .

Un pitoyable embrasement.

aiç II a fait d'ailleurs tant de pluyes ,

Que /les amas de matereaux Empeschant le cours de ces Eaux ,

19V A ses matons. | 304 A I! leur en vient souvent

42b 186. — Du 28. Octobre 1666 (Susuomr) 4*6

Cent caves en furent remplies ,

Et perdirent en mesme temps 320 Cejqu'on avoit sauvé dédans.

O Ciel I par les vicissitudes

Qui bouleversent l'Univers Se voit-on exposer à tant de maux divers , Et si fort prés à prés souffrir des coups si rudes t 335 La Peste , la Guerre , la Faim ,

Le Feu , la Mer & le Tonnerre Ont durant cette année affligé 1' Angleterre . Ce châtiment ne peut venir que de ta main.

La guerre s'allume dans Brème 330 Et fait mille deffis nouveaux ,

Et nous verrons Wrangel & cette Ville mêkk Jouer, s'il plaist à Dieu , comme il faut, des couteaux .

L'Empereur se déclare & jure Qu'il tirera raison d'une telle rupture, 335 Je n'en ferois pas moins que luy ;

Ce n'est qu'une belle malice :

Il semble qu'on ne veut luy faire cet ennuy Qu'à cause qu'il est prés d'avoir I'Imperatrice.

Encore, s'il pouvoit la tenir en ses bras 34» Avant que commencer cette incommode guerre 1

Mais son retardement luy cause un embarras Sensible à mettre un homme en terre , Et , l'on dira ce qu'on voudra , L'on ne scait pas encor quand elle le joindra. 345 Depuis l'Illustre jour qu'elle eut pu faire nopces ,

On a marié des Beadtez Qui , peut-estre , sont déjà grosses :

Au moins en Portugal sont-ce des veritez. Le jeune & beau Prince d'Orengb 350 Revint même à la Haye encore , l'autre jour*

Des Estats d'un Prince où l'Amour Avoit fait pleinement vendange Et joint , par un superbe Hymen , La Princesse Marie au Duc de Symeren.

355 Pourtant I'Imperatrice a dit ouy la première ,

Ef cependant c'est la dernière A recevoir contentement :

Cela m'ennuiroit fort. Adieu , Dauphin charmant.

de SUBLIGNY.

A Paris, Chez Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphin* , devant le Pont-neuf. Avec Privilège en Roy.

252 A Avoit fait encore vendange.

La signature de fauteur et r adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — B C placent ui la date.

357-258 A Et Ton ne le trouble aujourd'hui Que pour le traverser avec I'Impiratrici. 340 A Devant 349 A Okamob.

{A La Mute, de Cour 1666 (vov. tome I, col. 909), pp. 181-188. B La Muse Dauphine 1667 — 202-211.

C La Muse Dauphine 1668 — 203-311.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Cnaklis ROBINET.]

Du 3i. Octobre 1666.

Madame , en vérité , je viens de la bonne Eau (C'est de l'Eau de ces Neuf Pucelles Qui sont si vieilles & si belles) , Et j'en ay bû , je croi , presqu'un demi-Tonneau.

J'en sens déjà la violence , Je ne puis plus garder silence , Et je m'en vais jaser bien mieux qu'un Perroquet. Plaise donc , 6 belle Princesse , A vôtre illustre & grande Altesse D'écouter mon petit Caquet.

Les Avis qui viennent de Rome

Ne parlent pas bien du Saint Home.

Ce Père de la Chrétienté

A peine à r'avoir sa Santé ,

15 Et , quoi que son Médecin die ,

Comme il croid que sa Maladie

Est peut-être atachée au Lieu ,

Ledit Grand Vicaire de Dieu

Veut aller faire résidance

entai- En un sien Château de Plaisance. Gr«ndoifcje neSçaj pas bien qui des deux

Sur ce point raisonne le mieux ; Mais , quand de partir il est l'heure, Elle sonne en toute Demeure , 25 Et par un frivole Souci

On croid être mieux là qu'ici , Car à lors tous les Lieux l'on quite Pour aller en son dernier Gîte.

L'Epouse de I'Impérator , 30 Brillant de Diamans & d'or.

Droit par la Porte Ticinese , A fait son Entrée à son aise Dedans la Ville de Milan ; Mais , sans en faire tout le Plan 35 Ou la Description entière ,

J'en vais effleurer la matière.

La Princesse étoit sur un Char Fait en Trône avec beaucoup d'Art Et traîné par six belles Bêtes ,

40 Qui ne démarchoyent qu'à courbétes.

Ce Char alloit dessous un Dais , Vrai-semblablement fait exprés , D'une Etofe riche & brillante Comme la Machine roulante ,

45 Et soutenu par dix Amours (Car bien qu'on crût, à leurs Atours, Comme le porte le Mémoire , Que c'estoyent Docteurs , il faut

[croire Que c'estoyent Amours déguisez ,

50 Des plus beaux & des plus frisez).

Prés de l'illustre Couronnée , Le jeune Dieu de I'Hyménée Marchoit encor, incognito , Et rien n'est plus vrai , propegtô ,

t5 Avec Cupidon tout en feste , Chacun sur un Aigle , à la teste

* D'une Troupe d'ardans Désirs Et d'aussi violens Soupirs , Partis exprés du Cœur d' Ignace

60 Pour venir là tenir sa place.

Des Dames en grand'quantité

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