Du 11. Novembre 1666 'Subligny
Le monde est revenu pour voir ce grand spectacle .
Mais , je ne sçay par quel hazard ,
Ou bien plutost par quel miracle, On n'a plus veu que vous dans ce superbe Char,
Et , pour finir ces avantures ,
Vous y mangiez des confitures.
On me va demander icy
A^uoy la confiture est bonne ,
Mais elle est de mon songe aussi ,
Et tel qu'il est je vous le donne.
Vous m'en avez mesme fait part ,
Dont , Prince , je vous remercie.
Je sçay fort bien qu'en quelque part Ce songe sera pris pour une facecie ;
Mais je vous jure , beau Dauphin , Qu'en dormant je l'ay fait ainsi jusqu'à la fin Et qu'encor que bien peu je m'arreste à des songes , Celuy-cv me plaist tant , aux confitures prés, Que , plutôt que le mettre au nombre des mensonges , Je croirois que le Ciel me l'a fait faire exprés Et qu'il me montre en luy vos grandes destinées , Car que ne doit-on pas attendre de vos coups
Dans quatorze ou dans quinze années ?
Peut-estre l'expliquerez-vous.
Pour cela , ce n'est pas à dire Que l'Empereur ait dans ses bras La Beauté qui fait son martire ; Elle n'a pas encor si fort hasté le pas.
On craint qu'elle n'attende à Brescb Peut-estre encore quelque-temps , Et , pour vous dire vray, ses gentils habitans Y receurent si bien cette Auguste Princesse Que, si c'estoit à moy qu'on eust fait tout cela , Je ne pourrais partir de là.
Je parle tout de bon , mon Prince. L'Empereur devoit supplier Le galant Procureur Yaluer De modérer l'honneur que luy fit la Province , Car, après avoir eu cette réception De la grandeur Vénitienne , Sans doute qu'à proportion Elle en aura moins dans Vienne.
Qui jamais entendit parler Que , pour seulement régaler Une Princesse en son passage , L'Ambassadeur d'aucun Estât , Fust-ce du plus grand Potentat , Eust un plus superbe équipage?
27 A reprendre son spectacle.